Mise en ligne le 18/02/2006
MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
![]()
Contribution "Comprendre, vouloir, agir. Vers la
stratégie d’influence !"
![]()
Déposée par : Joël MEKHANTAR (BN , 21, tête de liste aux régionales de 2004 en Bourgogne), Pascal BASSE (DN, 974), Dimitri BOISBESSOT (92), Nicolas BONIN (SN, 75), Gaël BRUSTIER (SN, 71), Yann CARPENTIER (62), Laurence FAVIER (DN, 21), Laure GERARD (DN, 37), Jean-Philippe HUELIN (DN, 83), Renaud RAMILLON-DEFFARGES (SN, 75).
![]()
Le texte qui suit,
intitulé “ Comprendre, vouloir, agir ”, a été rédigé collectivement par des militants du MRC à la fin
décembre 2005 en prévision du prochain Congrès de notre parti. Notre constat est simple : il faut mener,
au sein de notre mouvement, un véritable débat stratégique qui permette d’espérer faire vivre nos idées
pour un nouveau cycle politique.
En établissant le constat de notre enfermement dans un “ nulle part ” politique mais constatant que
Jean-Pierre Chevènement reste celui qui porte nos idées et que ces dernières sont d’une brûlante actualité,
nous posons le problème du choix stratégique collectif que nous devons faire pour le long terme.
Le choix stratégique que nous proposons, celui du combat culturel et de la stratégie d’influence,
qui passe par la levée du tabou de l’autonomie partisane , doit avoir pour but de faire vivre nos idées.
Notre courant d’idées a un passé riche - CERES, Socialisme et République, MDC- et le bilan intellectuel
de cette histoire est loin d’être nul. Notre soutien total au projet du MRC rédigé par Jean-Yves Autexier
et la modeste contribution que constitue la deuxième partie de notre texte nous amène à poser clairement
la question de notre devenir collectif, de la stratégie collective que nous devons choisir.
Autonomie partisane et stratégie d’influence ne sont plus, à bien des égards, compatibles.
Le combat culturel doit être mené avec vigueur, tous les choix à faire doivent être corrélés à cette
volonté de porter la contradiction aux sociaux-libéraux et de les battre idéologiquement et politiquement.
Nous résumons ainsi notre pensée : Ni périr, ni trahir !
INTRODUCTION :
SAUVER LES POSSIBLES OU COMBATTRE POUR L’IMPOSSIBLE ? “
"Les congrès ne seront jamais rien, tant qu’ils ne seront que des suites de conférences toutes
faites, sans échange fructueux d’idées. Les réunions fédératives seront stériles plus qu’à demi si elles
se bornent à des questions d’organisation et de réglementation intérieure, de tactique et de personnes
” Lucien HERR.
Janvier 1966 - Janvier 2006. Quarante années nous séparent de la création du CERES. Quarante années
de combat pour nos aînés. Un peu moins pour la plupart d’entre nous... La principale question de ce
3ème Congrès du Mouvement Républicain et Citoyen sera de savoir comment nous voulons faire vivre nos
idées et quels moyens nous entendons mettre en œuvre pour les faire arriver au pouvoir.
Fondé à l’origine en 1966 par Jean-Pierre Chevènement, Georges Sarre et Didier Motchane, le CERES fut
une originalité française puisqu’il fut un courant de gauche - socialiste au sens fort du terme - au
sein même de la social-démocratie, ce qui n’a existé dans aucun autre parti social-démocrate européen
(exception faite, peut-être du Parti travailliste britannique). Dans un texte publié en 1976, le CERES
analyse son succès comme étant le résultat de facteurs extérieurs - la crise de l’impérialisme, le besoin
d’une Union de la gauche, la faillite de la social-démocratie française devant les guerres coloniales,
mai 68 - et de facteurs purement propres au CERES - principalement une analyse à la fois réaliste et
originale.
Qualifié encore aujourd’hui de courant “ marxiste ” (cf le site du PS actuel), le CERES a toujours veillé
à se donner les outils d’analyse et d’action permettant la transition au socialisme. Cette idée de transition
au socialisme passant elle-même par trois idées forces que portait le CERES.
En premier lieu, la transition doit se fonder sur une analyse commune qui permette l’accord politique
et débouche sur l’alliance stratégique : l’Union de la Gauche. C’est là que le CERES devait jouer un
rôle moteur en dotant à la fois la vieille social-démocratie et le mouvement communiste “ bolchévique
” d’une ligne authentiquement socialiste.
En second lieu, il y a, à l’époque, au CERES une certaine idée du processus révolutionnaire. Au cœur
de cette idée figure l’interaction entre le mouvement de masse et le gouvernement de gauche. Au cœur
de la transition, la prise de conscience de classe qui change la foule en masse doit influer sur la
transition et contribuer à l’amener au succès. En troisième lieu, il y a enfin l’idée de l’organisation
du mouvement ouvrier. Le CERES pense que le processus amènera les partis membres de l’Union de la Gauche
à changer leurs pratiques. Le CERES n’est d’ailleurs pas le PSU - celui-ci restant en dehors du PS-SFIO
- et l’analyse que le CERES fait de l’Etat et du pouvoir diffère de celle véhiculée par les PSUistes
- ces derniers adoptant la théories “ des pouvoirs ” en lieu et place de la critique du pouvoir. Cette
conception PSUiste mènera nombre de ses membres à rallier l’aile de droite du PS des années 80-90 et
2000.
Militer au CERES, à l’époque, visait donc à faire surgir, au sein de la social-démocratie, le contraire
dialectique de celle-ci : le socialisme. Il s’agissait bien d’une stratégie d’influence, qui amena le
CERES à peser jusqu’à 25% du Parti Socialiste.
2006. La France vit une période d’incurie. Ouverte à tous les vents de la mondialisation néolibérale,
de la financiarisation de l’économie, d’une concurrence internationale déloyale, la France, comme ses
voisins européens, semble gouvernée par des hommes et des femmes pétris de mythes incapacitants. Sans
volonté politique, ils sont incapables d’agir. L’application des mythes libéraux et libre-échangistes
a entraîné le sacrifice d’une partie de la population à travers le chômage de masse et le sous-emploi.
Notre pays semble déchiré par d’inépuisables querelles de mémoire que nos politiques ont - par lâcheté,
ignorance, cynisme ou lassitude - laissé se développer. Le législateur se saisit, parfois malheureusement,
de l’Histoire alors qu’il a fondamentalement abdiqué devant l’esprit post-démocratique des instances
de décisions dites “ indépendantes ” souvent supranationales ou même parfois nationales.
Dans le même temps, son Ecole semble de moins en moins capable de transmettre un savoir et une culture
nécessaire au vouloir vivre commun.
L’hyper individualisme se développe sur le terreau de l’absence de volonté politique. L’État, qui s’est
privé lui-même de ses moyens d’action, multiplie les expédients, au premier rang desquels il faudrait
accepter une décentralisation mal conçue. L’extraordinaire propension du pouvoir à criminaliser les
pauvres suit une pente déjà empruntée par les Etats-Unis d’Amérique. Tout pauvre devient un suspect.
On confond ordre républicain et politique de répression, les mots perdent leur sens premier.
Le pacte républicain est rompu.
Pour notre part, nous ne confondons pas la gauche et le socialisme. La gauche est aujourd’hui une réalité
électorale avant d’être une idéologie, le socialisme est notre horizon intellectuel et historique.
La République est la condition de l’union de la gauche et de sa réussite, comme elle est - à long terme
- la condition d’une victoire du socialisme sur le néo-libéralisme. La République, parce qu’elle défend
la Liberté conçue comme le refus de toute domination, ne peut qu’être accompagnée par le souci d’égalité
et donc amener au socialisme.
Le “ sursaut républicain ” est un impératif.
Notre engagement est républicain ; c’est un engagement pour le socialisme. Mais nous savons aussi que
pour sauvegarder l’essentiel - ce qui est la condition de tout, à savoir la République - il nous faudra
parfois taire provisoirement nos idéaux socialistes.
La réalité de la situation actuelle doit être analysée dans toutes ses dimensions. Fidèles à notre adhésion
à la République sociale, fidèles à l’héritage de notre courant politique, nous souhaitons renouer avec
une véritable stratégie d’influence.
Cette stratégie passe par le combat culturel. C’est à cela qu’il faut préparer notre courant, et
donc notre mouvement, et à rien d’autre.
I - DU 29 MAI A AUJOURD’HUI : COMPRENDRE LA FRANCE DE 2006.
1. Face à la mondialisation.
La mondialisation néolibérale est une tempête dont les vents balaient tous les continents. La victoire
du néo-libéralisme en Europe est d’abord une défaite de la pensée. Ce “ grand bond en arrière ” est
le produit d’une alchimie complexe associant idéologie (des Chicago Boys de Milton Friedman aux adorateurs
de Laffer ou Gilder), imprégnation des structures nationales et internationales par l’air du temps,
rôle actif des firmes multinationales (réunies en Europe au sein de Unice ou de l’ERT), absence de pensée
à gauche après 1983, analyse marxiste déviante (d’aucuns parlent d’une “ fin du socialisme ”) consacrant
la victoire du marché.
En Amérique latine pourtant, le destin du continent entier semble différent : Hugo Chavez a orienté
sa “ révolution bolivarienne ” vers le socialisme au Venezuela, Lula pratique un réformisme prudent
mais courageux au Brésil, Nestor Kirchner rétablit une politique d’indépendance de la République Argentine
face au FMI et à Washington, Tabaré Vasquez, en Uruguay, rompt avec des décennies de chape de plomb
conservatrice et oligarchique. La victoire d’Evo Morales marque le basculement historique de l’altiplano
bolivien à gauche. Les élections à venir au Nicaragua, au Pérou après la victoire de Bachelet au Chili
pourraient contribuer à parachever le basculement à gauche de l’Amérique latine.
Le système d’échange international soumis aux dogmes du libre-échange intégral, la montée en puissance
d’une Chine manufacturière et dont l’esprit de domination ne fait guère de doute, la dépendance de la
croissance mondiale à l’égard des ménages nord-américains, la financiarisation de l’économie mondiale
et la présence de paradis fiscaux particulièrement déstabilisants pour l’économie mondiale, la croissance
à crédit des Etats-Unis, la possession par les banques asiatiques d’une masse astronomique de bons du
trésor américains, forment la toile de fond de la réalité de la mondialisation.
Le MRC a une analyse juste de la mondialisation, il reste à comprendre comment, en France, des forces
peuvent se mettre en marche pour résister, répliquer puis vaincre.
2. L’analyse du référendum : le 29 mai rouvre le champ des possibles
Pour savoir où nous voulons aller, il faut déjà bien analyser la situation politique en France et donc
les conséquences de la victoire du NON au référendum du 29 mai 2005.
2.1 La victoire du peuple sur les élites
La première constatation qui réjouit tous les démocrates est le score très satisfaisant de la participation
qui avec 28 988 300 votants approche les 70 %. Ce taux quasi inespéré peut redonner en apparence espoir
en la santé démocratique de notre pays, comme un retour de participation politique après de trop longues
années d’atonie. Plus gravement, loin d’être un signe d’apaisement, il faut plutôt l’analyser comme
un coup de semonce de plus aux élites françaises. En effet, la campagne médiatique a clairement montré
à quel point les élites politiques et médiatiques voulaient aujourd’hui se passer d’un peuple prétendument
incapable de distinguer la raison politique européenne et ses intérêts dans une économie mondialisée.
Comment expliquer autrement le déchaînement de tous les médias contre le NON ? Préférant user de la
grosse-caisse médiatique plutôt que de la fine démonstration, ils ont creusé leur tombe. Le NON aurait-il
gagné le 29 mai dernier si les médias n’avaient pas été si manifestement partisans du OUI ? Question
provocante qui renforce l’idée d’une influence médiatique en hausse mais paradoxale et autodestructrice
; le message propagé et tambouriné renforçant chez les récepteurs une fureur rampante contre les élites.
Treize ans après Maastricht, la réalité a rattrapé le mythe européen : un vote jeune, actif et populaire
a osé voter l’impensable. Pour nous, mouvement politique, il convient d’analyser précisément ce vote
pour comprendre l’évolution de l’électorat et ses nouvelles attentes.
Depuis la courte victoire du OUI au traité de Maastricht en 1992, il y a eu un basculement pour le NON
qui s’est concentré dans les couches populaires (ouvriers et employés) et les professions intermédiaires.
Dans ces catégories, le NON a bondi de 15 à 18 %. Il faut de plus noter que ce sont les employés du
secteur public (professeurs, professions de santé, éducateurs, cadres moyens) qui ont été déterminants
dans ce basculement passant d’un net OUI à Maastricht à un NON tout aussi clair au projet de Constitution
européenne.
