Mise en ligne le 19/02/2006
MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
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Contribution ""Faire du MRC le Parti du Monde du
travail"
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Le vote du 29 mai
a pour première caractéristique d’avoir été le premier vote populaire depuis 1981. Il s’agit, avant
tout, d’un vote de classe et il faut en tirer toutes les conséquences si l’on veut donner un débouché
politique à cette révolte qui s’est exprimée par les urnes.
Si elle veut que les salariés (entendus comme ceux vivant exclusivement de leur salaire) ne soient pas
réduits à la seule alternative de s’abstenir ou de voter pour le Front National ou pour l’extrême-gauche,
la gauche doit se réapproprier la question sociale. Celle-ci constitue son socle historique. Cela lui
permettra de renouer avec son ossature : le peuple. A nous de l’y aider en reposant la thématique centrale
de la répartition des richesses et le lien entre la question sociale et la question nationale. En plus
de porter des valeurs et des principes, c’est cela, concrètement, la République !
Entre la mondialisation libérale et ses intérêts le peuple a choisi.
La mondialisation libérale se traduit par une concurrence exacerbée, le chômage, la baisse du pouvoir
d’achat, les délocalisations...
Des engagements sont demandés au gouvernement français par l’OMC, la Commission de Bruxelles, l’OCDE
pour assouplir le code du travail et permettre aux entreprises de gérer leurs salariés comme bon leur
semble, en supprimant tout ce qui les protège.
En déclarant, lors de son discours d’investiture, que « la liberté s’arrête là où commence le code du
travail », la nouvelle présidente du MEDEF, Laurence Parisot, n’a fait qu’énoncer une évidence. Car
le code du travail est précisément fait pour empêcher les employeurs d’agir en toute liberté. Détruire
le code du travail, c’est affaiblir les salariés, les rendre encore plus seuls face à la toute puissance
d’un patronat qui, depuis bientôt 30 ans, n’a cessé de surfer sur la courbe du chômage pour imposer
un rapport de forces qui lui est toujours plus favorable.
Le peuple s’inscrit, lui, dans une logique nationale. C’est à ce niveau qu’il appréhende le mieux la
politique et qu’il pense que son action peut être efficace.
Pour mettre fin à la crise que traverse notre pays, et d’abord à la crise de confiance du peuple
envers ses élites politiques et économiques, Il nous faut donc bâtir un projet autour d’un certain nombre
de mesures concrètes que nous souhaitons voir adopter. Que la mise en œuvre de ces mesures amène la
France à entrer en conflit avec les autres membres des instances internationales dans lesquelles elle
siège ou à s’opposer à telle ou telle directive européenne ne doit pas nous faire reculer : Nous devons
simplement assumer un discours de crise. Lorsque 60% des Français expriment leur souhait d’un retour
au franc, cela traduit leur volonté de déboucher sur une véritable alternative politique au libéralisme
dans laquelle ils puissent se reconnaître, fut-ce au prix d’une crise européenne.
Nous devons donc dessiner les contours d’une politique nationale a mener qui nous permette de rompre
avec le libéralisme tout en sachant que le peuple est prêt a en assumer les conséquences. Notre peuple
n’a pas peur d’une crise européenne.
Remettre le travail au cœur des politiques économiques.
Alors que la création des richesses n’a cessé d’augmenter depuis la seconde guerre mondiale, le pouvoir
d’achat des salariés affiche une quasi-stagnation depuis la fin des années 70 et la condition salariale
est comparable à ce qu’elle était il y a un demi-siècle. Entre 1982 et 2002, le pouvoir d’achat du salaire
net moyen n’a augmenté que de 0,2% par an dans le privé. Dans la Fonction publique, c’est encore pire
puisqu’il connaît une diminution moyenne de 0,1% par an !
Nous assistons à une réelle fracture économique : d’un côté, ceux qui tirent des revenus de leur patrimoine,
de l’autre ceux qui ont comme unique revenu le fruit de leur travail. Les revenus du patrimoine représentaient
21,5 % des salaires nets en 1978, ils en représentent aujourd’hui plus de 40 %.
Les revendications salariales autour du pouvoir d’achat ne sont donc pas le fruit d’un simple saut d’humeur
: pour la majorité des salariés, qui ne peuvent compter que sur les revenus de leur travail, le niveau
de vie relatif a considérablement chuté depuis 20 ans. De plus, depuis 10 ans, les prestations sociales
ne parviennent plus à compenser le mouvement. Et ce, alors que, dans le même temps, la qualification
des salariés n’a cessé de progresser, que le coût d’accès aux services publics (eau, gaz, téléphone,
électricité, transports, timbres, etc.) n’a cessé de croître.
