Mise en ligne le 18/02/2006

MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN

Contribution "Pour un "Mouvement France-Progrès""

Par Bernard Perego / Seine Saint-Denis

D’une certaine façon, Marx avait vu juste : le développement du capital atteint aujourd’hui l’ensemble des continents (la fameuse mondialisation) et s’étend à des secteurs que l’on croyait jadis protégés des excès du marché comme la santé, l’éducation, la culture...

A la classe bourgeoise de jadis se substitue progressivement une « global-bourgeoisie » essentiellement financière qui tente de mettre le monde en coupe réglée.

Mais hélas le prolétariat n’a pas été au rendez-vous.

D’une part les prétendus Etats communistes se sont écroulés sur eux-mêmes comme fossilisés par leur bureaucratie, d’autre part la classe ouvrière des pays capitalistes est devenue toujours plus éclatée et impuissante à prendre en charge un destin plus grand qu’elle.

Les forces progressistes se sentent aujourd’hui sans repères.

Alors, mis à part les socio libéraux qui sont candidats à la simple gestion du système, les autres se déclarent « anti-libéraux » et « citoyens », sans trop s’interroger sur le contenu et la signification de ces termes.

A ce stade, un embryon de réflexion théorique s’impose.

La nation, seul môle de résistance à la mondialisation du capital.

L’individu isolé n’ayant jamais existé, l’humanité a toujours vécu dans des groupes : tribus, ethnies, empires, nations.

Or l’Histoire montre clairement que la nation citoyenne moderne a été le seul groupe à pouvoir transcender l’égoïsme ethnique tout en permettant une participation démocratique que les empires refusent (les empires coloniaux et l’URSS elle-même avec son empire colonial intérieur se sont effondrés).

La nation apparaît aujourd’hui comme le seul groupe assurant à la fois la solidarité (à un moment où, dans les pays capitalistes marqués par l’individualisme, les solidarités traditionnelles s’estompent) et la souveraineté de chacun par la participation à la souveraineté nationale, seule forme démocratique actuellement connue.

De surcroît, la nation apparaît comme un acteur de l’histoire au fil du temps parce qu’elle assure la transmission d’une culture que peuvent partager tous ses membres en faisant d’eux des citoyens libres participant à une communauté de destin et de débat.

Or il apparaît très clairement aujourd’hui que le plus grand ennemi potentiel du grand capital mondialisé, ce sont justement les nations.

En effet la marchandisation du monde semble beaucoup mieux assurée par le morcellement entre micro-régions ou ethnies, incapables d’apporter de résistance sérieuse (sinon le terrorisme, arme des faibles) au rouleau compresseur de la global-bourgeoisie, accolée au bras armé de la puissance américaine.

Alors les thuriféraires du nouvel ordre mondial crient haro contre les nations, hormis évidemment la nation américaine, porteuse elle de tous les espoirs de la global-bourgeoisie, fut-ce même au détriment du peuple américain.

Qu’il s’agisse du recours à la force (contre l’Irak) ou du terrorisme idéologique (le meccano bruxellois utilisé pour saper les bases des nations européennes), tout est bon pour attaquer la légitimité des nations et des Etats, seuls obstacles aujourd’hui à la politique du « laissez faire, laissez passer » mises en place par la Banque mondiale, l’OMC, le FMI et la Commission de Bruxelles.

Or ce n’est pas un marché mondialisé fonctionnant « naturellement » au moins-disant social (les délocalisations...) ni la global-bourgeoisie les yeux fixés sur la défense de ses actifs financiers qui assureront à un peuple quel qu’il soit des conditions de base aussi essentielles que l’autonomie alimentaire, l’indépendance énergétique et la liberté culturelle.

Bien au contraire, tous les coups sont permis. Contre la politique agricole commune (la seule politique « sectorielles » européenne voulue à l’époque par le Général de Gaulle...), contre l’indépendance énergétique (on connaît les assauts de Bruxelles contre EDF) et évidemment contre l’exception culturelle, jugée ringarde par les chiens de garde de la global-bourgeoisie, drapés dans l’idéologie libérale-libertaire.

Devant un tel constat, on ne peut qu’être surpris du grand silence de la « gauche » française : la nation y demeure la tâche aveugle, la statue du commandeur. Apparemment, ce n’est pas le cas au Brésil, en Bolivie ou au Venezuela !

Paradoxalement, il faut rappeler que si la forme nation a pu servir le développement du capitalisme industriel au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème, elle ne répond plus aux exigences de déterritorialisation de la global-bourgeoisie financière.

Que faire ?

Au vu de ce qui précède, l’anti-libéralisme incantatoire d’une partie de la gauche est voué à l’échec s’il refuse de se situer clairement du côté de la nation.

