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Allocution de Georges Sarre

Congrès National - Gymnase Japy - Paris XI - Samedi 01 avril 2006

Mes chers camarades,

Il y a seize mois, vous m’avez élu Premier secrétaire ; sur la base d’engagements précis, avec un objectif prioritaire : éviter, dans un contexte particulièrement hostile, la disparition du MRC ; grâce à un sursaut militant, et une impulsion forte de la Direction Nationale. C’est pourquoi, par exemple, je m’étais engagé à mobiliser les membres de la Direction Nationale, pour des réunions dans vos départements : nous l’avons fait ; à assurer une interface solide entre les fédérations et la direction nationale, malgré l’absence de permanent : nous l’avons fait ; à redresser les finances du parti : nous l’avons fait ; à mettre à votre disposition du matériel de campagne gratuit : nous l’avons fait ; à développer nos outils de communication : nous l’avons fait...

Et la liste est encore longue, de ce que nous avons entrepris, pour relancer notre machine MRC. Dès lors que le sursaut a eu lieu, que le parti s’est redressé, l’essentiel nous est à nouveau accessible : peser sur les enjeux politiques.

A la veille de grandes échéances électorales, la question qui se pose à nous est simple : la France s’enfoncera-t-elle dans la crise, ou serons-nous capables de changer la donne ? L’année 2007 sera-t-elle une nouvelle occasion perdue, ou le moment du sursaut républicain ? J’ai la conviction, chers camarades, que la réponse à cette question dépend beaucoup de notre capacité à mener la bataille des idées, et les batailles électorales, dès maintenant, et en 2007.

Nous revenons de loin. En 2002, grâce à la candidature de Jean-Pierre Chevènement, et à travers la campagne courageuse que, derrière lui, nous avons menée, nous nous sommes battus pour défendre les principes républicains, et pour proposer au pays une issue à la crise. Avec 1 Million 500 Mille électeurs, nous avons certes manqué la victoire, mais nous avons mesuré et démontré la force du courant républicain. Une force qui inquiète les barons de la pensée unique. Et vous savez quelle fut leur réaction : au prétexte du télescopage du 21 avril, dont nous avons été les boucs émissaires, une campagne odieuse a été orchestrée contre Jean-Pierre Chevènement, et contre nous ; elle est partie de l’île de Ré, est passée par la rue de Solférino, a été relayée par les rédactions soixante-huitardes, et amplifiée par la télévision ! L’objectif : nous culpabiliser, nous diviser, nous user, nous démoraliser, et pour finir, nous faire disparaître.

Eh bien ils ont échoué ! Comme dit la chanson, « on a parcouru le chemin, on a tenu la distance ! ». Nous sommes là, rassemblés, fiers de nos idéaux, fiers de les avoir défendus en 2002, et prêts à les défendre en 2007 ! De surcroît, nous pouvons nous appuyer sur un immense succès, auquel nous avons contribué : le NON du 29 Mai 2005 ! Malgré sa diversité, ce NON a largement validé notre analyse de la mondialisation libérale et de son turbo-réacteur européïste.

Chers camarades, depuis le NON du 29 Mai 2005, rien n’a changé, et en même temps tout a changé. Rien n’a changé du côté du gouvernement, si ce n’est la silhouette du Premier Ministre... Rien n’a changé du côté de Bruxelles : la directive Bolkestein a été relookée, elle aussi, mais son contenu maintenu pour l’essentiel. La Commission, le Parlement, sont tombés d’accord, pour tenter de nous « refourguer » leur Constitution Européenne en 2009 ; Trichet augmente ses taux comme un automate, sans regarder le chômage qui s’accroît. « Non, non, rien n’a changé, tout, tout a continué » !

Et pourtant, je vous le disais, tout a changé. Car l’esprit de révolte souffle sur le peuple de France. Ce peuple intelligent, fort d’une histoire politique qui l’a toujours placé à l’avant-garde de l’émancipation citoyenne et du progrès social, ce peuple exprime - parfois mal - une puissante volonté de changement.

Il y a eu la crise des banlieues. Les violences ont témoigné d’une crise sociale, d’une perte de repères civiques, d’une perte du sentiment d’appartenance à la collectivité, et, corollairement, de l’effondrement préoccupant de l’autorité de la loi, et du rejet des symboles de l’Etat, y compris les plus nobles, comme les écoles. Au-delà d’actes condamnables, il faut aussi voir dans ces événements la part de révolte, de refus de l’usurpation, par une oligarchie, du pouvoir politique, des richesses matérielles et de la reconnaissance sociale...