Parallèlement, une double logique territoriale, tout aussi structurante, est à l’œuvre. À l’échelle
de la France, ont une perception positive du projet de Constitution européenne les régions à forte tradition
démocrate-chrétienne (Bretagne et Alsace), les grandes villes bourgeoises et bobos (Paris et Lyon) et
les départements ouverts sur l’économie mondialisée (Haute-Savoie, Ouest parisien). À l’échelle des
grandes villes, les centres votent OUI, alors que les quartiers populaires, les banlieues et les périphéries
votent NON.
2.2 Deux Frances
Cette double analyse sociale et territoriale tend à accréditer les études géographiques et les intuitions
politiques de Christophe Guilly et Christophe Noyé dans leur Atlas des nouvelles fractures sociales
en France. Ces analyses mettent en avant le processus de séparation sociale et spatiale des classes
: les couches populaires se trouvent, sous les coups de boutoir de la mondialisation, de plus en plus
désintégrées de la société dans des zones de relégation loin des centres-villes où se concentrent les
élites (bourgeoisie traditionnelle et nouvelle bourgeoisie post-industrielle dite bobo).
Il y a donc deux Frances qui coexistent l’une à côté de l’autre, qui se séparent sans véritablement
s’affronter et le vote du 29 mai recoupe très largement les limites de ces deux Frances. Disons en quelques
mots qu’il marque, en plus du désaveu venu des classes populaires, la “ fureur des classes moyennes
” pour reprendre l’expression d’Emmanuel Todd et plus précisément les classes moyennes inférieures ou
dans un langage marxiste la petite bourgeoisie d’Etat. Cette convergence assez inédite montre à quel
point la mondialisation radicalise les positions entre gagnants et perdants. Politiquement, elle sape
les bases de la social-démocratie européenne qui entendait accompagner les masses vers un confort moderne
rendu accessible par la croissance des Trente glorieuses et toujours revendiqué pendant les Trente piteuses.
C’est aussi “ la fin d’un monde giscardien ” (Eric Zemmour) qui devait voir deux Français sur trois
se reconnaître dans un centrisme libéral et humaniste. Plus que jamais la République du Centre est devenue
la lutte entre les deux Frances, celle qui gagne toujours plus, grâce à la mondialisation, et celle
qui souffre déjà ou qui craint pour son avenir.
Parce que nous sommes Républicains, nous ne nous résignons pas à voir les libéraux de tous bords détruire
les valeurs universelles d’égalité et de fraternité que le génie de notre Peuple a su faire partager
bien au-delà de nos frontières. Parce que nous sommes Socialistes, nous défendons l’émancipation de
tous les êtres humains. Parce que nous sommes Socialistes nous combattons ce capitalisme sauvage qui
tend à asservir les femmes et les hommes pour les réduire à l’état de simples sujets, voire de marchandises
tout juste bonnes à jeter au gré des restructurations, délocalisations qu’imposent les libéraux et leurs
alliés au nom de l’économie de marché. Parce que nous sommes Républicains et Socialistes, nous ne pouvons
tolérer plus longtemps un abaissement indigne de la France où ceux qui occupent les places ne gouvernent
pas dans l’intérêt général. À chaque mesure qu’ils prennent, ils aggravent sciemment la fracture sociale
et les injustices. Ainsi, ils protègent par le “ bouclier fiscal ” les plus riches, ils instaurent la
précarité généralisée pour des couches entières de la population livrée au marché mondial déréglementé
du travail et de la protection sociale. Ils détruisent méthodiquement toutes les avancées politiques
et sociales conquises depuis plus de deux siècles. En définitive, nos gouvernants ne s’intéressent plus
qu’à eux-mêmes. Doit-on les laisser plonger la France et notre Peuple dans une véritable “ sous-France
” ?
3. Retrouver un ferment d’unité par la gauche
La tentation politique serait grande de miser sur le peuple du NON majoritaire contre les élites du
OUI minoritaire. À cela, en plus du principe républicain d’unité nationale, il y a deux limites politiques
très justement exposées par Emmanuel Todd. D’abord on ne peut gouverner en démocratie ni contre le Peuple
ni contre les élites. Ensuite, à l’intérieur du camp du NON, la situation n’est pas exactement la même
entre les couches populaires en attente d’emplois qui espèrent surtout la sortie du chômage et des classes
moyennes, notamment dans la fonction publique, qui entendent, à juste titre, défendre leur statut également
menacé par le libéralisme.
Pour nous, les bonnes questions à se poser après ce scrutin sont les suivantes : quelle sera la place
des couches populaires dans une société post-industrielle et mondialisée ? Les élites pourront-elles
durablement se passer du Peuple ?
Après le 29 mai, le grand mérite du NON est d’obliger le parti organique de la Gauche française, le
Parti Socialiste, à “ résoudre le dilemme avec lequel il ruse depuis 1983 ” (contribution d’Hubert Védrine
au congrès socialiste du Mans).
La chute du paravent européiste pose à nouveau la question du socialisme dans une situation très différente
du début des années 1980 : “ Comment créer de la richesse pour maintenir en France la prospérité nécessaire
au financement d’un état social de justice et de bien être et quel rôle peut y jouer l’Union européenne,
dans un monde, par ailleurs ouvert et concurrentiel ? ” (Hubert Védrine)
Nul doute que pour la Gauche française, affronter cette question implique courage, analyse et lucidité.
Nous allons entrer dans une période de refondation avant laquelle nous devons faire un juste état des
lieux des forces de gauche si nous voulons essayer de retrouver une influence en son sein.
4. L’état de la gauche impose de ne pas s’enfermer ni de pratiquer le suivisme.
C’est sans illusion qu’il nous faut regarder la gauche institutionnelle.
4.1 Les survivances historiques
Le Parti socialiste, malgré les apparences du Congrès du Mans, reste tiraillé entre tenants du
OUI et du NON au référendum. Il ne se situe plus dans le prolongement de la Gauche historique française.
Néanmoins, le PS est le seul parti à pouvoir faire élire des candidats aux élections locales ou même
nationales, exception faite de la présidentielle, où l’automatisme de sa présence au second tour n’est
plus un fait acquis.
Le Parti communiste français apparaît comme une survivance laissant cohabiter des tendances aux
aspirations contradictoires. Après la direction Hue qui fut la plus catastrophique (quoique d’une nature
différente) depuis l’époque Barbé-Célor, l’équipe de Marie-George Buffet peine à s’extirper du “ hue-isme
” et adopte une stratégie de ménagement à l’égard de toutes les composantes du PCF. Force est de constater
que tous les élus communistes sont artificiellement maintenus en vie grâce au bon vouloir du PS. Çà
et là, quelques personnalités ou groupes peuvent voir clair mais sans que nous n’ayons rien à attendre
d’un parti qui n’eut de raison d’exister que de 1920 à 1989. L’extrême gauche quant à elle oscille
entre le gauchisme basiste, le néo trostkysme boboïsant et sur certaines de ses franges pointe même
une violence désespérée. Il ne sert donc à rien de bâtir à partir d’un pôle dit de “ radicalité ” les
incluant, même si un dialogue peut et doit se perpétuer avec tous. Ne pas perdre de temps à bâtir une
alliance électorale ne veut pas dire qu’un dialogue, qu’un échange d’idées soit impossible. L’exemple
d’un Christian Picquet est instructif. La redécouverte de la République est une bonne nouvelle, mais
l’incompréhension du fait démocratique national qui est largement celle de l’extrême gauche et des tenants
d’un marxisme hémiplégique constitue un obstacle fondamental à leur évolution féconde. Comme l’a dit
Didier Motchane, “ L’espace le plus décisif de la démocratie, le seul espace pleinement civique, c’est
l’espace national ! . Il reste à l’extrême gauche et à toute une partie de la gauche à le réaliser enfin.
4.2 Les réalités sociologiques
Il y a en France une réalité sociologique qui s’appelle le “ social-libéralisme ” , c’est à dire
la présence dans la société française d’un nombre d’électeurs qui vote pour la gauche institutionnelle
et organique en assumant pleinement les orientations néolibérales des élites dirigeantes. Dominique
Strauss-Kahn, Bernard Kouchner et dans une certaine mesure Michel Rocard en sont les représentants au
sein du PS.
Cette tendance a énormément d’influence sur une grande partie du PS, peut-être majoritaire d’ailleurs,
que l’on pourrait qualifier de “ social-opportuniste ”. Ces socialistes doctrinalement faibles constituent
une sorte de pôle neutre dans la famille qui se déplace en fonction de l’intérêt politique du moment,
des consignes de l’élite bien-pensante, et de l’attraction relative d’un pôle par rapport à l’autre.
Aujourd’hui, ces socialistes ne bénéficient plus du tout de la relative tension idéologique qui survivait
tant bien que mal au PS et cela est un fait, qui n’existe plus que très faiblement après les Congrès
de Rennes et de l’Arche. Ces socialistes ” se sont donc rapprochés mécaniquement du seul pôle fort restant
: la deuxième gauche libéralisante.
À la marge et en nombre il reste des socialistes sincères ayant milité pour le NON. S’il est
dommage de voir les courants du NON adhérer à une vision idéalisée de l’Europe (“ l’Europe sociale ”,
“ les Etats-Unis d’Europe ”) alors qu’à l’évidence, à l’heure de la mondialisation, la question n’est
plus de construire un ensemble identitaire européen ou une méta-nation européenne mais bien d’inventer
les formes d’action publique permettant la pleine expression démocratique et la prise en compte de la
puissance du capitalisme financier, on ne peut mépriser ces bataillons de militants, minoritaires parmi
les adhérents, qui continuent de se battre pour un idéal qui n’a rien de méprisable.
Disons le tout net : le Congrès du Mans (2005), à bien des égards décevant, n’est heureusement pas
le Congrès de Bourg-en-Bresse (1983), ni celui de l’Arche (1991).
4.3. Une influence républicaine diffuse au PS ?
D’ailleurs les positions politiques fondant notre spécificité à gauche sont loin d’être absentes
des rangs socialistes.
Nous n’en retiendrons que quelques exemples. Sur la question européenne, l’excellente contribution d’Hubert
Védrine va totalement dans le sens de nos analyses : l’Europe communautaire intégrée construite sans
les peuples a été désavouée par le peuple souverain, il convient donc de proposer des projets concrets
et fédérateurs qui s’attaquent aux véritables problèmes des Européens (croissance et emploi).
Hubert Védrine propose avec une justesse d’analyse qui force le respect de rompre avec les mythes jumeaux
de l’Europe sociale et de l’Europe puissance.
De la même façon, il faut noter la lucidité de certains maires socialistes, et en premier lieu du maire
d’Evry Manuel Valls, qui en matière de sécurité incarne justice et fermeté lorsqu’il affirme : “ nous
savons que la question de l’autorité et de la sécurité est au cœur de la séparation que nous connaissons
avec les couches populaires depuis des années ”.
Nous nous reconnaissons jusque dans l’attitude d’un Arnaud Montebourg qui refuse les compromis boiteux
et de façade et qui - par là - redonne une noblesse et de la fougue à une gauche exigeante ; comment,
de plus, ne pas reconnaître la nécessité d’une 6e République alors que nous assistons depuis dix ans
à la destruction de la république gaullienne par son soi-disant héritier. Il faut dire que le septennat
Giscard et, sous d’autres aspects, la République mitterrandisée l’avaient déjà bien entamée.
Notre courant politique, le chevènementisme, que l’on peut à bon droit qualifier de républicain-socialiste,
plus que jamais doit être au cœur de la mêlée afin de convaincre nos partenaires de la justesse de nos
analyses.
Nous devons être le pivot de cette refondation de la Gauche à condition de vouloir de nouveau mener
un véritable combat culturel.
5. Agir en républicains avancés “
Le socialisme et la République[...] sont inséparables car, sans la République, le socialisme est impuissant
et, sans le socialisme, la République est vide ” Jean JAURES
5.1 Le sursaut républicain : un impératif
La France a besoin d’un “ sursaut républicain ”. Pour vaincre - se régénérer d’abord, convaincre nos
concitoyens ensuite - le socialisme a également besoin de ce sursaut républicain. Nous ne confondons
pas l’unité organisationnelle de la gauche avec le progrès des idées républicaines et socialistes. Nous
ne pensons pas que la convergence des républicains soit une alternative à l’unité du socialisme en France,
nous pensons au contraire qu’elle en est la condition.
Notre refus de noyer nos idées dans le magma du “ Pôle de radicalité ”, notre questionnement face à
un certain suivisme “ gauchiste ” et notre étonnement de voir le guesdisme, cette maladie dégénérative
de la gauche, toucher certains de nos anciens camarades, ne nous camoufle pas l’immensité de la tâche
qui est devant nous : convaincre. Peut-on suivre une gauche qui voit en Tariq Ramadan le fier porte-drapeau
des masses en mouvement ? Qui s’endort avec Alain Touraine se réveille avec Alain de Benoist (en oubliant
- bien sûr - au passage Alain...). Les “ luttes mémorielles ” sont là pour nous rappeler que le repli
identitaire guette...
