Mise en ligne le 09/07/2005
MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
TRIBUNE DE GEORGES
SARRE PARUE DANS L'HUMANITÉ LE 7 JUILLET 2005
Quel avenir pour la gauche ? Pour une maïeutique de l'alternative...
Dix ans après
l'élection de Jacques Chirac, la fracture sociale est devenue abyssale. La coupure entre le peuple et
les élites de toute nature s'est transformée un précipice. Le « non » du 29 mai est un cri du peuple,
le cri d'un peuple abandonné, délaissé, sacrifié. Ce « non » est d'abord un « non » républicain et un
« non » de gauche. C'est un « non » pour l'emploi, la justice sociale et la souveraineté populaire.
Les Français ont rejeté un texte qui avait pour prétention de les enfermer dans les chaînes d'un marché
sans limite et dans un foisonnement de procédures contentieuses, tout en mettant le pays à la remorque
de l'atlantisme.
Ce « non » populaire exprime une attente. Le peuple de France tient au modèle républicain et à sa dimension
sociale. Dans la tourmente de la mondialisation, les Français demandent à l'État de les aider et de
les soutenir, et non de se dépouiller au nom du dogme néolibéral et de la « ringardisation » de la souveraineté
populaire. Que le mandat ainsi reçu par les gouvernants français ne soit pas simple à mettre en oeuvre
aujourd'hui dans les négociations internationales, chacun en conviendra. Que la droite libérale soit
incapable de respecter ce mandat, chacun le comprendra. À la gauche de proposer un projet conforme aux
aspirations populaires, et de se donner les moyens de ne pas les trahir à la première difficulté venue.
Relance de la croissance économique, protection des emplois et savoir-faire européens, politique industrielle,
défense et extension des services publics, redressement de l'école républicaine et de l'ascenseur social,
rénovation de la démocratie... Tels sont les principaux chantiers de l'alternative que la gauche doit
construire et mettre en oeuvre en 2007.
Le séisme du 29 mai impose de lourds devoirs à la gauche. Il ne s'agit pas d'amender la vulgate social-libérale,
qui a depuis trop longtemps contaminé une trop grande partie de la gauche. Il faut à la gauche un véritable
projet de société, relayé par une structure politique nouvelle, dirigée par des leaders légitimes. Cette
refondation profonde de la gauche n'est pas une tâche aisée. D'autant que le temps presse : nous avons
deux ans. C'est pourquoi le MRC appelle d'ores et déjà à des états généraux de toute la gauche, pour
élaborer le projet et la stratégie qui permettront la victoire en 2007, et, au-delà, une véritable alternative
politique en acte. Ces états généraux doivent rassembler, sans tabou ni exclusive, l'ensemble des partis
et courants de gauche, et associer les syndicats et les mouvements d'éducation populaire... Dès la fin
de l'été, des rencontres de toute la gauche doivent permettre de définir les termes du débat pour éviter
tout marché de dupes. Il faut par avance éviter les déclarations ambiguës, germes de tous les reniements,
et préciser le sens que chacun accorde aux grands concepts communs au patrimoine de toute la gauche
: « services publics », « laïcité », « souveraineté populaire », « sauvegarde et développement de l'emploi
», « développement durable »...
Sur ces bases conceptuelles précisées, il importera ensuite de lister tous les points d'accord et tous
les points de désaccord, sans faux-semblants. Ce diagnostic clair doit être le point de départ d'une
véritable maïeutique de l'alternative, dont chaque étape doit être faite de dialogues argumentés, précis,
thème par thème. Alors, viendra le temps de dessiner un projet de société et un programme de gouvernement.
Et c'est en dernier ressort que se posera la question des structures et des hommes les plus adaptés
pour porter ce projet.
Il est clair que, sans ce travail d'accouchement itératif honnête et sans complaisance, il n'y aura
en guise de refondation de la gauche qu'un énième rafistolage. Ce ne serait ni à la hauteur de l'histoire
de nos idées ni à la hauteur de l'attente de nos compatriotes. Et nous risquerions fort de provoquer
une violente déception, proportionnelle à l'espoir suscité par la victoire du 29 mai. Le MRC ne se prêterait
pas à cette mascarade et préférerait, dans une telle hypothèse, défendre sous ses couleurs la cohérence
de son projet. Mais, a contrario, nous ferons tout pour favoriser une refondation profonde.
Le vote du 29 mai ouvre les portes de l'avenir... Il est grand temps.
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