Le travail permet de moins en moins d’accéder à un statut social et professionnel. La précarité peut
affecter non seulement les chômeurs mais aussi les personnes à la frontière du salariat, celles qui
sont recrutées en contrats précaires ou les indépendants, dont l’activité a été extériorisée de l’entreprise.
De plus, les conditions de travail sont remises en cause de manière universelle autant dans le public
que dans le privé. Aucune forme de contrat de travail n’y échappe. De manière générale, c’est le code
du travail qui se trouve aujourd’hui visé.
Ainsi le « contrat nouvelle embauche » de 2 ans instauré cet été par le gouvernement Villepin apparaît
comme la 1ere phase d’une réforme plus générale suggérée par la Commission de Bruxelles et approuvée
par J Chirac et tous les chefs d’états européens lors du Conseil européen des 16 et 17 juin. Après le
contrat nouvelle embauche réservé aux entreprises de moins de 20 salariés, le gouvernement Villepin
passe à la deuxième étape : le « contrat première embauche » destiné aux jeunes de moins de 26 ans étendu
cette fois à toutes les entreprises. Déjà il réfléchit à l’étape suivante qui devrait parachever le
tout : le contrat nouvelle embauche étendu à tous les salariés, remplaçant le CDI à la grande satisfaction
du Patronat. Au nom de la lutte contre le chômage, il s’agit en fait de précariser encore davantage
l’emploi en réduisant en parallèle le rôle des inspecteurs du travail et les droits sociaux et syndicaux.
C’est donc à une réforme d’ensemble qu’est confronté le monde du travail.
Or le travail doit rester le support du lien social qui est l’articulation de l’insertion sociale, de
l’identité professionnelle et du rapport aux autres. C’est donc aussi ce qui permet de vivre dans des
conditions décentes, de construire sa vie et de fonder une famille.
Non seulement, les salariés ne sont pas sûrs de l’avenir de leurs enfants mais ils ne sont plus sûrs
non plus du leur.
Lorsque la seule réponse qui est faite à cette situation est l’augmentation des minima sociaux, des
indemnités-chômage et des prestations sociales voire des diminutions de l’impôt direct comment croire
que le travail pourra éternellement être considéré par les salariés comme un vecteur fondamental de
leur existence ? Lorsqu’on leur explique que le cadre dans lequel ils évoluent est encore trop rigide
et qu’il faut remettre à plat le code du travail, c’est-à-dire le peu de protection à laquelle ils peuvent
prétendre, comment peuvent-ils penser le travail comme une situation assez stable pour mériter un réel
investissement ?
A cela s’ajoute une autre réalité : les salariés sont de plus en plus éloignés de leur lieu de travail.
Pire, on leur propose de plus en plus comme seule alternative au licenciement une affectation à plusieurs
centaines de kilomètres de leur lieu de vie.
D’où des coûts supplémentaires évidemment mais surtout une fragilisation de la cellule familiale, tant
il est difficile pour un couple de salariés avec un ou plusieurs enfants de faire face à ce genre de
situation.
Ajoutons enfin à cela le manque criant de structures de garde, la mauvaise accessibilité des transports
publics pour des personnes avec des enfants en bas âge et la faiblesse de l’environnement para-scolaire
en milieu rural (pas de cantine et/ou pas de possibilités de garderie ou de lieu d’étude avant ou après
l’heure de scolarité. Auparavant, le manque de ces structures était compensé par la cellule familiale
au sens large : les grands-parents, les oncles, les tantes, voire les amis de la famille pouvaient s’occuper
des enfants avant ou après l’école. Or, le fait d’avoir des bassins d’emplois totalement sinistrés a
fait éclater cette structure de solidarité sans que l’Etat montre une réelle volonté d’y pallier.
Face à cette situation, une politique alternative doit avoir pour premier souci de mettre un terme
à l’éclatement du code du travail. Le contrat à durée indéterminée doit redevenir la règle et les autres
formes de contrat de travail l’exception. Des moyens doivent être mis en œuvre pour favoriser la politique
des transports, la création de crèches et de structures d’accueil pour les enfants.
