MOUVEMENT REPUBLICAIN ET CITOYEN

TRIBUNE D'ERIC FERRAND

Avec l'école, relever le défi de la Marianne éclatée
mardi 2 septembre 2003

Disons le très clairement, la déconstruction républicaine exerce partout des ravages dans notre société, et tout d'abord à l'école. Le risque d'éclatement de la République est bien réel, et par cette menace, c'est en vérité un grand défi qui nous est lancé.

Certes, nul n'en a le monopole, mais la République, comme le rappelle Claude Nicolet, c'est le parti de ceux qui prennent au sérieux ses principes, et ce parti n'est pas vraiment représenté chez ceux qui veulent nous imposer une pseudo décentralisation qui n'est ni plus ni moins qu'un plan de désintégration de l'éducation nationale !

Mais le peuple (dont on fait bien cyniquement abstraction !), dans ses profondeurs, reste lui, républicain, avec cette sensibilité égalitaire et solidaire très fortement ancrée dans l'histoire et la tradition politique de notre pays depuis plus de deux siècles.

Ainsi, relever ce défi d'une Marianne éclatée, c'est commencer par replacer la République sur ses bases aujourd'hui ébranlées, et c'est refonder l'école, d'abord en lui refixant ses missions. Et ce projet ,parce qu'il prépare les enfants à leur vie de citoyens et leur vie professionnelle, est complètement moderne.

Toutefois, vouloir adapter étroitement l'école au monde du travail serait une erreur, parce que les mutations techniques incessantes exigent en premier lieu une bonne formation générale. L'ouverture de l'école sur l'économie ne doit pas être synonyme de son asservissement au monde des marchands, mais à la préparation de futurs citoyens dotés de libre arbitre, capables de penser par eux mêmes dans un monde complexe.

Le but de la société politique, ce n'est pas de prolonger le RMI jusqu'à vingt cinq ans ! C'est de faire des égaux, c'est à dire des citoyens libres et conscients. L'école doit donc se trouver au premier rang de la lutte contre les inégalités sociales, pour compenser le déficit dont souffrent les enfants des familles les plus modestes et celles issues de l'immigration.

Dans les quartiers les plus populaires, l'accès à l'école maternelle de ce point de vue, dès avant l'âge de trois ans est absolument prioritaire. Et puis, cessons de nous payer de mots, la formation à la citoyenneté ne peut rester l'état de simple incantation !

Seule l'instruction peut donner au citoyen les moyens de se forger un jugement éclairé et de ne pas se dessaisir de son pouvoir de décision au profit d'une élite qualifiée d'experts... ou des démagogues, d'extrémistes des deux bords !

Oui, l'école demeure le moyen d'intégrer pleinement à la collectivité nationale les enfants venus de l'immigration.A condition évidemment qu'ils soient incités à devenir partie prenante d'une société politique qui s'appelle la France, qui a certes connu ses ombres et ses lumières, mais qui mérite notre engagement et notre attachement, sans complexe et sans plier sous le joug du terrorisme libéral contre les nations.

Car cette mode de la repentance et du masochisme national, très imprégnée dans notre société, freine et finalement paralyse l'immense combat qui s'impose pour un égal accès à la citoyenneté de tous les jeunes, d'où qu'ils viennent !

Et n'en doutons pas, c'est l'école de la République, celle qui a reçu depuis plus d'un siècle des élèves venus de partout, de toutes les vagues de l'immigration, italiens, polonais, portugais, maghrébins, qui réussira encore demain à faire des citoyens libres et égaux, si bien sûr, ses missions sont clairement rappelées.

En retour, c'est au centuple qu'ils rendront à cette nation, la France, dont aujourd'hui beaucoup d'entre eux sont des membres parmi les plus éminents, ce qu'ils en ont reçu, en lui donnant les ingénieurs, les professeurs, les prix Nobel, ou les meilleurs artistes.

L'école doit redevenir le centre de la méritocratie républicaine contre la médiocratie engendrée par l'ultra libéralisme qui dévaste notre société.

De ce fait, l'éducation ne peut-être une simple affaire de prestations de services, une marchandise susceptible d'être privatisée comme l'avance l'OMC !

Dès lors, si école et République ont bien une histoire commune ; elles ont surtout et encore un grand avenir commun ! Et si on admet que c'est l'école qui éduque à la liberté par la formation du citoyen ; ce que Langevin appelait "l'élitisme républicain" mérite d'être compris : la promotion de tous pour la sélection des meilleurs.

N'y a t il pas meilleure antidote à l'hérédité de caste qui quadrille notre société ?

Et puis la laïcité enfin. Valeur forte et fondamentale de la République et de notre pays, elle s'apprend à l'école.

Car oui, elle ne germe pas spontanément dans l'esprit ! C'est une conquête de la raison que de protéger l'espace public commun des dogmes, que distinguer une sphère publique d'une sphère privée.

Ne jamais accepter qu'aucune communauté prétende dicter aux autres ses propres règles, s'exercer à rechercher l'universel dans chaque culture, respecter la liberté de conscience et refuser qu'une loi particulière s'érige en règle générale sans que les citoyens en aient délibéré.

La laïcité n'est pas la licence donnée à toute les communautés de coloniser l'espace public, elle défend et construit au contraire la liberté de penser de chaque citoyen en préservant, précisément, l'espace public.

Tout commence donc par l'école, par la transmission des savoirs et des valeurs. Là est le socle du sursaut républicain. Affermie sur ses bases, la République pourra alors affront.

Eric Ferrand est adjoint au maire de Paris chargé des Affaires scolaires, conseiller régional MRC d'Ile-de-France et porte-parole de l'Union régional du MRC.

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