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Discours de Georges Sarre

Congrès National - Gymnase Japy - Paris XI - Dimanche 02 avril 2006

Chers camarades,

La France est malade. Plus gravement malade qu’elle n’a jamais été depuis la dernière guerre et l’occupation nazie. Sa croissance est inférieure à celle de la plupart des autres pays européens. Ses industries ferment les unes après les autres ; son chômage, surtout celui des jeunes, se maintient à un niveau inacceptable. Ses institutions politiques sont en crise, vidées de leurs pouvoirs au profit de l’union européenne et du marché mondial ; ses dirigeants sont discrédités. Sa justice, son système éducatif vont à vau l’eau. La République et la laïcité, sur fond de crise sociale profonde, sont menacées par la montée des communautarismes, que certains, qui devraient les combattre, tel Nicolas Sarkozy, encouragent au contraire ! La violence monte : violence aveugle des casseurs, violence crapuleuse des racketteurs, parfois mêlée de relents racistes et antisémites.

Et pourtant, ce pays veut vivre. Pour preuve, son taux de natalité résiste mieux que dans la plupart des autres pays européens. Pour preuve, le NON du 29 mai 2005, refus de voir la France se diluer dans un magma européen néo-libéral. Oui, ce pays veut vivre, et de là dépend tout l’avenir.

La France a la fièvre. Cette fièvre n’est pas une maladie, mais la réaction du malade contre son mal. Notre peuple ne supporte plus la condition qui lui est faite. Faute d’un système politique qui lui permette d’exprimer efficacement son refus, il le manifeste par des crises de plus en plus fréquentes, de plus en plus rapprochées. Ce fut le coup de tonnerre du 21 avril 2002, avec le rejet du faux dilemme - Chirac ou Jospin - que la classe politique et les médias voulaient imposer, Le Pen au second tour et l’élection d’un Chirac politiquement moribond qui n’avait obtenu au premier tour la confiance que d’un électeur sur cinq : moins d’un Français sur dix ! Ce fut la crise des banlieues. C’est aujourd’hui la lame de fond qui soulève tout le pays contre la précarité et contre les méthodes autoritaires et arrogantes d’un gouvernement minoritaire dans l’opinion.

Tel est le contexte dans lequel nous voyons s’approcher l’élection présidentielle de 2007, qui, dès à présent, mobilise toutes les formations politiques.

Cette élection sera décisive. Elle risque de confirmer et d’aggraver les options ultra-libérales qui nous ont conduits là où nous sommes ; ce serait un nouveau pas dans le sens du déclin, sans doute difficilement réversible. Mais elle peut aussi confirmer le sursaut du référendum du 29 Mai 2005, ce sursaut que bien peu, à six mois de l’échéance, avaient cru possible. Elle peut, elle doit marquer un coup d’arrêt et entamer le redressement.

Certes, elle va être difficile, cette échéance. Une fois encore, le peuple français risque de ne pas se reconnaître dans les choix qui lui seront proposés, de s’abstenir, de se dispenser de voter, et finalement de laisser au hasard le soin de décider de son sort, à moins de ne voter aux extrêmes... décision imprévisible et peut-être catastrophique.

Pour éviter qu’il en soit ainsi, la première condition est que soit présenté un vrai projet politique, un projet politique qui corresponde et qui réponde aux aspirations manifestées par le peuple français à l’occasion du référendum européen.

La tentation a été évidente depuis 2002, chez certains de nos amis socialistes, d’attendre sans coup férir le retour du balancier qui a porté la droite au pouvoir en 2002 et doit en bonne logique l’en écarter en 2007. A la fois parce que, depuis 1981, celui qui est au gouvernement a toujours perdu les élections et parce que l’actuelle majorité est la plus incompétente et la plus catastrophique qu’on ait vu depuis longtemps. Point n’est besoin dès lors pour les adeptes de « l’effet essuie-glace » d’un projet politique, et ce d’autant moins qu’une fois revenus au gouvernement, ils ne s’écarteraient pas forcément beaucoup des orientations du gouvernement actuel ; ces orientations très voisines, finalement de celles de Tony Blair, introduisant des capitaux privés dans l’enseignement secondaire public ; ou de la social-démocratie allemande, qui cohabite harmonieusement avec Angela Merkel !

Il est temps, il est plus que temps de crier casse-cou. Nous allons à de nouvelles crises, plus graves encore, si les Français qui ont refusé par près de 55% des voix le projet de constitution européenne ne se voient pas proposer, aux élections présidentielles, un projet politique dans lequel ils se reconnaissent, par un candidat crédible.

Leur refus n’a pas été celui de l’Europe elle-même, mais celui d’une construction anti-démocratique, où la supranationalité est utilisée comme un carcan pour forcer les peuples à subir les conséquences toujours plus dommageables d’une mondialisation ultra-libérale au lieu de les en protéger, comme on a longtemps voulu le leur faire croire. L’Europe dans laquelle le Général de Gaulle en son temps a confirmé l’engagement de la France, était une Europe européenne, une Europe dirigée par les gouvernements de ses peuples et non pas une zone de libre-échange sans frontières, ouverte à tous les vents et où l’autorité politique démocratique serait remplacée par le protectorat américain et par le principe de la « concurrence libre et non faussée ».

Le refus des Français est celui d’un système dans lequel on les enferme depuis trente ans et qui met leurs industries - et depuis peu certains de leurs services - en concurrence avec des pays où il n’existe ni protections sociales ni respect de contraintes environnementales. Les « réformes » prétendues qu’on leur propose et qu’ils rejettent ne sont que des régressions. Acceptez, leur disent les bons apôtres du MEDEF, du gouvernement et de la pensée unique, acceptez donc la « flexibilité », le démantèlement du code du travail ; acceptez de partir toujours plus tard vers des retraites toujours plus maigres ; acceptez que la sécurité sociale réduise la prise en charge de nos soins, que l’on rogne sur les dépenses d’éducation, qu’on privatise, les uns après les autres, nos services publics ; c’est le prix de la compétitivité de nos entreprises. Si un prix n’est pas payé, ce sera la délocalisation de nos industries, ce sera la montée inexorable du chômage.