Au fond, une fois de plus, comme Jean-Pierre Chevènement, il nous faut affirmer que “ puisqu’il nous
a fallu nous rendre à l’évidence que ce n’est pas à partir de la gauche que l’on peut reconstruire la
République, nous savons désormais que c’est à partir de la République que la gauche se reconstruira
”.
5.2 Pour le sursaut républicain : un projet de salut public
Il manque à la gauche un projet. Ce projet doit émaner d’une compréhension du monde, des grands rapports
de force internationaux. De l’échelle mondiale à l’échelle locale, nous nous devons de faire l’analyse
exhaustive des forces à l’œuvre. Jean-Pierre Chevènement applique depuis longtemps cette méthode. Du
CERES à aujourd’hui, Georges Sarre, Didier Motchane, Jean-Pierre Chevènement ont agi en militants. En
militants, nous les avons rejoints. En militants, nous les avons soutenus et les aiderons encore dans
la tâche qui est la leur parce qu’elle est aussi la nôtre.
L’avant-projet présenté par Jean-Yves Autexier en août 2005 à Perpignan fait l’objet d’un consensus
au sein du Mouvement Républicain et Citoyen. Il est une condition de l’action politique, il est une
condition et un élément du retour du politique.
Il satisfait tous les Républicains et les Républicains-Socialistes que nous sommes tous. Il se présente
comme une première étape essentielle vers la République sociale. Il nous faudra y travailler encore
pour doter la gauche d’un réel programme de salut public, volontaire, exigeant et sans concession à
l’égard des libéraux.
Notre projet qui s’élabore devra être à la hauteur de ce sursaut républicain que nous appelons tous
de nos vœux pour rendre le pouvoir aux citoyens.
Bien au-delà de la 6e République, il nous faut avoir l’ambition de créer en France la Première Démocratie.
Cette Première Démocratie sera la fille à la fois naturelle et légitime de la Révolution française
et de sa seule vraie Constitution républicaine : celle de 1793 ! Parce que nous sommes Républicains
et Socialistes, nous ne voulons pas seulement changer de République, nous voulons changer la République
pour assurer cette indispensable prise de contrôle démocratique des institutions.
Il faut en finir avec la confiscation du suffrage universel par ce système politique ploutocratique
de la 5e République qui ne permet plus qu’aux plus riches d’avoir le droit de concourir aux élections
et qui n’offre en définitive aux citoyens qu’un non choix démobilisateur entre des candidats “ du pareil
au même ”.
La réflexion sur la nécessaire démocratisation de nos institutions doit être un point central du projet
républicain de salut public que nous voulons. Elle est un élément fondateur du combat culturel que nous
devons mener dans notre stratégie d’influence pour faire gagner la gauche avec la République.
5.3 Le combat culturel : pour la stratégie d’influence
Nous sommes entrés dans une ère de combat culturel. Différencier le combat culturel du combat partisan
est devenu vital pour nos idées.
Les meccanos de structure, les rencontres de permanents qui sont aujourd’hui le lot commun à gauche,
ne peuvent cacher aux femmes et hommes de bonne foi l’importance de la lutte culturelle.
À gauche, il nous faut lutter contre le différentialisme et ceux qui contribuent à saper le lien social.
Face à la droite, nous ne voulons pas pratiquer l’amalgame entre ceux contre lesquels nous devons mener
un combat électoral et politique et ceux contre lesquels le combat prend une dimension de croisade intellectuelle
et culturelle.
Villepin, adversaire politique, homme d’une droite dure mais respectable, n’est pas Sarkozy, fondamentalement
ennemi des idées républicaines, manipulateur des symboles et des mots, expert en agitation et plus avare
en action.
Pour notre part, nous estimons qu’une candidature de Jean-Pierre Chevènement doit être l’occasion
de renouer avec une véritable stratégie d’influence.
Il faut à la France un basculement de “ bloc historique ”. Le “ sursaut républicain ” que nous devons
contribuer à faire surgir doit avoir pour voix celle d’un homme comme Jean-Pierre Chevènement. Le MRC
a sa place dans un tel sursaut mais peut-il et veut-il encore l’initier ?
Si notre Mouvement n’en était pas capable, il nous faudrait imaginer les bases d’un travail commun avec
tous ceux qui en France ne se résignent pas à voir la République couler corps et âme dans les abîmes
du néolibéralisme globalisant.
Cette mise en avant du combat culturel doit nécessairement amener à lever le tabou de notre autonomie
partisane. Il s’agit pour nous de ne pas rejeter ce débat. Le départ de certains camarades au PS a souvent
pris l’allure d’une reddition, l’agitation au sein du pôle de radicalité a, lui, pris l’apparence d’une
débâcle. Notre maintien en l’état n’étant pas non plus satisfaisant, osons donc aborder le problème
stratégique dans sa globalité.
5.4 Une stratégie d’unité populaire pour faire gagner la République.
Quand nous parlons d’Unité Populaire, nous n’évoquons pas une tactique électorale qui permettrait de
voir la Gauche institutionnelle gagner en 2007. Nous n’évoquons pas l’idée d’une nouvelle Gauche plurielle,
union PCF-MRC-PS-Verts ou d’une obscure alliance de la “ gauche radicale ”... Nous évoquons le nécessaire
travail que notre courant doit mener pour ranimer, réveiller les secteurs encore vivants du mouvement
social, du mouvement ouvrier sous toutes ses formes. Nous parlons d’une action qui prendrait appui autant
sur les forces altermondialistes que sur les secteurs syndicaux, associatifs et partisans non encore
corrompus ou contaminés par l’idéologie libérale dominante. Pour mettre l’Unité populaire en mouvement,
notre combat culturel passe par la revitalisation de l’État : non pas d’un État gendarme, servile aux
intérêts du capitalisme financier mondialisé, mais d’un État républicain, contrôlé démocratiquement
par les citoyens, pour sauver la Nation du naufrage collectif où nous entraîne aujourd’hui la déferlante
libérale. Ce que nous voulons : c’est la République sociale, dans un monde multipolaire.
II - CE QUE NOUS VOULONS : LA REPUBLIQUE SOCIALE DANS UN MONDE MULTIPOLAIRE
" Pour nous la Gauche, c’est la présence dans l’Histoire de la générosité par laquelle la France
a été la France pour le monde. ” André MALRAUX
1. Une alliance des nations libres, alternative à l’Empire
Bâtir une alliance des nations libres passe d’abord par la prise en compte de l’important combat
altermondialiste déjà mené depuis une décennie dans le monde entier.
Comme l’a souligné Ignacio Ramonet : “ La première étape a consisté à nommer la mondialisation. Ce terme
n’existait pas il y a à peine dix ans, alors que le phénomène s’était accéléré sous l’effet des politiques
ultra-libérales de R. Reagan et de M. Thatcher, puis à la suite de l’effondrement du mur de Berlin.
En France, L’horreur économique de Viviane Forester a donné la première description synthétique des
désastres causés par la mondialisation libérale. L’explication critique fut alors enrichie par les contributions
de penseurs, d’économistes ou de journalistes. Les instances de décision (Davos, OCDE, FMI, Banque mondiale,
OMC, G8) ont été identifiées. De multiples rencontres ont permis de produire une connaissance de la
globalisation ” .
Après cette identification et cet effort - essentiel - visant à nommer la chose, les mobilisations se
sont succédées. La phase de protestation, sauf à enfermer durablement les mouvement progressistes dans
un nulle-part mouvementiste ou au mieux académique, s’achève. Vient maintenant l’heure des propositions.
C’est là que le rôle des républicains français est important, voire essentiel. Faire des propositions
nécessite d’avoir les idées claires. L’Etat est une question centrale, la nation également. Une
fois de plus, nous nous retrouvons face à l’extrême-gauche, qui joue encore le rôle d’allié objectif
des forces dominantes. Toni Negri, l’homme qui dénonce “ cet Etat-Nation de merde ” ne peut faire office
plus longtemps d’idéologue de l’altermondialisation. La France se doit à nouveau de développer une véritable
politique “ tous azimuts ”. Les discours de Pnomh-Penh ou de Mexico avaient, en leur temps, ébranlé
la politique des blocs. Celui de Dominique de Villepin à l’ONU en 2003 a laissé un souvenir positif
dans de très nombreux pays.
L’impasse de la guerre de colonisation en Irak, désormais manifeste, la fiction que représentait l’exportation
de la démocratie par le fer et le feu, évidente depuis la découverte du comportement sanguinaire du
pouvoir fantoche irakien, ont éloigné des Etats-Unis beaucoup de leurs alliés (jusqu’à un Silvio Berlusconi
tenant à faire valoir un hypothétique, prétendument ancien et visionnaire rôle modérateur).
2. Une alternative au libre-échangisme “
J’ai de la sympathie pour ceux qui veulent minimiser plutôt que maximiser l’imbrication économique entre
les nations. Les idées, la connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages : autant de choses qui sont,
par nature, internationales. Mais que les marchandises soient de fabrication nationale chaque fois que
c’est possible et commode ”. Pour Keynes, le libre-échange devait rencontrer des limites.
Pour l’heure, le libre-échangisme enrichit les riches des pays riches, appauvrit les pauvres des pays
riches en exploitant les pauvres des pays pauvres. Les marges de la grande distribution sur les produits
manufacturés dans les pays à bas salaire n’ont cessé de croître en dix ans. Les délocalisations se sont
multipliées et le prolétariat du Sud n’a guère profité de son enrégimentement dans des usines, où la
seule règle qui soit connue est bien souvent celle du plus fort.
Pour mettre un terme au libre-échange incontrôlé, il faut rechercher les bases d’un accord international
- au premier lieu (chose éminemment difficile) entre la France et l’Allemagne - visant à développer
des “ écluses douanières ” et un système inspiré de la proposition Lauré.
Il ne faut pas non plus tomber dans le travers qui consisterait à opposer à l’hystérie de privatisations
que nous avons connue, une simple politique de re-nationalisation. Faire face à la mondialisation libérale,
la combattre, ne peut passer par la seule question de la propriété, mais par les moyens à développer
pour maîtriser les grandes forces économiques. Ce que nous appelons de nos vœux, c’est une politique
de maîtrise des forces économiques, dont les nationalisations ne seraient qu’un aspect même si elles
en sont un aspect incontournable.
3. L’Emploi : une donnée essentielle du problème
La crise que connaît la France depuis les années soixante-dix est le fruit d’une politique d’abandon,
de libéralisme et de libre échange aveugle. Les catégories sociales les moins élevées sont les premières
victimes de ces choix ou de ces non-choix. Ce sont d’abord elles qui subissent chômage de masse, précarité
de l’emploi et stagnation des salaires. Le système de solidarité nationale est entraîné par ce phénomène
dans un cercle vicieux ; afin d’éviter des tensions sociales extrêmes un système de charité publique
a été mis en place, qui se nourrit d’une dette croissante et de la vente par l’Etat du patrimoine national
ou de ses entreprises publiques.
Il s’agit d’étudier le transfert des charges sociales sur l’ensemble de la valeur hors investissement
de l’entreprise avec pour contrepartie une baisse générale des charges sur les salaires.
Par ailleurs l’existence du chômage légitime les abus sur le marché de l’emploi, dont les discriminations
à l’embauche, l’utilisation abusive de contrats d’exception (CDD, CTT, contrats aidés, plus récemment
CNE ou CPE) et l’exploitation des stagiaires. Ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir d’offrir un emploi
usent de leur pouvoir d’arbitraire, utilisant le prétexte du chômage pour attaquer toujours plus le
code du travail. Le décrochage des populations les plus fragiles a pour corollaire l’impossibilité pour
nombre de nos concitoyens d’espérer un retour rapide à l’emploi, d’autant que bien des handicaps s’ajoutent
le plus souvent à la perte de l’emploi. Il faut donc abroger le CNE, envisager un véritable statut du
stagiaire.
Penser le retour à l’emploi, c’est également poser la question d’un système de la formation pour adultes.
Ce système doit être nationalisé et rationalisé. Il peut être déconcentré auprès des communes quant
à son fonctionnement avec des contenus fixés au niveau national. Pour assurer l’égalité sur l’ensemble
du territoire, il doit être coordonné avec une ANPE renouvelée, qui doit avoir pour tâche d’aider au
retour à l’emploi, et non pas la gestion de la pénurie. La formation pour adultes a pour corollaire
l’enseignement des savoirs de base auprès des adultes, qu’ils soient étrangers ou qu’ils soient analphabètes
ou illettrés.