Les droits des salariés doivent être réaffirmés et leur protection assurée tant par le renforcement
des moyens de l’inspection du travail que par celui des représentants syndicaux souvent la première
cible des plans de licenciement.
Les périodes d’essai doivent être limitées au strict nécessaire pour permettre à l’employeur d’apprécier
les qualités du nouvel employé. Elles doivent être assorties d’une obligation pour l’entreprise de former
le salarié au moins durant le tiers de ce temps.
Le droit du licenciement doit être réformé afin de rendre plus coûteux pour les entreprises les licenciements
non justifiés par la situation économique actuelle de l’entreprise (et non, comme vient de le faire
la Cour de Cassation, sa situation future éventuelle, car à ce compte-là tout licenciement serait justifié).
Les licenciements abusifs doivent être érigés en délit et les délocalisations sauvages en délit grave.
Le SMIC doit être significativement augmenté de même que l’ensemble des salaires, seule manière de favoriser
durablement la croissance et donc l’emploi.
Les salaires et les retraites doivent être à nouveau indexés au minimum sur l’inflation avec toujours
une possibilité de révision à la hausse par la négociation (seule manière réelle de lutter sur le long
terme pour une répartition plus juste des richesses) ;
L’impôt sur les sociétés doit être rendu progressif selon un ratio bénéfice/masse salariale : cette
mesure permettrait de limiter sérieusement l’influence des capitaux spéculatifs et en particulier des
fonds de pension et de faire baisser le travail non déclaré.
Réaffirmer le rôle de l’Etat
Où que ce soit, l’Etat, depuis plus de vingt ans, n’a eu de cesse de se désengager.
Aujourd’hui, les services publics sont démantelés alors qu’ils constituaient l’axe essentiel de la politique
d’aménagement du territoire et de l’Egalité républicaine. La privatisation du système bancaire (ou la
remise en cause de la gestion des réseaux mutualistes comme celui des caisses d’épargne, ou des réseaux
encore publics comme ceux de la caisse des dépôts et consignations ou des services financiers de La
Poste), de l’eau, de la téléphonie, du gaz et de l’électricité et bientôt, peut-être des transports
(après le fret, le transport des voyageurs devrait suivre) ne font que fragiliser le salarié et ne lui
donne plus de garantie d’accès à des prestations nécessaires.
L’impôt, qui permet à l’Etat d’assurer ses missions, ne cesse de diminuer tout en se situant dans un
cadre de politique d’austérité.
L’Etat ne fait que multiplier les subsides (augmentation des indemnités, prêt à taux zéro , aides à
l’embauche) au lieu de mener une politique de plein emploi d’envergure et de revalorisation des salaires.
Cela amène de plus en plus de salariés à remettre en cause le rôle protecteur de l’Etat qui apparaît,
au contraire, à leurs yeux comme le relais des forces économiques et comme le pire de leurs adversaires
: ainsi les salariés ont vécu comme une atteinte à leur dernier pré-carré de sécurité la suppression
d’un jour férié par le gouvernement Raffarin..
Il y a donc urgence à agir et à proposer dans ce cadre des mesures fortes.
L’Etat doit cesser d’apparaître comme le bras armé du patronat et le fossoyeur du code du travail. Un
Etat républicain a notamment pour mission de protéger les plus faibles et de rechercher les moyens d’assurer
le minimum vital pour tous. Il doit être aussi le garant d’une véritable justice sociale et d’une amélioration
des conditions de vie et de travail en lien avec les partenaires sociaux.
Parallèlement il est indispensable de lancer une politique de grands travaux et de recrutement en matière
de structures d’accueil, de transports en commun et de structures scolaires et para-scolaires.
D’autres mesures seraient bien sûr nécessaires pour remettre la France sur la voie du progrès social
et redonner à notre peuple la confiance dans son avenir. Le MRC ne doit pas hésiter à apparaître comme
à l’écoute de l’ensemble du monde du travail et au cœur même de ses préoccupations.
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Signataires :
Marinette Bache, secrétaire nationale, Lucien Jallamion, délégué national au Monde du travail et Michel
Jallamion, délégué national à la Fonction publique
Ainsi que : 32 Mario MANDES - 37 Marcelle REMERAND - 60 Béatrice DURAND - 75 Pierre KERDRAON - 83 Alain
JAUBERT - 92 Jean-Marc GAYRAUD
Cette contribution est destinée à participer au débat sur le projet et non à devenir une motion pour
le congrès.
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