Port du voile islamique au lycée La Martinière-Duchère de Lyon
14 mars 2003

En matière de voile islamique, ce qui fait défaut n'est pas la clarté des textes, mais la volonté et le courage. L'affaire du lycée La Martinière-Duchère de Lyon nous en fournit une nouvelle preuve. Que des professeurs, après maintes tentatives de conciliation et l'intervention de la chargée de mission du ministère de l'Education Nationale, convoquent un conseil de discipline à l'encontre d'une jeune fille qui s'obstine à garder son voile, est parfaitement légitime.

Que ces professeurs soient outrés par l'attitude du recteur, M. Alain Morvan, qui décide sans concertation d'annuler la sanction est encore plus légitime. Et l'on ne peut que regretter que l'Etat, une fois de plus, abandonne ses principaux défenseurs, et les laisse seuls défendre les principes fondamentaux de la République, et de coexistence entre ses citoyens. Faut-il rappeler que la décision du Conseil d'Etat, que l'on dit peu claire, l'est suffisamment pour qui veut appliquer les principes de la laïcité. Elle interdit tout signe " ostentatoire ". Si un foulard n'est pas un signe ostentatoire, on se demande ce qui peut être considéré comme tel, hormis peut-être la burka...

On sait que se développe aujourd'hui dans les lycées le port de bérets ou de foulards ne couvrant pas forcément le front. Façon de contourner l'interdiction. Qu'un recteur d'académie aille jusqu'à jouer sur les mots, et qualifier cela de bandeau, voilà qui en dit long sur la fragilité de ce concept pourtant essentiel de laïcité. Va-t-on maintenant ergoter sur la quantité de tissu ? Dans la mesure où la jeune fille elle-même admet porter ce foulard pour " affirmer ses convictions religieuses ", ne doit-on pas considérer que c'est l'intention, et non la forme, qui assigne à l'objet sa nature ? Les principes qui nous permettent de vivre en bonne entente ne devraient pas être soumis à de telles arguties, sous prétexte d'un " apaisement " factice et de court terme, et sans doute il faut une loi qui, enfin, clarifie les choses et fixe des règles strictes. Mais une loi ne sera rien sans la claire conscience de l'importance majeure, aujourd'hui plus que jamais, de la laïcité, et sans le courage de la défendre contre les intérêts particuliers et la démagogie.

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