Le système actuel, qui mêle marché et saupoudrage de subventions ne permet pas de donner aux adultes
un enseignement de qualité. La formation des formateurs doit être également repensée à travers les cursus
en université. La création d’un diplôme d’enseignement du français langue étrangère et auprès des adultes
en difficulté doit être posée pour remplacer le flou de la maîtrise devenue Master “ Français Langue
Etrangère ”. L’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’éducation civique doivent être incorporés
à ces enseignements.
Redonner à l’Etat les moyens de mener une politique, c’est s’engager sur un chemin long et difficile,
qui passe par une volonté de changer les institutions économiques internationales ou européennes. Le
mythe du libre échange, qui permet l’exploitation des travailleurs des pays pauvres au détriment des
pauvres des pays riches, est intenable. L’instauration d’un système de taxes éthiques, qui décroîtrait
à mesure que les pays exportateurs produisent avec un niveau de protection sociale et environnemental
équivalent au nôtre est une piste.
Il convient également de se doter des moyens de mener une politique industrielle, tant à travers de
véritables coopérations au niveau continental ou méditerranéen, que d’un retour à un système de planification.
L’intelligence économique doit devenir un but de l’action étatique : à l’exemple du MITI japonais, il
nous faut repenser les liens de l’entreprise et de l’Etat. Penser l’Etat de demain, c’est avoir le courage
de rompre avec un certain inconscient de larges fractions de la gauche, qui de l’extrême-gauche aux
sociaux-libéraux ont hérité du guesdisme et de certains courants socialistes une sourde hostilité à
l’Etat.
4. L’Ecole : La transmission et l’ascenseur social pour “ Faire France ”
Notre Ecole, l’Ecole républicaine, libératrice et émancipatrice reste notre ambition et notre projet.
Il y a encore trop de distance entre elle et la réalité de l’Ecole française d’aujourd’hui. Doit-on
pour autant la vouer aux gémonies ? Notre exigence pour l’Ecole et notre inquiétude quant à son état
actuel ne doivent pas nous faire tomber dans le déclinisme, nouveau refuge de la fatuité des élites.
Si l’Ecole va mal, elle porte en elle, malgré l’air du temps consumériste et crétinisant, l’histoire
et les valeurs qui peuvent permettre à l’institution de relever la tête. Plus que jamais, nous faisons
le pari de l’intelligence.
L’intelligence des élèves d’abord qui le plus souvent ne demande qu’à apprendre si tant est que les
adultes, par jeunisme, ne démissionnent pas de leur mission ; l’intelligence des instituteurs et des
professeurs ensuite qui font très largement la critique des errances de l’Education nationale depuis
maintenant trente ans ; l’intelligence des parents d’enfants scolarisés enfin, ambitieux tout naturellement
pour leurs enfants, qui doivent faire confiance à l’institution scolaire, seule garante de l’instruction
des élèves.
Chacun doit bien voir que si l’on naît homme, c’est par l’éducation que l’on devient humain. Naguère,
ce qui était appelé “ humanités ” faisaient le lien entre les générations, nous devons retrouver dans
notre Ecole le sens de l’admiration pour le patrimoine de l’humanité car comme disait Auguste Comte,
“ l’humanité est constituée de plus de morts que de vivants ”.
L’Ecole est conservatrice par nature, elle est révolutionnaire par fonction. Inversez les termes, nous
obtenons l’Ecole d’aujourd’hui post-soixante-huitarde et néo-aristocratique. Pour un Républicain-Socialiste
conséquent, il s’agit donc de replacer au cœur de l’Ecole sa mission première qui est de transmettre
le savoir à tous les élèves avec la même exigence car sanctifier l’enfant tel qu’il est, c’est condamner
l’élève à rester dans sa médiocrité.
Au contraire, lui proposer d’autres horizons qu’il atteindra par son seul mérite permettrait de remettre
en marche l’ascenseur social qui fait la grandeur de la République. Autrement dit, l’Ecole, renouant
en cela avec l’héritage de la philosophie des Lumières, est avant tout un instrument d’émancipation
par l’acquisition du savoir : face aux forces de tous les obscurantismes, y compris les plus contemporains,
il faut retrouver l’élan libérateur des Lumières et de la culture. Les continuels allègements de programmes
et la gigantesque entreprise de désacralisation du savoir à l’œuvre depuis de trop nombreuses décennies
représentent un réel danger. Il faut avoir le courage de rompre avec cette vision bassement minimaliste
et utilitariste de la connaissance.
Pour que l’Ecole participe pleinement, et comme elle le doit, de la nécessité de “ Faire France ”, il
faut d’abord réapprendre à aimer la France comme une nation de citoyens libres et avec toute son histoire.
On ne peut enseigner la citoyenneté et la laïcité aux élèves quand on exècre le principal espace où
s’exerce notre liberté c’est-à-dire la Nation. Bref, chacun le voit, transmettre le savoir et former
le citoyen sont intimement liés.
L’Ecole est également une exigence fondamentale qui doit développer des valeurs telles le sens de l’effort,
le goût du travail, la récompense du mérite ou de la persévérance.
L’Ecole doit non seulement être exigeante sur l’étendue des connaissances qu’elle transmet mais aussi
apprendre à être exigeant vis-à-vis de soi. Or, depuis trop longtemps, le sens de cette exigence s’est
inversé : ce sont les “ usagers ” de l’Ecole qui ont demandé à l’institution de garantir une réussite
trop souvent factice.
Nous faisons très largement nôtres les propositions de Jean-Yves Autexier (cf. “ Refonder l’Ecole ”),
nous y ajouterons quelques idées en guise de pistes à explorer.
- A l’école maternelle, nous proposons que la scolarisation dès l’âge de 2 ans soit rendue possible
partout. La maternelle doit être définitivement arrimée à la scolarité obligatoire. Les enquêtes montrent
en effet qu’il s’agit d’une première étape souvent décisive pour être en capacité de gommer une partie
des handicaps socioculturels. Les actuels projets gouvernementaux, motivés par des soucis d’économie,
font craindre le pire.
- Sur la brûlante question des méthodes d’apprentissage de la lecture, le bon sens doit prévaloir ;
il faut privilégier les méthodes qui donnent les meilleurs résultats. Il est inacceptable que près de
20% des élèves qui entrent au collège ne sachent pas lire correctement. Le pédagogisme et les pseudo-sciences
de l’éducation devraient admettre que l’intérêt des élèves est en priorité de savoir lire et écrire
dès le cours élémentaire.
- L’école primaire, principalement en raison des réformes qui lui ont été administrées, n’est plus en
mesure d’assurer à la totalité des élèves les bases nécessaires en matière de lecture, d’écriture et
de raisonnement à une entrée sereine en collège. Il devient indispensable qu’elle se recentre sur les
apprentissages fondamentaux (au lieu de transférer l’acquisition de la majorité de ceux-ci à la fin
de la scolarité obligatoire sous le vocable de socle commun des indispensables). L’échec scolaire qui
devient une véritable plaie y puise ses racines les plus profondes.
- Les études surveillées et le soutien scolaire qui existent dans de nombreux établissements doivent
être généralisés dans toutes les écoles primaires. Ce serait une heure de travail par jour gagnée sur
l’enfermement télévisuel où se perdent trop d’élèves.
- Le récent débat sur la possibilité de permettre à certains de débuter un apprentissage dès l’âge de
14 ans n’a rien de blasphématoire. Nous devons lever le tabou du Collège unique qui a produit depuis
la réforme Haby de 1975 le collège tel qu’on le connaît actuellement à condition qu’il s’agisse d’une
vraie chance pour des élèves volontaires et motivés par l’apprentissage d’un métier. Bien sûr, un tel
système doit être très encadré et surtout il doit impérativement permettre à tous ces jeunes apprentis
de revenir dans une autre filière, s’ils le souhaitent, à 16, 18, 20 ans ou plus tard. L’Ecole dite
de la deuxième chance, dont un établissement a été récemment inauguré par le maire de Belfort, est nécessaire.
- Il faut absolument développer l’enseignement des humanités classiques (latin et grec) et des langues
étrangères rares dans notre pays (chinois, japonais, arabe, russe...) y compris dans les établissements
situés dans les quartiers populaires où ces enseignements pourraient créer des voies d’excellence.
- Il est plus qu’urgent de revoir les programmes d’éducation civique au collège. Les bons sentiments
et autres “ kouchneries ” ne fondent pas une instruction à la citoyenneté.
- Les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) posent problème depuis leur création.
Il faut aller plus loin que la loi Fillon qui prévoit le rattachement des ces instituts aux Universités.
Nous proposons d’unifier le système pour mettre fin aux expérimentations “ pédagogisantes ” locales
qui desservent les professeurs en formation et surtout les élèves qui subissent, tels des cobayes, ce
genre d’expériences. Nous proposons aussi que les formateurs soient des professionnels reconnus continuant
à exercer face à des élèves.
- Dans l’enseignement supérieure, les effectifs des facultés scientifiques fondent alors qu’il y a une
surreprésentation chronique dans des filières qui débouchent trop souvent sur l’échec du plus grand
nombre. Le passage du lycée à l’Université est un gouffre où de trop nombreux élèves tombent. Ce constat
pose le problème de l’orientation et de la sélection. Il faut se garder d’un égalitarisme mal placé
qui, par hostilité avec quelque forme de sélection à l’entrée de l’Université, conduirait à l’échec
universitaire souvent dès la première année et parfois après deux ans de coûteuses études pour les familles,
en particulier pour les plus modestes. Les Conseils de classe de Terminale devraient faire des recommandations
quant à l’orientation des élèves sortant du lycée.
- Concernant les classes préparatoires, il faut reconnaître leurs qualités et donc encourager la démocratisation
de leur accès tout en maintenant leur excellence.
- Enfin, rappelons notre volonté d’élargir, pour les étudiants, l’accès aux bourses fondées sur le mérite
et sur l’engagement de servir dans la fonction publique. Par ailleurs, face à la spéculation immobilière
démente dans les grandes villes, seul l’Etat peut mener une politique courageuse de construction de
logements étudiants. Il n’est plus admissible que toujours plus d’étudiants issus des milieux populaires
vivent dans des conditions dignes du XIXe siècle.
L’Ecole de la République représente bien souvent l’ultime rempart face au délitement des valeurs citoyennes.
Nous devons rendre un hommage particulier à de nombreux professeurs confrontés quotidiennement à des
situations de plus en plus difficiles, voire inacceptables.
Nous devons porter pour l’Ecole un projet d’avenir exigeant à rebours des vents dominants d’un libéralisme
conquérant et d’une démagogie ambiante. Il s’agit rien moins que d’un projet de société pour ce XXI°
siècle : nul républicain avancé conséquent ne peut se résoudre à ce que l’Ecole devienne tout à la fois
une entreprise, un marché et une marchandise. Pour nous rendre compte de l’ampleur du défi, méditons
cette phrase de Danton : “ Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple ”.
5. La politique culturelle
Le secteur de la culture est menacé. La tendance voudrait revenir sur les acquis de la loi de 1969 sur
le salariat des artistes et techniciens qui offre une protection sociale aux intermittents du spectacle.
Il est souhaitable que se mette en place une politique volontariste à l’objectif de 1% du budget national
destiné à la culture, un remaniement des instances culturelles dispendieuses, une subvention d’Etat
plus largement tournée vers la culture populaire.
La proposition du MRC serait, comme sur le chapitre de la recherche, de commencer par exiger le dégrèvement
des investissements culturels du déficit public
6. L’Europe : un mythe s’éteint, le politique s’éveille
Le 29 mai a porté un coup terrible à l’européisme. Mythe de substitution au socialisme après 1983, l’effondrement
du projet d’édification d’une “ Europe sociale ” ou d’une “ Europe puissance ”, met le politique face
à ses responsabilités. Il place en particulier la Gauche face à des responsabilités nouvelles, celles
d’imaginer un projet conjuguant démocratie effective et action publique internationale face à la toute-puissance
des marchés. Il est étonnant de voir que certains font encore du fédéralisme européen un but en soi
alors que le degré d’intégration maximale semble d’ores et déjà atteint. Encore faudrait-il savoir de
quoi nous parlons lorsqu’on évoque le fédéralisme ! Il est aberrant de se borner à la critique d’un
fédéralisme fortement hypothétique et de s’en tenir, comme le font certains, à une défense de “ l’inter-gouvernementalisme
”. Le souverainisme a vécu lui aussi. Progressivement - et malgré quelques tirs de barrages européistes
- nous allons assister à la renationalisation des différentes politiques publiques. Pas d’Europe sociale
en vue. Pas de Politique étrangère commune non plus. Au fond, il appartiendra à nos gouvernants de gérer
de concert avec les autres gouvernements deux réalités héritées de l’intégration européenne (et non
des moindres) : la monnaie unique et le libre échange. Le politique reprend ses droits.