Il y a la mobilisation très forte de la jeunesse, et d’une partie des salariés, surtout les parents, contre le CPE. Et comment ne pas voir qu’au-delà du CPE, c’est le chômage de masse, la précarité, et le blocage de l’ascenseur social, qui sont dénoncés ? Car ces jeunes, pour la première fois depuis plusieurs générations, savent que leur situation sera plus mauvaise que celle de leurs parents !

Alors bien sûr, il n’est pas question de regarder ces événements, ou ces « mouvements », comme on dit, avec naïvité, ni, encore moins, avec suivisme. Mais l’esprit de révolte est aussi manifeste que la crise économique, sociale, et politique du pays. La France n’est pas résignée ! Elle n’est pas soumise. Elle peut choisir la voie du sursaut.

Encore faut-il lui proposer une alternative politique cohérente, crédible. Plus que jamais, le « logiciel » républicain est pertinent. Pour résister à la mondialisation libérale, il faut une puissance publique forte et légitime, adossée à une citoyenneté raffermie, dans une Nation politique confortée. C’est ce message qu’il faut porter à l’élection présidentielle, dans la continuité du NON du 29 Mai 2005.

Et pour porter haut ce message, il faut un homme pétri de l’idéal républicain, digne de l’incarner, capable d’analyser avec finesse la réalité du monde ; un homme assez courageux pour affronter l’oligarchie néo-libérale. Celui qui répond vraiment à ces critères, mes camarades, je n’en connais qu’un : c’est Jean-Pierre Chevènement ! Et c’est lui le candidat du sursaut républicain.

Notre objectif, c’est donc de créer, dès maintenant, les conditions les plus favorables, pour que Jean-Pierre Chevènement puisse décider, en son for intérieur, s’il veut être candidat, sans qu’aucune contingence ne restreigne son choix. Nous avons remis le MRC en marche. Il faut maintenant le mettre en position de combat !

Bien sûr, il y a aujourd’hui des réunions publiques, où se retrouvent Jean-Pierre Chevènement et Laurent Fabius. Je ne perds pas de vue non plus les débats qui ont lieu avec toute la Gauche, et dans lesquels, par notre mobilisation militante, par la pertinence de nos idées, par notre détermination, nous pourrons faire entendre notre voix.

Rien de décisif ne peut en sortir avant l’été, voire l’automne. D’ici là, notre mission est simple.

D’abord, nous rassembler pour réussir notre congrès. Nous sommes d’accord politiquement entre nous, alors tirons-en les conséquences politiques ! Nous sommes en harmonie pour soutenir la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Nous sommes unanimes à approuver sa démarche. Elle est forte : Jean-Pierre Chevènement élabore et propose des solutions pour trouver une issue républicaine à la crise grave dans laquelle s’enfonce notre pays. Dès lors, notre mobilisation pour créer les conditions de sa candidature n’est pas faite pour amuser la galerie. Nous nous donnons les moyens d’aller jusqu’au bout ! Et je dirais même que c’est notre honneur, que d’ouvrir le champ des possibles à la décision de Jean-Pierre Chevènement.

Et si d’aventure nous parvenions à amorcer une refondation de la gauche, la préparation d’une candidature de Jean-Pierre Chevènement pourrait être mise au service d’une dynamique d’union. Mais personne ne peut prédire l’avenir. Et c’est pourquoi nous savons que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes !

Beaucoup dépend de notre volonté.

A l’issue des échéances électorales de 2007, si nous avons su nous mobiliser et nous battre, nous pourrons retrouver une représentation parlementaire, sans laquelle il n’y a pas de visibilité dans les grands médias audio-visuels, pas de possibilité de peser sur la vie politique et le sort de notre pays.

Ma conviction, chers camarades, c’est qu’il faut faire un pari, et se donner les moyens de le gagner. Ce pari, c’est qu’on peut éviter et la disparition et le déshonneur : nous y parviendrons si, par notre détermination, notre mobilisation, et la force de nos idées, nous réussissons à amorcer une refondation de la gauche sur des bases républicaines.

Chers camarades, nous avons engagé à la Bidassoa un processus. Nous avons contribué, ensemble à remporter une première victoire, la magnifique victoire du 29 mai 2005. Il faut maintenant mener ce processus à son terme en remettant nos idées et notre mouvement au cœur d’une refondation de la gauche. Et la première des priorités est désormais de créer une dynamique en faveur de la candidature de Jean-Pierre Chevènement.

Je vous fais confiance, à vous tous, pour mener ce combat. Je dis bien à vous tous, car je n’ai pas d’adversaires au MRC, je n’ai que des camarades, des camarades de combat. Je vous fais confiance, et je vous demande, pour poursuivre ce que nous avons engagé ensemble, de me renouveler votre confiance.