Félicitations aux organisateurs
du Congrès, aux camarades du Onzième arrondissement et aussi aux équipes de Jean-Marie Alexandre
venus nombreux du Pas de Calais. Félicitations aussi à Georges Sarre pour cette belle réélection.
Avec notre projet adopté à l’unanimité, et je tiens à remercier pour ce texte Jean-Yves Autexier,
nous pouvons désormais regarder vers l’avenir.
Votre Congrès a pris toutes ses décisions régulièrement, à la majorité, conformément à nos statuts.
Une seule observation : votre Congrès, sur proposition de Françoise Dal, et je suis sensible à
sa bonne intention, a souhaité m’inscrire dans les statuts comme Président d’honneur, sans que
j’aie été au préalable consulté. Je remercie Françoise mais cette statufication me paraît pouvoir
attendre le jour de ma mort. Comme je l’avais dit à Georges : « j’ai été désigné à Saint-Pol sur
Mer et cela me suffit. Cette désignation vaut tant que le parti ne me la retire pas et tant que
ne souhaiterais pas évidemment y mettre un terme. Je suis avant tout un militant du MRC : Notre
force collective, chers camarades, vient essentiellement de la cohérence et de l’acuité de notre
ligne politique. C’est cette cohérence et cette acuité qui nous valent de larges sympathies, bien
au-delà de nos rangs, dans le pays tout entier. Cette ligne nous permet de nous situer par rapport
aux évènements du jour.
I - Notre projet dans la crise actuelle
A) Replacer la crise du CPE dans son contexte
Ainsi, la crise du CPE renvoie évidemment à une précarité plus générale, dont les racines plongent
loin dans le passé. Cette précarité ne s’est pas installée par hasard. Aujourd’hui s’exprime l’angoisse
diffuse d’une jeunesse qui sent son avenir se dérober sous elle. En ce sens, elle traduit un sentiment
plus général : celui d’une France qui, dans la mondialisation, se délite, avec un avenir en peau
de chagrin. La crise du CPE porte donc en elle l’exigence d’une réorientation radicale.
La France vit une crise profonde, à la fois sociale et nationale. Depuis quatre ans, elle va de
secousses en secousses et le rythme de ces secousses s’accélère :
Le 21 avril 2002 avait traduit l’exténuation du débat démocratique, la victoire de l’abstention
et des votes extrêmes, par défaut de projet commun permettant de surmonter les contradictions
internes de la gauche plurielle.
Le 29 mai 2005, la France a rejeté à 55 % un projet de « Constitution européenne » libérale, qui
aurait de surcroît signé la fin du peuple français en tant qu’acteur de son histoire.
La crise des banlieues en novembre 2005 a révélé le désespoir des jeunes des cités. La crise du
CPE, en mars 2006, doit donc être reliée à toutes les secousses qui l’ont précédée et d’abord
au sens du vote émis par le peuple français le 29 mai 2005.
Ce « non » majoritaire n’était pas un accident de parcours. Il révélait un profond besoin de changement
que nos élites, désespérément sourdes et aveugles, se refusent à entendre. Depuis un an, ces élites
cherchent essentiellement à culpabiliser ce peuple d’ignares qui décidément ne comprend rien à
l’économie mondialisée. Elles n’imaginent pour lui qu’une précarité toujours accrue, à l’image
du CPE.
Que de gorges chaudes, après le 29 mai, sur le fait qu’il n’y avait pas de plan B ! Mais nos élites
ne veulent surtout pas de « plan B » ! Rappelez-vous ce que je vous avais dit à Vincennes le 9
septembre 2001 : « Les marchés financiers sont pour elles l’horizon de l’histoire humaine. »
Notre tâche historique, la tâche qui incombe aujourd’hui comme hier à une gauche française refondée
dans la République, c’est de montrer qu’il y a un plan B pour la France et pour l’Europe. C’est
de donner un contenu positif au vote du 29 mai 2005. Pour ouvrir la voie d’une alternative républicaine,
il faut impérativement articuler la critique sociale, ou si l’on préfère antilibérale, de la Constitution
européenne et l’exigence démocratique qui est celle de la souveraineté populaire. Là est l’originalité
de notre démarche. On ne fera pas l’Europe sans les peuples et encore moins contre eux. C’est
cela que le MRC doit faire comprendre à ses partenaires de la gauche. Ce n’est pas facile ! Mais
c’est nécessaire !