Toutefois, les réalités s’imposent : le marché unique est là, l’euro existe, les institutions - Parlement,
Commission, Cour de Justice, Conseil - existent. Il s’agit de prendre acte de ces réalités et de donner
la chance à l’Europe institutionnelle de s’émanciper de l’enfermement européiste, qui reproduirait à
l’échelle continentale tous les défauts du nationalisme. L’Europe réussira si elle parvient à s’ouvrir
et à casser la dynamique de confrontation des civilisations.
La question de l’intégration de la Turquie est importante, pour ne pas dire essentielle. D’ores et déjà,
les démagogues se sont saisis du sujet pour attiser l’anxiété des populations ouest-européennes. Il
est d’ailleurs curieux de voire Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy plus jusqu’au-boutistes
que Gianfranco Fini en Italie. Il faut reconnaître que trop d’élargissements mal conçus ont mis à rude
épreuve les nerfs des populations déjà abondamment sollicitées en matière de sacrifices à fournir. Cependant,
nous ne saurions refuser par principe l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Tous ceux qui
ont voulu appliquer au niveau européen les vieilles recettes du nationalisme identitaire s’étant saisis
de “ l’affaire ” turque pour définir une “ identité européenne ”, que ce soit par la géographie ou par
la “ culture ”, la “ religion ”, il nous appartient de tenir un langage de raison, non électoraliste
certes, peut-être même peu porteur électoralement mais profondément juste et dont la rigueur sera reconnue
à terme...
A bien des égards, si l’Union européenne réussit l’intégration de la Turquie, elle aura accompli son
destin historique. L’Europe a étendu un système de droit (certes imparfait) à un grand nombre de
pays et l’on peut se demander si elle n’a pas justement fourni quelques garanties aux citoyens autrichiens
lors de l’entrée du FPÖ de Jörg Haider au gouvernement en 2000 ou aux espagnols dans l’immédiat après
le 11 mars lorsque le Partido Popular tentait de repousser les élections. L’Europe est un espace
de droit mais pas un espace démocratique ; la démocratie appartient encore, elle, au champ national.
Etre citoyen ne revient pas à être un simple allocataire de droits individuels et c’est une impasse
que de croire qu’une simple “ charte des droits fondamentaux ” crée une citoyenneté. Etre citoyen c’est
être un protagoniste de la vie de la Cité. Pour l’avoir trop longtemps délibérément ignoré, l’européisme
l’a payé de son existence. Aujourd’hui, l’Europe peut et doit s’étendre à la Turquie et devenir ainsi
un pont entre les civilisations. Tel est le destin d’une Europe qui aurait décidé d’être un espace de
rencontre entre civilisations et qui laisserait les nations qui le veulent constituer un acteur stratégique
à vocation mondiale.
Les pays du continent européen ont à faire face ensemble à des défis communs : éviter un choc
des civilisations, résoudre la crise énergétique et environnementale, contribuer à changer un système
d’échanges international profondément inefficace et dangereux, relancer une recherche (privée essentiellement)
défaillante, réformer la politique agricole, forger des projets politiques communs et, pour ce faire,
partir d’une colonne vertébrale pluri-nationale. La méthode utilisée depuis le traité de Rome semble
manifestement dépassée. Il faut donc proposer des projets concrets.
- Constitution d’un axe stratégique Paris-Berlin-Moscou.
- Définition d’une politique commerciale concertée en rupture avec l’idéologie libre-échangiste (du
tarif extérieur commun à la constitution d’un système de normes protectrices).
- Adoption de la proposition Lauré et défense du projet au niveau international (la Méditerranée serait
un cadre propice à l’application du projet Lauré .
- Développement de projets
d’infrastructures au niveau continental.
- Renforcement de l’apprentissage des langues (en particulier de l’Allemand et de l’Espagnol).
7. Changer de République : redonner la France à ses citoyens !
La République gaullienne est morte. Il semble difficile de définir le régime dans lequel nous vivons
: s’agit-il d’une réédition du bonapartisme appliqué à l’heure de la mondialisation ? S’agit-il d’une
simple démocratie de façade ? Le temps de la rupture approche.
Depuis 1997 et la dissolution manquée, le coup médiatique du 21 avril 2002 visant à faire passer Jacques
Chirac pour un sauveur de la République, le 29 mai et le maintien au pouvoir d’une partie du clan des
commanditaires de la “ Constitution européenne ”, la démocratie est moribonde. L’irresponsabilité et
l’esquive tiennent lieu de dialogue entre gouvernants et gouvernés. Les urnes aboient, les gyrophares
passent. Au niveau local, un néo-féodalisme voit le jour. La superposition des structures de décision
favorise l’opacité et un déficit démocratique croissant. Il est urgent d’adopter des règles démocratiques.
Une 6ème République devient de plus en plus nécessaire. Une 6ème République qui ferait de la responsabilité
un principe fondamental de l’action publique.
Il devient urgent de trancher le problème des institutions qui ne se réduit au choix entre régime présidentiel
et régime de responsabilité primo-ministériel. Il nous faut également décider d’un certain nombre de
mesures fondamentales pour une 6ème République. Notons que la coexistence d’un Président de la République
élu au suffrage universel direct et d’un chef du gouvernement élu à la tête d’une majorité législative
n’a pas empêché la conduite d’une grande politique étrangère treize années durant dans la République
d’Autriche, dominée alors par les Kreisky-wähler. Cette Ostpolitik à l’autrichienne, menée par les socialistes
autrichiens sous la direction de Bruno Kreisky, n’a pas pâti du régime primo-ministériel, bien au contraire
puisque le peuple y a été associé par l’intermédiaire du Parlement. L’objection faite, selon laquelle
toutes les grandes initiatives en matière de politique étrangère se sont faites en France contre le
Parlement tient difficilement. Dans le même sens, dans une perspective socialiste, souvenons-nous que
l’expérience Allende au Chili s’est heurtée frontalement aux réalités du régime présidentiel qui n’a
abouti qu’à l’escalade entre l’opposition et l’Unité populaire. Ce sont aussi ces réalités qui déterminent
notre prise de position.
- Revaloriser le rôle du Parlement : C’est parce que l’Europe communautaire existe (encore...)
qu’il faut une 6ème République qui donne au législateur national un véritable rôle de contrôle des actions
publiques élaborées au niveau communautaire européen. L’Europe communautaire a été le fait, pour l’essentiel,
des élites gouvernementales et administratives nationales. Il s’agit donc de les contrôler et de les
responsabiliser. Il s’agit de passer d’une constitution de connivence à une constitution de responsabilité.
Le Parlement danois dispose de pouvoirs bien plus étendus que le parlement français.
- Dans une véritable Démocratie, le Peuple souverain, “ en personne ” fait la Loi. Le Gouvernement
ne peut agir que conformément à la loi, expression de la volonté générale. Les mécanismes constitutionnels
doivent donc permettre de concilier cette exigence démocratique avec l’existence de l’institution parlementaire,
de réconcilier la Démocratie avec la République. S’agit-il d’une utopie ? Le Parlement doit devenir
le Conseil législatif du souverain. Les étapes de la décision législative sont ainsi à reconsidérer
pour rendre le pouvoir aux citoyens dans l’ensemble du processus législatif pour l’initiative, le débat
et l’adoption de la Loi. Il ne s’agit pas d’être en référendum permanent ou de débattre à l’infini mais
de rendre aux citoyens les moyens de donner leur consentement aux lois de la République. Comment ? On
pourrait ainsi considérer que la Loi ne devrait acquérir force exécutoire que lorsque le Peuple lui
aurait donné son consentement. Ce consentement pourrait être explicite dans le cas d’une loi référendaire.
Il serait tacite dans le cas d’une loi parlementaire à l’expiration d’un certain délai permettant à
un nombre déterminé de citoyens d’opposer un veto ou de faire trancher la question par voie référendaire.
Des procédures assez proches existaient déjà dans les articles 56 à 60 de la Première vraie Constitution
Républicaine française : celle du 24 juin 1793.
Cette Constitution, non appliquée, aurait pu être aussi celle de la Première Démocratie. Tous les Républicains
et tous les Socialistes descendent de ce texte fondateur de la République mais la Démocratie reste à
construire.
- Prévoir par voie constitutionnelle un système garantissant l’indépendance des médias.
- Limiter le cumul des mandats : il s’agit d’instaurer le mandat unique pour les parlementaires
et de limiter dans le temps l’exercice des mandats (deux mandats successifs).
- Changer le mode de scrutin des élections législatives : le scrutin uninominal majoritaire à
deux tours est catastrophique pour la représentation démocratique des citoyens. Un scrutin de liste
pluri-nominale majoritaire à deux tours (mode d’élection de la Chambre du Cartel des Gauches en 1924)
combiné à un scrutin de liste proportionnelle permettrait une plus juste représentation des citoyennes
et des citoyens. Il s’agit là d’une piste de réflexion à explorer.
- Modifier le mode de financement des partis politiques : il conviendrait d’introduire une règle
centrale appelant les citoyens à signer pour les partis qu’ils entendent contribuer à subventionner.
8. La France veut-elle garder son système de santé ?
Le système de soins constitue dans notre pays un des éléments fondamentaux du pacte républicain, puisqu’il
assure une couverture universelle, égalitaire et solidaire des dépenses de santé à toute personne qui
vit en France.
Constatons que certains changements, d’apparent bon sens, se révèlent désastreux : telle la consultation
préalable obligatoire du généraliste avant toute visite chez le spécialiste qui peut conduire, de fait,
à un double déboursement (le généraliste ayant quelque difficulté à refuser un recours au spécialiste)
; telle la réforme de l’hôpital 2007 et le paiement à l’acte qui pousse à privilégier les interventions
les plus rentables au détriment des soins...
Le plan Hôpital 2007 est aussi très cohérent avec le plan de remise en cause de la sécurité sociale
qui se concocte actuellement et dont l’un des aspects est la réduction des dépenses de santé. Il est
donc important de faire constamment le lien entre le plan “ Hôpital 2007 ” et le plan en préparation
relatif à l’assurance maladie. On décèle là les deux principaux outils de la privatisation généralisée
de la protection sociale et du système de santé. En quelques années, la privatisation de l’hôpital public
s’est accélérée et l’offre de soins réduite. L’hôpital devient chaque jour un peu plus une entreprise
et le malade un client.
8.1 Combattre la privatisation de la santé
L’investissement est aujourd’hui prioritairement privé et l’on peut se demander si cette réalité n’a
pas pour unique fonction d’accélérer le processus de privatisation de l’hôpital public. Les restructurations
et fermetures d’établissements vont s’amplifier. A ces restructurations s’ajouteront les privatisations
d’une bonne partie d’entre eux. Le risque est grand de voir les établissements de santé entrer en concurrence
les uns contre les autres pour capter les patients “ rentables ” et se défausser de ceux qui ne le sont
pas. Évidemment, à terme, l’objectif est de mettre en concurrence les hôpitaux, non seulement entre
eux, mais avec le privé. Pour les libéraux, le fait qu’il faille deux fois plus de personnel dans le
public que dans le privé pour faire la même chose, est inadmissible.
Nous devons leur objecter que les hôpitaux privés ne prennent pas, en général, les urgences, sélectionnent
les patients et les pathologies, et ils ne servent pas de recours : on l’a vu lors de la canicule ;
on le voit tous les jours pour les soins de fin de vie. Les établissements privés n’assurent pas non
plus la formation initiale des professionnels. Les attaques contre notre système de soins solidaires
vont arriver en provenance de deux géants constitués en lobbies :
- les assureurs privés qui de toute évidence opposeront le principe de concurrence libre et non faussée
au quasi-monopole actuel de la sécurité sociale.
- l’industrie pharmaceutique qui risque de faire valoir le même principe dans un but de dérégulation
des prix des médicaments, prix qui sont à l’origine d’une part majeure de nos dépenses de santé.
8.2 L’hôpital public - Rejeter le Plan hôpital 2007
Ce plan, clairement d’idéologie très libérale, veut mettre sur un pied d’égalité les établissements
publics et les établissements privés lucratifs.
L’organisation de l’hôpital en “ pôles ” qui doivent équilibrer leur budget, va forcément entraîner
la réduction de certaines activités non “ rentables ”. De plus, les personnels seront amenés à être
encore plus flexibles par des organisations horaires tenant compte des pics d’activités, voire, par
des changements d’affectation à l’intérieur d’un pôle. Les services médico-techniques, logistiques et
administratifs seront aussi organisés en pôles (exemple pôle de laboratoires, restauration hospitalière,
service d’hygiène...) avec possibilité accrue de sous-traiter certaines activités. Chaque pôle sera
une petite entreprise, qui devra être rentable et pouvoir à terme licencier. Il ne s’agit pas de nier
la crise hospitalière, mais ces solutions libérales ne feront qu’accroître le malaise. Qui a géré la
crise et l’accueil des personnes âgées pendant la canicule ? Qui gère l’accueil massif de victimes lors
de catastrophe ? Qui accueille les plus démunis lors des périodes de grand froid ?...