En effet, alors que la global-bourgeoisie détache de plus en plus ses intérêts du territoire (allant même souvent jusqu’à jouer financièrement contre le peuple auquel elle est censée servir d’élite...), les ouvriers, employés, agriculteurs, fonctionnaires, enseignants, cadres moyens, ingénieurs, patrons de PMI, chômeurs, retraités ont leur avenir ancré dans un territoire, celui de notre pays. De ce fait, contrairement à la formule de F.Mitterrand, c’est la France qui est leur avenir car personne d’autre ne les prendra en charge !

Il s’ensuit que, contrairement à ce que les prétendues élites ressassent depuis cinquante ans, tout passage à un niveau supranational va aujourd’hui dans le sens des intérêts de la global-bourgeoisie. Inconsciemment, le peuple français a du le pressentir en votant non à 55% au Traité constitutionnel européen.

De surcroît, le problème fondamental de « l’Europe », c’est que, à la différence des USA, de la Chine, de l’Inde, de la Russie ou du Brésil, elle n’est justement pas une nation et n’a donc pas de volonté politique affirmée- et ce ne sont pas les gadgets institutionnels qui y changeront quelque chose.

Aujourd’hui, pour avancer, il s’agit de mettre la nation progressiste au poste de commande. Elle seule :
- permet de fédérer la plus grande partie du peuple qui se reconnaît de moins en moins dans telle ou telle « classe »
-
assure la solidarité au lieu de segmenter les populations
- peut définir des règles valables pour tous en tant que communauté de destin
- peut intégrer des populations d’origines diverses sous réserve de promouvoir une culture commune et de respecter les principes laïques.

Pour cela notre tâche devrait être de créer un nouveau bloc idéologique hégémonique qui regrouperait tous ceux qui refusent le déclin du pays et pensent que les aspirations vers l’universel passent par l’affirmation d’un patriotisme républicain.

C’est à cette lumière que l’ensemble de la situation actuelle devrait faire l’objet d’un examen sans tabou.

Ainsi il faudrait vraisemblablement exiger la renégociation complète de tous les traités européens afin de permettre à chaque nation de mener la politique économique de son choix.

De ce point de vue, l’euro devrait être plutôt considéré comme une monnaie d’échange internationale, laissant à chaque nation le soin de régler à sa guise ses échanges intérieurs.

Si cela était possible, le plus souhaitable serait sans doute une monnaie internationale valable partout (pas nécessairement le dollar...) pour faciliter les échanges internationaux et des monnaies nationales multiples. Certes, cela n’arrangerait peut-être pas les affaires des différentes « sections nationales » de la global-bourgeoisie mais ne gênerait en rien la vie quotidienne des peuples.

De même nous devons envisager avec lucidité l’existence de grands groupes à base française agissant à l’échelon mondial : Alstom, Danone, Renault...Ces entreprises qui représentent un élément important pour la technologie et l’influence du pays sont sans cesse sous la menace de prédateurs les plus divers . Alors, au rebours de notre tradition et vu les circonstance, ne faut- il pas préférer lorsque cela est possible soutenir un actionnariat populaire en maintenant une obligation de conservation des titres plutôt que d’atteindre des fonds de pension californiens...De telles entreprises sont des champs sur lesquels se livre un combat sans merci entre les tenants du « patriotisme économique » et les représentants de la S F G B (« section française de la global-bourgeoisie »).

L’actuelle ambiguïté de la « gauche » tient à son incapacité à assumer le destin du pays en tenant compte des réalités.

Ainsi, comment vouloir les 35 h en refusant de dénoncer les traités permettant les échanges avec des pays qui pratiquent les 50 h, sinon 60h par semaine ?

Comment combattre le chômage de masse si l’on ne se donne pas les moyens, à tout le moins à l’échelon national, de mener une politique de croissance permettant de favoriser l’intégration de l’ensemble de la jeunesse ?

Comment imposer un temps plus important de cotisations sociales pour la retraite tout en empêchant-pratiquement - les plus de 50ans de travailler. ?

Chaque nation a des problèmes spécifiques qu’il lui appartient de résoudre en se fondant sur sa tradition propre.

Et ce n’est pas le mariage homosexuel, une loi sur l’euthanasie, la légalisation des drogues dites « douces » ou l’imposition du curriculum vitae aveugle qui, en dépit de leur intérêt éventuel, pourraient remplacer des propositions plus tangibles pour conforter le lien social.

Le jeu de la France mérite d’être joué car, en dépit des « déclinologues »de tout poil, membres de la SFGB ou néo-pétainistes, elle continue d’incarner des valeurs universalistes que les autres peuples nous reconnaissent, même lorsqu’elles sont vilipendées par ...des Français.

Le MRC, dans la lignée du CERES, de « Socialisme et République » et du MDC, a toujours considéré qu’il fallait lier l’impératif social et l’exigence nationale.

Plus que jamais nous devons être le ferment d’un nouveau rassemblement en ne nous laissant pas enfermer dans des références qui en réalité maintiennent le statu quo.

Le poids des mots a un sens réel car il faut savoir se faire comprendre : le MRC ne devrait-il pas être plus clairement le MFP, « Mouvement France -Progrès » ?

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