B) La crise à laquelle nous devons faire est une crise globale.
1. Cette crise est d’abord mondiale.
Elle est celle de ce qu’on appelle « la globalisation » : les firmes multinationales grâce à la
liberté des mouvements de capitaux mettent en concurrence les territoires et les mains d’oeuvre
à l’échelle mondiale. D’où les délocalisations industrielles au profit des pays à très bas coût
de main d’oeuvre. Les privatisations puis la colonisation du capital de nos grandes entreprises
par les fonds de pension et d’investissement anglo-saxons ont abouti à une véritable dictature
des marchés financiers. La théorie de l’acquisition de la valeur par l’actionnaire est devenue
le maître mot de la finance mondialisée, reléguant à l’arrière plan toute considération du long
terme et d’intérêt général sans parler de l’intérêt des salariés, considérés comme produits jetables.
Cette analyse du capitalisme d’aujourd’hui est la base de toute politique réellement alternative
!
Le privilège du dollar donne par ailleurs aux Etat-Unis la possibilité de vivre aux crochets du
reste du monde, au prix d’un endettement abyssal. Mais cette situation est instable. Le dollar
est fragile. L’économie mondiale marche sur la tête. Plus des trois quarts de l’épargne mondiale
sont captés par les Etats-Unis, la puissance la plus riche du monde. C’est le monde à l’envers
! Les inégalités se creusent, socialement et géographiquement. L’Hyperpuissance américaine ne
se soutient que par une fuite en avant dangereuse dans une stratégie de guerre préventive. Elle
s’enlise aujourd’hui, non seulement en Irak mais dans toute la profondeur du monde musulman. Une
nouvelle crise grave au Moyen-orient nous mettrait à la merci d’une envolée encore plus forte
du prix du pétrole et d’une plongée du dollar qui asphyxierait l’économie de la zone euro. Une
réorientation de la politique américaine est, à terme, inévitable. Elle débouchera sur de nouveaux
équilibres à l’échelle du monde. Dans ce monde déjà multipolaire, une Europe indépendante a sa
place.
2. Or, la crise frappe aujourd’hui particulièrement l’Europe.
Le vieillissement de sa population, le coût plus élevé du travail, le niveau de sa protection
sociale, l’ouverture incontrôlée de son marché, la surévaluation de l’euro, l’absence d’un gouvernement
économique enfin, face à la Banque Centrale indépendante, tout contribue à enfoncer la zone euro
dans une stagnation de longue durée. L’Europe se désindustrialise. Nos groupes sont à la merci
d’OPA sauvages. La compétitivité de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie et plus encore
de l’Espagne dont le déficit commercial représente neuf points de PIB, est gravement entamée.
Celle de l’Allemagne, premier exportateur mondial, avec un excédent de 160 Milliards d’euros ne
se soutient que par un freinage salarial qui retentit sur la demande interne. L’Allemagne compte
plus de cinq millions de chômeurs. Et le tour de vis que s’apprête à donner la grande coalition
CDU-CSU-SPD de Mme Merkel avec le relèvement de deux points de la TVA et d’autres hausses d’impôts
supplémentaires, plombera encore plus la conjoncture européenne en 2007. C’est cette politique
que nous allons rencontrer sur notre route. Mais cette crise européenne nous donne aussi la chance
d’un rebond et d’une réorientation de fond.
3. De tous les pays européens c’est la France qui traverse la crise la
plus profonde, une crise à la fois sociale et nationale.
Car la France, comme le relevait déjà Marx au XIXe siècle, est « la nation politique par excellence
». D’où l’extraordinaire campagne faite pour saper l’idée qu’elle se fait d’elle-même et la faire
douter de son avenir. Mais c’est aussi pour cela que le sursaut salvateur peut d’abord se manifester
dans notre pays. Le réveil du citoyen est le seul recours contre le triomphe du « tout fric ».
C) L’alternative républicaine se construira d’abord en France.
La France ne manque pas d’atouts et d’abord la qualité de son peuple. Le peuple français se définit
comme un peuple de citoyens, sans distinction d’origine ou de religion. C’est ce qui fait sa force
et sa grandeur, héritage de la Révolution de 1789, toujours actuelle même si ses idéaux ne sont
pas portés par le vent de la globalisation libérale !