Le plan Hôpital 2007, d’inspiration libérale signe le désengagement de l’État et aggravera
les dysfonctionnements du système de soins.
8.3 Abroger la tarification à l’acte (T2A)
Les budgets alloués aux établissements de santé le seront dorénavant à partir d’une estimation d’activité
et de recettes, et non plus par rapport au budget alloué l’année précédente.
Ce ne sont pas les patients qui sont pris en considération mais les pathologies traitées. La prise en
charge de chaque pathologie reçoit une enveloppe prédéterminée. Si l’hôpital est plus coûteux pour traiter
telle ou telle pathologie, il aura tendance à l’abandonner ou tout au moins à la réduire. Certains patients,
plus âgés ou polyhandicapés ou précarisés ou souffrant de pathologies multiples, demandant une prise
en charge plus lourde, risquent fort d’être rejetés de certains établissements qui auront dépassé leur
budget.
Les établissements, situés dans des bassins de vie peu densifiés, auront aussi des difficultés à avoir
des bas coûts par pathologie car ils ne pourront pas en traiter un nombre suffisant pour amortir leur
coût. C’est déjà le problème des petites maternités qui sont fermées, non pas par manque de sécurité,
mais par mesure d’économie. Le Ministère indique d’ailleurs qu’environ 200 établissements publics (sur
un total de 1000) seront condamnés soit à disparaître soit à fusionner, faute d’activité suffisante,
car pas suffisamment “ productifs ”.
“ Dans ma spécialité, un tiers des nouveaux dialysés sont diabétiques. La dialyse, c’est facile à coder,
c’est de la technique. Mais quid de la prévention de la dialyse ? Elle nécessite un suivi, un savoir-faire
pour obtenir des changements de comportement que la T2A ignore. En réalité, il est désormais plus intéressant
d’amputer ou de dialyser que de prévenir l’amputation ou la dialyse. Voilà le message envoyé par la
T2A. ” (André Grimaldi, chef de service à la Pitié Salpétrière Paris)
Cette tarification à l’acte présente deux types de risques. Elle favorise les pratiques d’écrémage et
de sélection des malades. Elle privilégie implicitement les malades à faibles coûts face à ceux atteints
de pathologies lourdes. D’autre part, la tarification à l’activité ne garantira pas la qualité des soins
dans la mesure où les établissements se feront concurrence sur les prix et seront donc incités à sacrifier
la qualité. Cette méthode doit être mise en perspective avec la réforme en cours du système d’assurance-maladie.
S’il est encore le système de soins réputé le meilleur du monde, le système français va-t-il le rester
? Il doit à la fois assumer son rôle social et constituer un pôle médical d’excellence.
Pour que notre système de santé reste égalitaire, universel, et solidaire, pour que l’amélioration du
niveau de santé publique continue d’être inspirée par l’intérêt général et non par la rentabilité économique,
il faut proposer d’autres pistes pour une approche nouvelle de l’hôpital, centrée sur les besoins des
patients. Ce n’est pas en gérant l’hôpital comme une entreprise que l’on peut sauver le service public
de santé. Car deux logiques s’opposent : réduction des dépenses contre égal accès aux soins. L’affrontement
relève du choix de société : système libéral ou système solidaire. Économie et rentabilité ou gestion
égalitaire des moyens. Somme-nous prêt à dépenser mieux pour soigner bien ? De plus en plus de personnes
(personnels de santé, usagers) s’élèvent pour protester contre cette évolution et s’opposent aux fermetures
de lits, de services et d’hôpitaux. Une réforme de l’organisation hospitalière doit aller dans le sens
d’une amélioration des conditions de travail, de formation, de la sauvegarde des missions de santé publique,
de prestations de soins, d’enseignement, de recherche et de coordination avec la médecine de ville.
Elle doit avoir pour objectif prioritaire l’amélioration de la qualité des services rendus aux usagers
sur l’ensemble du territoire, afin d’inscrire l’hôpital public au cœur de la démocratie sanitaire à
laquelle aspirent nos concitoyens. Les principes d’une politique de santé ambitieuse sont de lutter
contre les inégalités devant la santé, d’assurer la solidarité du financement, d’améliorer la qualité
des soins dans notre pays, et de clarifier les responsabilités des gestionnaires du système de santé.
Il faut d’autre part moderniser notre système de santé pour garantir un accès universel et solidaire
à des soins de qualité. Un système de soins doit être centré sur la santé publique et la prévention.
Nous devons nous appuyer sur les valeurs de solidarité et d’universalité de la sécurité sociale de 1945
pour proposer une alternative à la politique actuelle de destruction de la santé publique aux profits
d’une rentabilité économique. Le patient doit redevenir la première préoccupation de la politique de
santé.
9. L’Outre-Mer : un atout pour la France, une chance pour la République
Dans le contexte de la mondialisation, le développement de l’outre-mer est un atout maître entre les
mains de notre peuple (fort potentiel de sa Zone Economique Exclusive, richesses halieutiques, énergétiques
et minières d’avenir, intérêt stratégique de son vaste espace maritime dans un monde où l’essentiel
des échanges se fait sur mer). Sa localisation sur toutes les latitudes ouvre d’énormes perspectives
scientifiques (observation des climats, des mouvements tectoniques et de l’espace). Sa population jeune,
croissante, formée, est une chance pour notre peuple en perte de dynamisme démographique, à condition
d’engager une politique de mobilité adossée à une réelle continuité territoriale. En outre, sa position
d’interface avec les pays pauvres doit s’inscrire dans le cadre d’un codéveloppement ambitieux.
Pour mener sereinement cette mission, l’outre-mer doit être préservée de la diminution des aides à son
développement induite par l’élargissement, des menaces sur ses cultures traditionnelles générées par
la libéralisation des marchés, aussi bien que des débats récurrents sur son degré d’appartenance à la
République. L’outre-mer n’a pas vocation à servir de laboratoire d’expérimentation de déconstruction
du modèle républicain, bien au contraire.
10. Révolution énergétique et crise environnementale : vers un nouveau socialisme,
internationaliste et écologique
Les défis que posent les questions énergétiques - tout particulièrement la question pétrolière - à un
pays “ développé ” comme la France, inséré dans le réseau dense des interdépendances qui constituent
le système-monde, sont si aigus, si cruciaux, si immédiats qu’ils nous obligent à réviser radicalement,
globalement la conception dominante en vigueur, de la démocratie et de l’économie et des relations qu’elles
entretiennent dans les sociétés industrielles. A travers le prisme de l’idéologie libérale, ces paramètres
modernes du bonheur des hommes sur Terre dominent depuis deux siècles le monde européen, aujourd’hui
mondialisé, à travers le triptyque sacré du capitalisme, de l’industrialisation et de la croissance.
10.1 La fin d’un monde
Si cette conception du monde semble aujourd’hui triompher, nous devons cependant la tenir pour définitivement
périmée. Le monde tel que nous le connaissons touche à sa fin.
L’extraordinaire production de richesses matérielles est tout aussi extraordinairement mal distribuée
entre ceux qui contribuent au processus de production, au sein des sociétés (la lutte des classes) comme
entre les nations (le Nord et le Sud). Cette conception du monde a également causé un mal extraordinaire
à l’écologie de la planète et à l’ “ écologie ” interne des sociétés et des sociétés entre elles. Le
défi est donc immense. Un nouveau modèle est à inventer, modèle que modestement nous tâchons d’esquisser
à travers l’examen de la transformation de civilisation qu’impliquent les dérèglements écologiques et
énergétiques déjà engagés.
A cette question s’ajoute, la crise en œuvre à travers le phénomène du réchauffement climatique. L’augmentation
du dioxyde de carbone dans l’atmosphère entraîne un changement climatique majeur, porteur de risques,
tant du point de vue des sociétés et de leurs mode de vie, que des relations qu’elles entretiendront
entre elles dans le futur. Le modèle des marchés libres et non faussés, est celui d’une vision à court
terme, quand la survie de l’espèce humaine et d’un haut niveau de civilisation mérite une attention
soutenue sur le long terme. On ne peut espérer limiter l’émission de gaz à effet de serre en confiant
aux marchés le choix des modes de production de l’électricité. La rentabilité et la flexibilité favorisent
la production d’électricité à partir des énergies fossiles, gaz, charbon, pétrole, quand bien même leur
raréfaction condamnerait nos sociétés à la dépendance envers les pays producteurs.
10.2 Anticiper le phénomène de “ déplétion ”
A plus ou moins brève échéance, le monde va entrer dans ce que les spécialistes du milieu pétrolier
appellent la “ seconde moitié de l’âge du pétrole ”, c’est-à-dire l’époque, prochaine et sans retour,
où la production des hydrocarbures pétroliers (et gaziers, parallèlement) connaîtra un déclin irréversible,
plus ou moins rapide (rapidité incertaine qui est un critère crucial pour déterminer la violence du
choc à venir). La raison en est simple : les plus grandes réserves pétrolifères ont déjà été découvertes
depuis fort longtemps (entre 1930 et 1975) ; les nouveaux champs aujourd’hui découverts et mis en exploitation
sont de taille de plus en plus petite et les quantités de pétrole qu’ils peuvent rendre sont de plus
en plus faibles ; quant aux anciens champs, à mesure que le temps passe et qu’ils délivrent leurs richesses,
cette richesse fossile est de plus en plus difficile à extraire. Pour le dire familièrement, le monde
vit sur ses acquis du passé.
Pour toutes ces
raisons, la production mondiale de pétrole est inévitablement condamnée à décroître (c’est le phénomène
dit de la “ déplétion ”) car les limites physiques de la Terre ont été atteintes.
La vraie question est donc quand surviendra ce “ pic de production pétrolière ” (PPP ou Peak Oil) au-delà
duquel la production commencera son inexorable déclin (NB : ce raisonnement s’applique également au
gaz naturel, comme d’ailleurs plus généralement à toutes les matières premières non renouvelables).
Dans le milieu des géologues spécialistes de l’extraction pétrolière (notamment réunis au sein de l’ASPO
: Association for the Study of Peak Oil and gas), un consensus se dégage sur une fourchette allant de
2007 (Colin Campbell, ancien cadre chez BP) à 2015 (Jean Laherrère, ancien responsable de la prospection
chez Total, société où il fait sa carrière). Total S.A. prévoit, quant à elle une date moyenne de 2025.
Par ailleurs, les études de l’ASPO montrent que l’ensemble de la planète a déjà passé le pic pétrolier
(les Etats-Unis dès 1970, conformément aux prévisions de Marion King Hubbert, premier théoricien du
PPP), les deux exceptions de taille étant... le Moyen-Orient et le Bassin de la Caspienne. A l’échelle
des sociétés, le PPP est donc pour demain ou après-demain. La réponse politique doit donc être immédiate
compte tenu du temps de décalage entre une prise de conscience individuelle puis collective puis sa
traduction concrète dans les actes. Pour illustrer cette idée, quelle meilleure image que celle d’un
supertanker cherchant à ralentir ou à virer de bord à l’approche d’un port ou pour un changement de
cap.... ?
10.3 Les enjeux structurels du pic de production pétrolière
La récente flambée des prix est indirectement liée à la question du PPP. La demande de pétrole mondiale
se rapproche dangereusement de l’offre de pétrole disponible (au maximum, la production peut aller jusqu’à
environ 84 millions de barils par jour). C’est donc vraisemblablement encore une crise de l’offre (crise
des capacités d’extraction et de raffinage) mais qui préfigure de façon atténuée ce que pourrait être
le PPP. Mais cette crise conjoncturelle, causée par la gloutonnerie des pays industriels (Etats-Unis
en tête et de très loin) et en voie d’industrialisation (Chine, Inde), les destructions occasionnées
par le cyclone déréglé Katrina dans le secteur pétrolier du Golfe du Mexique), les instabilités géopolitiques
provoquées par les Etats-Unis en Irak, a été amplifiée par les phénomènes spéculatifs de panique anticipant
le PPP.
L’aventure américaine en Irak est certainement et avant tout une question de pétrole dans la perspective
du PPP, phénomène simple à comprendre que ne peut que connaître l’équipe dirigeante vue son pedigree
(la Oil junta de Bush, Cheney, Rice, etc.). Matthew Simmons, banquier d’affaires texan dans le milieu
du pétrole, autre spécialiste reconnu du PPP (auteur d’un récent ouvrage, salué par la critique, sur
le PPP en Arabie Saoudite...), a été jusqu’en 2001 conseiller du président américain pour les questions
énergétiques.La situation est donc critique.
10.4 D’autres sources d’énergie
Le charbon est disponible en quantités énormes, suffisantes pour plusieurs siècles de consommation au
rythme actuel mais son transport est difficile et sa combustion est beaucoup plus polluante que celle
du pétrole, notamment pour l’émission de gaz à effet de serre. Cela n’est certainement pas une solution
d’avenir.
