Mise en ligne le 09/07/2005
MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
ARTICLE DE DIDIER
HASSOUX DANS LIBÉRATION DU 27 JUIN 2005
Gauche : Fabius et Chevènement, nouveaux complices
L'ex numéro
2 du PS pourrait chercher auprès du fondateur du MRC le label « républicain ».
C'est un drôle de pas de deux. Un attelage pas vraiment inédit, puisqu'il a débuté il y a un quart de
siècle au Congrès socialiste de Metz. Mais c'est une valse étrange qui se joue entre Laurent Fabius
et Jean-Pierre Chevènement. Comme si l'ex-Premier ministre cherchait à s'approprier « le logiciel républicain
» en vue de la présidentielle. Et comme si l'ex-ministre de l'Intérieur pouvait trouver matière à revanche
sur le PS. « Il serait cocasse qu'après avoir soi-disant contribué à faire battre Jospin en 2002, Jean-Pierre
fasse élire Fabius en 2007 », se prend à rêver un des amis du Belfortain.
« Projet serein ». Même s'ils ne s'étaient pas totalement perdus de vue, les deux hommes se sont retrouvés
au début du mois de janvier 2005. Un ancien député a joué les entremetteurs, conviant l'un et l'autre
à déjeuner. « Ils ont parlé Europe beaucoup, et PS un peu », se souvient l'élu hôte. Depuis, ils ne
se sont guère quittés. Jean-Pierre Chevènement s'est réjoui de lire sous la plume de Laurent Fabius
la reprise de ses thèses souverainistes. « Les lignes ont bougé. Il est venu vers nous. Il a compris.
» Aujourd'hui encore, il affirme être en mesure « d'offrir un projet serein et articulé » au futur candidat
de gauche. N'excluant pas d'être celui-là, il laisserait volontiers sa place à celui qui incarnerait
« la refondation républicaine de la gauche ». C'est-à-dire à Laurent Fabius.
Au lendemain de l'éviction de Fabius du poste de numéro 2 du PS, le « miraculé de la République » lui
a même adressé un message plein de compassion comparative : « Ce fut la faute de Chevènement après 2002
et c'est aujourd'hui celle de Fabius. La recherche d'un bouc émissaire permet de cimenter l'unité de
la tribu. » Samedi, lors de la réunion à huis clos du conseil national de son parti, Georges Sarre,
le premier secrétaire du Mouvement républicain et citoyen (MRC), est venu au secours du député de Seine-Maritime
: « La direction sortante du PS [...] n'a pas hésité à punir celui qui avait gagné à la fois devant
le suffrage universel et dans l'électorat socialiste. »
Fabius est quasiment chez lui chez les chevènementistes. Dès 1979, ils ferraillaient ensemble contre
la « deuxième gauche » de Rocard. En 1984, après avoir démissionné du gouvernement Mauroy, Chevènement
redevient ministre d'un gouvernement dirigé par Fabius. Au congrès fratricide de Rennes en 1990, le
« lion » de Belfort, convaincu par Pierre Guidoni, penche du côté de Jospin mais une partie de ses troupes
(Charzat, Planchou, Bricq...) fait le choix de l'autre fils préféré de Mitterrand. Puis, en 2000, pendant
le gouvernement Jospin, Fabius, alors ministre de l'Economie et des Finances, prend garde de ne pas
se mêler de la crise corse. Chevènement, après avoir démissionné du gouvernement, lui en sera reconnaissant.
Coups de fil. Cette complicité est toujours vivace. Ces derniers mois, la paire Max Gallo-Régis Debray
a beaucoup contribué au rapprochement de ses deux amis, fournissant à l'un et à l'autre les mêmes analyses.
En cuisine, le numéro deux de la Fabiusie, Claude Bartolone, a multiplié les coups de fil à Georges
Sarre et à Jean-Luc Laurent, vice-président MRC de la région Ile-de-France. « Barto » a mis au travail
les nombreux amis qu'a conservés Chevènement dans la haute fonction publique. Mais personne ne cherche
à en faire la publicité : « Chevènement peut nous plomber à l'intérieur du parti », craint un proche
du député de Seine-Maritime. Le maire de Belfort le sait.
Cela ne l'empêche pas, en petit cercle, de faire assaut de sympathie envers les fabiusiens. Il y a dix
jours, lors du sommet européen de Bruxelles, l'ex-ministre de l'Intérieur a fait le déplacement en compagnie
d'autres « nonistes » de gauche. Durant le voyage, il s'est beaucoup rapproché de Philippe Martin. Le
député fabiusien du Gers n'en est pas revenu : « Il a été ostensiblement adorable avec moi. » Ce n'est
plus un pas de deux, c'est un flirt.
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