Les Français ne sont plus dupes de cette pensée unique. Ils savent très bien qu’en lui obéissant, ils ne feraient que s’engager dans une voie sans autre issue que celle qui les conduirait, de recul en recul, et de crise en crise, à rejoindre le niveau de vie actuel des travailleurs indiens, chinois ou indonésiens.

Mais il faut qu’ils sachent aussi qu’il ne suffit pas de se battre pour la défense des acquis sociaux si, dans le même temps, on est incapable de répondre à la question de la survie de nos entreprises dans le contexte d’une concurrence internationale toujours plus dure. Beaucoup de discours et de programmes à l’extrême gauche s’engagent dans cette impasse.

C’est celle de la démagogie. Ce n’est pas la nôtre. Il faut à l’élection présidentielle un vrai projet politique qui réponde à cette question essentielle, celle de la protection de notre économie, condition nécessaire de la survie non seulement de nos acquis sociaux, mais de la République et de la Nation.

Au lieu de faire profil bas, à Bruxelles, il faut que les futurs dirigeants de la France, s’appuient sur le refus de 55% des Français, et proposent à l’Union européenne d’autres orientations ! Il faut qu’ils réclament un tarif extérieur commun, une préférence communautaire, une politique de soutien à la recherche et à de grands projets industriels. Il faut qu’ils utilisent tous les pouvoirs dont ils disposent au sein des instances communautaires et, directement ou indirectement, à l’OMC, pour arrêter le jeu pervers qui consiste à sacrifier les travailleurs de France et d’Europe en échange des facilités offertes à nos plus grandes entreprises pour aller réaliser dans les pays à bas coût de main d’oeuvre, d’énormes projets qui font les beaux jours du CAC 40, de plus en plus déconnecté de la situation économique nationale.

J’entends bien certains s’inquiéter de l’isolement de la France si elle s’engage dans cette crise. De Gaulle s’inquiétait-il de son isolement le 18 juin 1940 ? La voie du déclin et du renoncement est plus facile. Mais c’est elle qui conduit finalement à l’isolement. Ce sont nos dirigeants qui sont aujourd’hui isolés de la grande majorité de notre peuple, grande majorité qui réclame le redressement.

Croyez-vous que les autres peuples d’Europe subissent joyeusement les voyages de l’ultra-libéralisme ? Ne voyez-vous pas les Néerlandais refuser eux aussi la prétendue constitution européenne ; la fonction publique allemande en grève depuis mardi matin ; les Polonais exprimant maladroitement leur refus du libéralisme en se donnant des dirigeants populistes ?

Ne voyez-vous pas que la plupart des gouvernements européens n’ont pas osé soumettre le traité constitutionnel au vote populaire et que les peuples, s’ils avaient été consultés, auraient dans beaucoup de cas, notamment en Allemagne, suivi l’exemple de la France et des Pays Bas ? Non, si la France lève avec courage et détermination l’étendard du refus de l’ultra-libéralisme, elle ne restera pas longtemps isolée de l’Europe !

Chers amis, chers camarades,

Il y a donc un chemin, s’il y a une volonté ! Et il y a un projet.

Le MRC propose à la gauche, à toute la gauche, de se refonder dans cette perspective républicaine. Les échéances électorales de 2007 peuvent être un moment décisif pour redonner espoir à la gauche et plus largement à la France toute entière. Il n’est pas trop tard pour engager des discussions. Le débat aurait pu avoir lieu au cours d’une campagne de primaires à gauche ; mais manifestement l’esprit de boutique prédomine sur l’intérêt général. Nous le regrettons.

En tout état de cause, nous voterons pour un candidat de gauche qui se placera explicitement dans la suite du NON du 29 Mai 2005. Dans cette optique, nous mettons en place les conditions, notamment les conditions matérielles, tant pour les financements que pour les signatures d’élus, afin que Jean-Pierre Chevènement puisse être candidat le moment venu. Il doit pouvoir prendre sa décision en fonction de la seule situation politique, et en son for intérieur. Bien évidemment, qu’il sache dès maintenant que, s’il décide d’être candidat, nous lui apporterons notre soutien, notre concours et notre enthousiasme. Sachez bien que nous ne faisons pas semblant de nous préparer. Nous voulons être en situation, si les circonstances l’exigent.

Nous sentons bien que les Français en ont assez de cette politique qui n’en est pas une, de cette politique de soumission, passive, à tous les courants d’air du monde. Les Français veulent le retour de l’Etat protecteur de l’emploi et du progrès social. Ils sentent bien le fossé qui les sépare de plus en plus des élites mondialisées. Mais ils sont soumis aussi à la chape de plomb de l’idéologie de la résignation, et de la prétendue impossibilité d’agir. C’est cette chape de plomb qu’il faut briser : à nous de leur montrer, avec les moyens qui sont les nôtres, que l’avenir a un nom, que l’espérance a un nom, et que ce nom, c’est la France, qui se confond avec la République !

C’est ainsi que nous mettrons nos pas dans ceux de Condorcet, Lamartine, Gambetta, Jaurès, Pierre Mendes-France, autant de figures qui ont mené un combat difficile parce qu’elles croyaient à l’autonomie, à la liberté, à la souveraineté du peuple. Autant de figures qui respectaient le peuple, qui considéraient la Nation. La Gauche doit retrouver le chemin du peuple et lui redonner l’espérance !