L’énergie nucléaire est produite à partir d’uranium, qui, lui non plus, n’est pas disponible en quantités
infinies. Le rythme d’épuisement des ressources d’uranium irait par ailleurs en s’accélérant si le monde
opérait un revirement stratégique vers l’énergie nucléaire pour anticiper le PPP... Par ailleurs, le
problème du stockage et du traitement des déchets nucléaires est bien connu et ne sera jamais entièrement
satisfaisant. Le nucléaire de fusion et la production d’hydrogène à partir de centrales nucléaires offrent
cependant un espoir d’utiliser cette énergie sur le long terme, à condition de fixer des objectifs clairs
en matière de sécurité et pour le retraitement des déchets. Ce n’est donc ni vers une condamnation ou
une apologie aveugle de cette forme d’énergie, que nous devons aller, mais vers une utilisation rationnelle
de ce mode de production d’électricité.
Le gaz naturel, pour sa part, reste l’énergie la plus proche du pétrole, tout en étant légèrement moins
polluante (sa combustion émet 30% de moins de CO2) mais son transport est moins souple et son pic de
production devrait également survenir aux alentours du PPP (sans doute quelques années après).
S’agissant des nouvelles énergies renouvelables, convenons qu’énergies éoliennes, solaires, marines,
hydroélectriques, ou encore celles issues de la biomasse (bois), voire de la fusion thermonucléaire
sous contrôle (type ITER) sont, certes, intéressantes et à encourager à tout prix mais qu’aucune aujourd’hui
n’est en mesure de remplacer sérieusement les énergies non-renouvelables, à plus forte raison le pétrole.
Demain, peut-être ITER pourra apporter des solutions.
10.5 Faire de nécessité vertu
Telle pourrait être la maxime des actions que nous proposons face aux défis sociaux, voire de civilisation,
cruciaux (apocalyptiques aux yeux de certains...) soulevés par la crise énergétique et écologique.
Une première solution, applicable à moyen terme, est naturellement à trouver dans la recherche d’une
plus grande efficacité énergétique, toutes choses égales par ailleurs (= sans remettre en cause les
fondamentaux de la croissance économique et industrielle). La solution la plus stratégique à long terme
est cependant pour le monde, monde industriel en tête (Etats-Unis, Europe occidentale et Japon), dans
la recherche d’une sobriété énergétique par une transformation du mode de vie occidentale, et de l’American
Way of Life en particulier. Les échelles d’action vont nécessairement du niveau le plus micro au niveau
le plus macro, c’est-à-dire une action collective et concertée à l’échelon mondial.
Sans cela, en laissant faire le libre jeu des acteurs économiques dans un modèle économique inchangé,
les conséquences directes et indirectes de la pénurie de pétrole ont quelque chose d’effrayant : anarchie
et guerres violentes (conflits interétatiques, non étatiques, guerre sociale...) dans un cadre plus
général de recherche d’appropriation des ressources pétrolières ultimes, et/ou de mise en place de relations
de type fasciste au plan international entre pays riches et pays pauvres et de régime de type fasciste
et oligarchique à l’intérieur des nations pour une “ régulation ” autoritaire de l’usage des dernières
ressources.
Selon nous, les solutions sont à trouver dans un nouveau socialisme et dans un nouvel internationalisme
écologiques. Ce socialisme naîtra de la contrainte de la crise écologique et énergétique, contrairement
aux précédents socialisme nés de la révolution industrielle et de la réaction au libéralisme. Sous l’effet
de chocs aussi violents pour la société industrielle capitaliste et consumériste que ceux que nous venons
de décrire dans le domaine de l’énergie, plus que de ressources matérielles, ce socialisme nécessitera
de grandes ressources morales de l’individu et de la collectivité pour réussir.
Pour faire face aux crises liées au changement climatique, il faut d’ores et déjà envisager la constitution
au sein d’un service national rénové d’un corps spécialisé dans la lutte contre les catastrophes naturelles.
Il remettra au goût du jour les notions de frugalité, de partage, de fraternité et de coopération. Au
plan international, il rééquilibrera les rapports Nord/Sud, en plus du reflux mécanique de la mondialisation
que devrait entraîner le PPP par l’augmentation du coût des transports des marchandises et des hommes.
En étant quelque peu cynique mais dans un vision optimiste de l’avenir, la perspective d’une crise énergétique
majeure, normale, structurelle et inexorable a ceci de bon qu’elle agit comme un rappel brutal, dégrisant
mais salubre aux réalités, aux responsabilités de l’homme vis-à-vis de ses congénères et de la Terre,
un appel à son potentiel d’humanité, à ses ressources morales les meilleures, contre son égoïsme.
10.6 Propositions pratiques d’actions immédiates :
Il faut immédiatement engager :
- Un vigoureux effort de recherche tous azimuts, de mise en œuvre et de diffusion dans la société de
solutions techniques en matière d’énergies renouvelables et dans le domaine de l’efficacité énergétique
;
- Un vigoureux effort d’éducation à la citoyenneté, au civisme écologique c’est-à-dire à l’éco-citoyenneté
;
De même il faut très fortement favoriser le développement d’un nouvel internationalisme dans le domaine
de l’environnement et de l’énergie :
- pour une consommation décroissante et concertée de pétrole : cf. Protocole de Rimini ;
- pour le développement des coopérations stratégiques : ONU, voie européenne (France-Allemagne-pays
scandinaves par exemple), Nord/sud (France-Venezuela-monde arabe) ;
- pour un système modulé et progressif de taxes (pour reprendre une idée de J.-L. Wingert) et taxer
les produits selon la distance parcourue entre le lieu de fabrication et celui d’achat.
Il existe de nombreux exemples de politiques “ micro ” applicables et concrètes à moyen terme. Pour
cela nous proposons de donner la priorité aux transports en commun (train en particulier), au ferroutage,
de repenser les politiques d’urbanisme en conséquence. Ainsi nous savons qu’une politique courageuse
face aux grands lobbies de toutes sortes sera nécessaire... Pour mémoire, les transports sont responsables
à raison de 50% de la consommation de pétrole dans le monde (dont 80% pour la route), 25% étant par
ailleurs utilisé pour le chauffage.
Plus généralement, nous proposons de développer un débat de société, en France et dans le monde, sur
les effets du capitalisme, du monde industriel sur l’environnement et la consommation d’énergie afin
d’établir un vrai bilan entre les coûts et les avantages de la croissance... et de la décroissance.
A titre de conclusion provisoire, l’objectif de ce nouveau socialisme, sorti de la matrice de la nécessaire
révolution énergétique et de la crise environnementale, est à la fois défensif et offensif. Défensif
car il permettrait de “ sauver la planète ” et de “ limiter la casse sociale ” en sortant dignement
de l’ère du pétrole. Offensif car il rendrait la société des hommes et des nations plus juste dans l’accès
aux richesses matérielles (alimentation, santé) et aux savoirs (éducation, santé...), plus démocratique
dans son fonctionnement, plus satisfaisante spirituellement.
Dans ce schéma, l’Etat aura à jouer un rôle crucial, revalorisé, central. Un Etat fort, compétent, social
et à la pointe de la réflexion et de l’innovation technique sera en effet indispensable. L’urgence commande
réflexions et actions immédiates.
11. Refonder la République : Tout partira des banlieues !
“ Par le peuple ! Il ne faut pas que le peuple attende ou accepte de personne ses moyens d’action, son
idéal, son corps de doctrines ; il faut qu’il doive à lui-même à lui seul la pleine conscience de ses
désirs et de ses volontés, il faut qu’il ne doive qu’à lui-même la force nécessaire pour en assurer
la réalisation. ” Lucien HERR
Au carrefour de tous les échecs successifs de nos gouvernants se trouvent les banlieues. C’est logiquement
de là que partira un mouvement de refondation de notre République.
Un mouvement comme “ Ni putes, ni soumises ” prouve qu’il existe dans nos quartiers, dans nos banlieues,
des trésors d’intelligence et une forte attente de République. Le contre-exemple des “ indigènes de
la République ”, mouvement fleurissant sur l’ignorance et dont la production se résume à un étalage
d’inepties et d’anachronismes ne doit pas faire oublier que l’issue pour les citoyens des quartiers
de banlieue se trouve dans un projet républicain progressiste. Cela, à l’évidence, la majorité des citoyens
des “ quartiers ” l’ont parfaitement compris.
C’est également le plus souvent dans ces quartiers que vit un nouveau prolétariat des services et que
les mouvements de résistance qui ont prit forme dans le monde du travail, ont le plus de chance de se
développer. Ces mouvements se sont d’ailleurs manifestés le plus souvent dans l’indifférence polie des
partis de gauche : ce sont ces salariés refusant les délocalisations, ce sont ces stagiaires refusant
l’exploitation, ce sont ces travailleurs précaires des chaînes de restauration rapide. Parmi eux se
trouvent les cadres de la renaissance d’une gauche populaire. A nous de leur offrir la certitude que
leur combat ne soit pas celui d’une résistance désespérée, mais qu’ils pourront, à travers un projet
cohérent et construit, bâtir la France de demain.
Il nous semble qu’une vaste politique doive naître dans les banlieues pour contrer la montée du “ différentialisme
”, la rétraction des individus sur des identités mythifiées et le développement d’un ethnicisme létal.
Il nous importe que, dans le domaine éducatif comme dans le domaine du logement, les politiques publiques
soient offensives. Nous demandons une réflexion sur la pertinence du maintien dans certains quartiers
d’établissements scolaires ghettos et sur la pratique du “ busing ” (qui a tout de même mieux fonctionné
aux Etats-Unis que l’affirmative action chère aux différentialistes). Nous souhaitons le développement
d’une politique de mixité sociale dans le logement. Quand saura-t-on faire, comme le soulignent à de
nombreuses reprises nos élus dans les diverses assemblées où ils siègent, des immeubles intégrant tous
les types de logements ? Dans le même temps, il faut relier le règlement du problème des banlieues aux
nécessaires réformes démocratiques à mener en France en résolvant le problème du poids relatif des villes
et des campagnes à l’Assemblée nationale. Notre camarade Rachid Adda a souligné ce problème, qui est
véritablement fondamental.
Aussi, avons nous toutes les raisons d’être aussi optimistes que combatifs. Il n’est pas illusoire de
penser que des banlieues partira le mouvement progressiste qui emportera le néolibéralisme et le non-gouvernement
que subit notre pays depuis trop longtemps !
III REBÂTIR UN COURANT POLITIQUE : COMMENT FAIRE EXISTER NOS IDEES EN 2006
?
“ Pour moi, je me sens plus près, par la raison et par le cœur, d’un républicain, si modéré soit-il,
qui verra dans la République non seulement le fait, mais le droit, que de prétendus socialistes qui
ne se réclameraient pas de la République ou qui se tiendraient à l’écart du grand parti républicain.
” Jean JAURES
La question de notre organisation doit être posée. Le Mouvement des Citoyens partait de l’idée
que nous devions, après avoir pesé un quart de siècle durant au sein de la SFIO, du NPS d’Alfortville
puis du PS d’Epinay, nous organiser sous forme partisane et exister de façon autonome. Jamais, nous
semble-t-il, la forme partisane n’a été une ardente obligation, encore moins un absolu. Pour schématiser,
entre Gramsci et Lénine, notre cœur ne balance plus depuis longtemps ! L’heure est donc venue de casser
un totem et d’aborder notre avenir rationnellement et sans tabou aucun...
Il faut marcher sur deux pieds. Mener le combat pour nos idées doit intégrer deux réalités : l’existence
du PS comme parti organique de la gauche et la percée dans le champ politique - mais pas électoral -
du phénomène altermondialiste. C’est à ces deux réalités que nous devons répondre. Soit notre courant
politique, autour de Jean-Pierre Chevènement, est capable de s’adapter et de maintenir la flamme des
idées nées avec le CERES, Socialisme et République et le MDC, soit il ne l’est pas et les conclusions
s’imposeront d’elles mêmes. Jamais un militant ne s’engage s’il ne pense au fond de lui-même qu’il manifeste,
par ce geste, l’intention que ses idées arriveront un jour au pouvoir et qu’il pourra, ainsi infléchir
le destin de la Nation.
Il nous faut donc, face à ces deux réalités, une “ double ” stratégie d’influence pour :
- Faire basculer la “ plaine ” social-opportuniste vers nos idées ;
- Enrichir le mouvement altermondialiste de nos idées.
Tout cela ne peut
se faire qu’en lien étroit avec Jean-Pierre CHEVENEMENT et ceux qui, depuis les origines, portent notre
courant. Porter le fer et le feu contre les sociaux-libéraux (qui se disent “ socialistes ” mais ne
parlent jamais du “ socialisme ”) sera un effort assez conséquent et nécessitera de bâtir des partenariats
avec les minoritaires du PS. Encore faut-il peser ! Encore faut-il être organisés ! Il faudra également
participer à la formation du projet du mouvement altermondialiste. Là encore le sérieux de notre courant
peut être utile ! Cette double stratégie est le moteur de la républicanisation de la France, préalable
à toute politique alternative au néo-libéralisme.
Tout cela n’est possible que si deux maîtres mots dominent cette “ double ” stratégie : collectif et
idées. Sans stratégie collective, pas d’avenir. Sans irrigation de la gauche par nos idées, via le combat
culturel, pas d’avenir non plus. Il s’agit d’adapter notre structure aux réalités du moment.
Le collectif, rassemblé autour de Jean-Pierre CHEVENEMENT et d’une équipe de direction de notre courant,
se doit d’accomplir un réel travail de coordination de cette stratégie de domination culturelle. C’est
à partir de la profonde transformation du MRC que nous pensons souhaitable d’opérer une mue collective.
Il nous faut changer d’abord les pratiques du MRC avant de rassembler de nouveau tout notre courant
! En posant le problème du devenir de notre courant à l’occasion du 3ème Congrès du MRC, nous nous
adressons à tous ceux qui se reconnaissent dans les idées de Jean-Pierre Chevènement. Nous avons
besoin de tous, sans exclusive !
1. Le fond de notre discours prime la forme de notre organisation
Parti, courant ou mouvement, nous devons adopter quelques règles permettant de progresser ensemble et
de faire avancer nos idées.
1.1 Amener à nous les Républicains !
L’hypothèse d’une candidature de Jean-Pierre CHEVENEMENT en 2007 est réelle et c’est un fait heureux.
Pour créer les conditions de cette candidature, susciter le sursaut républicain et amener la vie politique
à se recentrer sur les idées plutôt que sur les apparences, il nous faut attirer à nous les Républicains
de tous les partis. Nous savons qu’au PS, au PCF, au PRG - et même ailleurs ! - des femmes et des hommes
espèrent une candidature républicaine en 2007. Election directrice, l’élection présidentielle doit amener
les partis à effectuer une mue, à travailler différemment et à être de véritables lieux de rencontre
plutôt que d’exclusion. Le MRC est d’abord un mouvement. Nous proposons qu’il ouvre grand ses portes
à tous ceux qui partagent les idées républicaines qui sont les nôtres. Nous souhaitons, pour ce faire,
que l’adhésion au MRC ne soit pas exclusive. Ainsi pourraient venir travailler avec nos groupes locaux
ou même sur un plan national, un certain nombre de personnes impliquées dans d’autres mouvements. La
dynamique serait ainsi créée.
1.2 Une revue pour faire vivre nos idées
Un courant doit être organisé autour d’une revue. Jadis, notre courant rayonnait par l’intermédiaire
de ses revues successives (Les Cahiers du CERES, Frontière, Repères, Non, République etc.).
Malheureusement, notre situation ne permet pas d’avoir - pour l’heure - une revue d’idées, conceptuelle
et anticipatrice. L’idée - hélas répandue - selon laquelle nos déboires électoraux seraient dus à une
propension trop forte à l’intellectualisme est une idée létale pour notre courant. Nous la dénonçons
avec la vigueur qui s’impose. On ne peut expliquer simplement ce qui est complexe qu’en ayant soi-même
les idées claires. Le soucis de didactique est le produit d’une réflexion rigoureuse. Aussi le projet
d’une revue nous semble central. Peut-il aboutir immédiatement ? Le coût (en terme d’argent comme de
temps) est important. Un projet éditorial devrait voir le jour sous l’impulsion et la responsabilité
de nos camarades les plus aguerris. Une fois de plus transmission et anticipation doivent aller de paire.
2. Du rôle central des groupes locaux autonomes
D’abord, le problème pour nous n’est pas de bâtir une “ démocratie interne ” dont le contenu et le fonctionnement
semblent bien obscurs. Serpent de mer des réunions du Mouvement, la “ démocratie interne ” sert trop
souvent à tirer sur le pianiste, c’est-à-dire sur une direction qui, le plus souvent, fait ce qu’elle
peut avec ce qu’elle a, c’est-à-dire pas grand chose. Là n’est donc pas le problème.
2.1 Les groupes autonomes locaux “républicains-socialistes”
Nous proposons de mettre en place une véritable autonomie des groupes locaux. L’époque des enrégimentements
est révolue, nos sympathisants souhaitent une structure souple, dont la centralisation viserait à permettre
à chaque groupe d’accéder à l’information, à l’expertise, à des outils.
Le centre national serait un pourvoyeur en savoir-faire, en ressources intellectuelles et militantes.
Encourager la spontanéité des groupes autonomes ne revient pourtant pas à faire du basisme. Chacun dans
le Mouvement sait quelle est la place essentielle des fondateurs de notre courant. La détermination
d’une véritable ligne politique se ferait naturellement au niveau national lors des réunions du Congrès
et du Conseil national.
Il nous faut retrouver le goût du débat politique, trop souvent absent de nos réunions ! Les Fédérations
départementales ne devraient donc exister que si elles sont en mesure de fédérer des groupes locaux.
Les groupes locaux pourraient se structurer au niveau de la circonscription ou du canton, voire de la
commune. Ils adopteraient librement leur nom et s’identifieraient explicitement à la structure nationale.
2.2 Les groupes d’études : un “ nouveau ” mode d’action républicain-socialiste
Un complément ou un préalable à l’engagement militant actif (qui suppose maîtrise de la doctrine et
savoir-faire militant) pourrait consister en l’engagement dans des groupes d’études. Ces groupes permettraient
de mobiliser plus largement que le MRC ne le fait actuellement en orientant l’action sur l’éducation
populaire, la diffusion des idées et le travail de réflexion collective. Ils seraient placés sous la
responsabilité des militants les plus formés et travailleraient en relation étroite avec “ l’Université
permanente du MRC ” et la Fondation Res Publica.
Au moment de l’adhésion, le choix serait donné à l’adhérent d’entrer ou non dans un groupe d’étude.
Il est probable que la différentiation permettrait d’accroître le travail de formation de nos adhérents
et d’attirer des publics nouveaux en demande de formation citoyenne.
3. L’Université du MRC ou Université citoyenne permanente
La construction de cette Université est en elle-même un véritable défi républicain lancé à la gauche
dont les partis ne sont bien souvent plus que des écuries de course à l’investiture que des lieux de
formation des citoyens. Le fonctionnement ces dernières années du Parti socialiste montre que le travail
de réflexion et de production politique n’est plus comme dans les années soixante-dix un travail de
militant, il est devenu un travail d’expert. L’ “ expertocratie ” a remplacé la production militante.
Les partis ont soit abandonné soit sous-traité cette fonction qui était jadis essentielle dans les partis
de gauche. Force est de constater que l’émancipation de la classe ouvrière par les écoles des partis
de gauche n’est plus aujourd’hui possible.
3.1. L’Université citoyenne permanente : pierre angulaire du travail de formation militante.
Le soutien de notre contribution à la construction d’une “ Université permanente du MRC ” est total.
Ce projet peut contribuer, pour peu qu’il soit intégré à une logique globale, à l’édification d’une
stratégie d’influence et de long terme.
Cette Université permanente et populaire peut être un creuset d’idées pour influencer l’ensemble de
la gauche. Sans doute faudrait-il sortir cette Université d’un contexte partisan en lui donnant une
dénomination plus ouverte sur l’extérieur. À la désignation d’“ Université permanente du MRC ” centrée
sur nos militants, il faudrait substituer une désignation d’“ Université citoyenne permanente ” de façon
à toucher aussi tous les militants syndicaux, politiques et associatifs des forces de progrès qui n’auront
pas nécessairement leur carte au MRC.
Cette “ Université citoyenne permanente ” serait d’abord un lieu de formation de nos militants comme
l’est l’actuelle “ Université permanente du MRC ”.
3.2 L’Université citoyenne permanente : un atout gagnant dans notre stratégie d’influence
L’Université citoyenne permanente serait ensuite, pour notre stratégie d’influence, un lieu de brassage
des idées au sein de l’ensemble de la gauche, dans de véritables cursus de formation de longue durée.
Elle permettrait alors la mise en place de séminaires encadrés pour développer le logiciel républicain.
Nous avons la chance parmi nos militants ou nos compagnons de route de disposer de cadres, d’écrivains,
d’universitaires, et de personnes de grand talent sans doute prêts à collaborer à un tel projet.
Une structure souple associative, à l’image de ce qu’est le Collège international de philosophie à Paris
est un bon exemple de ce qu’il faudrait faire pour conduire ce type projet qui doit faire appel aux
subventions publiques. L’inscription des étudiants (donc des militants) y serait libre ou symbolique.
Elle fonctionnerait avec des directeurs de programme élus pour former l’assemblée collégiale pour donner
une cohérence à la formation et à la recherche qui s’y développeraient. Si nous n’avons pas encore une
cinquantaine de militants susceptibles de devenir directeur de programme, nous devrions bien pouvoir
compter sur une quinzaine pour commencer afin d’attirer progressivement des cadres prêts à s’investir
dans un tel projet.
3.3 Université citoyenne permanente : un lieu de recherche et d’archives sur le chevènementisme
et la gauche républicaine
Cette Université pourrait être le lieu de dépôt des archives du chevènementisme (regroupant l’ensemble
des publications tracts, revues, journaux militants depuis la fondation du CERES, en passant par “ socialisme
et république ” jusqu’à aujourd’hui). Il existe aussi dans nos régions des archives privées sur les
républicains de gauche qui ont marqué notre histoire. Ces fonds pourraient être regroupés dans une Université
citoyenne permanente qui se donnerait pour but de travailler sur l’histoire du mouvement républicain.
Cette Université pourrait ainsi devenir un Centre de Recherche libre ouvert sur les chercheurs en sciences
politiques. Un tel projet peut certainement être mené en collaboration avec l’Université.
4. Bâtir de véritables relations avec le mouvement alter-mondialiste.
La vigueur du mouvement altermondialiste est un facteur d’espérance. C’est une raison de plus de penser
qu’un travail de long terme, un travail de combat culturel puisse permettre à nos idées d’atteindre
le pouvoir.
La question de la politisation du mouvement altermondialiste, de l’irruption de ce combat dans le champ
électoral est une question de temps. Cela ne signifie pas qu’un parti politique issu des thèses altermondialistes
soit obligatoirement destiné à naître. Cela signifie simplement que les cadres issus du mouvement altermondialiste
ont vocation, demain, à entrer dans l’arène politique et à amener l’ensemble de la nation, de concert
avec les républicains, à penser mondial. C’est donc vers eux aussi qu’il nous faut nous tourner et bâtir
des ponts permettant le travail commun.
Les luttes internes à la mouvance altermondialiste ne nous sont pas étrangères. Nous devons prendre
notre part au débat et lutter pied à pied contre ceux qui restent hostiles à l’Etat, à la Nation et
au final au rôle du politique. Contre Toni Negri, contre les tenants des théories de Thoreau, il faut
que les militants de notre courant mènent la charge et, au final, l’emportent !
CONCLUSION
“ Tes forces intellectuelles, dit l’histoire, sont minimes, mais aussi minimes étaient les forces de
ceux de tes ancêtres qui ont créé le présent. Efforce-toi donc de devenir une force historique. Car
ce n’est que par cette voie qu’ont été remportées toutes les victoires qui semblaient d’abord invraisemblables
et que la majorité des gens était plus tard prête à considérer comme miraculeuses. Ce qui a toujours
opéré le miracle, c’est la force de la pensée et de l’énergie de la volonté des individus qui servaient
d’instruments nécessaires au déterminisme ”. Pierre LAVROV
Il s’agit donc pour le Mouvement Républicain et Citoyen de faire un choix crucial. Nous réalisons que
le choix du combat culturel et de la stratégie d’influence oblige à des ruptures : rupture organisationnelle,
rupture avec le court terme des calendriers électoraux (sans les ignorer mais en les intégrant à une
véritable stratégie de long terme), rupture avec le tabou de l’autonomie partisane sans doute également.
Le choix que nous proposons aux militants, adhérents et sympathisants du Mouvement Républicain et Citoyen
est donc le choix du long terme. Les années à venir seront des années de labeur, des années au cours
desquelles il nous faudra travailler à imposer, idée après idée, la République de demain. Ce qui nous
attend sera bien plus âpre qu’une longue marche et appelle de notre part à beaucoup de modestie. Il
n’y a aucune fatalité à voir nos idées tenues en échec, hormis celle qui consisterait à nous enfermer
dans un nulle part stratégique et à perdre le goût de la véritable confrontation politique.
Contribution au débat de notre troisième Congrès, ce texte est aussi le point de départ d’une nouvelle
étape politique. Aux militants qui le souhaitent, nous proposons de nous rejoindre et de faire un choix
prioritaire : celui de la stratégie d’influence !
|
|
|