Non, il n’est pas vrai que le modèle républicain soit ringard ! Ceux qui le prétendent sont souvent
ceux qui l’ont mis en panne. La France ne se reconnaît pas dans l’addition des communautarismes
que M. Sarkozy cherche à s’attacher. Disons les choses clairement : notre conception de la nation
n’a rien à voir avec la conception ethnique avec laquelle les tenants de la mondialisation libérale
veulent la confondre. Notre conception, c’est celle de la nation républicaine, définie comme communauté
de citoyens, ouverte au monde, dont nous avons besoin à l’intérieur pour remettre en marche le
modèle républicain. La République c’est d’abord en France qu’il faut la faire vivre ! L’idée d’égalité
n’a rien de désuet. Elle peut être immensément mobilisatrice, dès lors que nous saurons rompre
avec le différencialisme, de droite ou de gauche, qui, sous prétexte d’exalter les différences,
ne fait bien souvent que consacrer la différence des droits ! On ne doit pas admettre l’idée d’une
citoyenneté de résidence. La citoyenneté est évidemment liée à la nation. Mais on peut peut-être
admettre qu’à titre propédeutique des étrangers installés depuis longtemps et bénéficiant d’une
carte de résident de dix ans puissent participer à des élections municipales. Puisqu’on l’a admis
pour les étrangers communautaires, on peut l’accepter au moins pour ceux qui sont originaires
des pays de l’ex Communauté, héritière de l’Union française et plus généralement pour les étrangers
extra communautaires.
Mais la question se pose, si nous ne voulons pas mettre le doigt dans un engrenage, sachant très
bien où d’autres, comme les Verts, veulent nous emmener. Michel Joblot a eu raison de soulever
ce problème qui pourrait figurer à l’ordre du jour d’une Convention Nationale. C’est la valeur
d’égalité indissociable de la citoyenneté qui est motrice, pour l’accès à l’emploi et au logement,
pour refonder l’Ecole républicaine, pour garantir et moderniser le service public et la protection
sociale.
De la nation républicaine, nous avons aussi besoin vis-à-vis de l’extérieur pour défendre les
droits légitimes du peuple français et pour faire avancer une conception progressiste de l’Europe
et du monde.
C’est dans ce contexte qu’il faut analyser le débat sur le patriotisme économique. Les firmes
multinationales ont-elles perdu toute nationalité ? La localisation du siège social n’a-t-elle
plus d’importance ? Evidemment non ! Nous devons donc rétablir un lien entre les entreprises et
les territoires.
J’ai été un des rares à condamner la vente de Péchiney à Alcan ou des Chantiers de l’Atlantique
à Aker Yards. On se souvient de « l’entreprise sans usines » de M. Tchuruk, le PDG d’Alcatel,
qui veut aujourd’hui fusionner avec l’américain Lucent. Qui s’en inquiète pour l’avenir de nos
technologies ? Où est le patriotisme économique là-dedans ? Je suis bien payé pour savoir ce qu’a
signifié le rachat d’ABB par Alstom, des milliards de pertes et des milliers de licenciements,
et l’exigence de M. Monti, Commissaire européen à la concurrence, de fermer le site de Belfort.
Si l’on prend le domaine de l’énergie : il n’y a pas de politique européenne de l’énergie. L’Europe
a seulement exigé l’ouverture à la concurrence et la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité.
Elle ne s’est pas préoccupée de la sécurité des approvisionnements. Celle-ci, étant donné la dépendance
extérieure de l’Europe, ne peut être assurée que par de puissants acteurs énergétiques. Mais cela
ne signifie pas que Gaz de France doive abandonner son identité ni les gaziers leur statut.
De même, je regrette que l’Etat se soit défait de toute participation au sein du capital d’Usinor,
devenue une entreprise soi-disant européenne, en fait luxembourgeoise. ARCELOR, aujourd’hui à
la merci d’une OPA de Mittal Steel dont le capital est détenu à 88 % par la famille Mittal, donc
insusceptible d’être rachetée par quiconque. Les contribuables français ont mis 200 Milliards
de francs pour assurer l’avenir d’une sidérurgie nationale. Nous ne pouvons accepter que, par
un tour de passe-passe, et au nom d’une idée dévoyée de l’Europe, cette entreprise puisse échapper
à un certain contrôle économique de la collectivité. Assez d’hypocrisie ! La liberté des capitaux
ne prime pas toutes les autres.
Nous n’entendons pas être soumis au diktat des marchés financiers. Nous voulons que l’Etat conserve
un certain contrôle des grandes entreprises.
Le peuple français, le 29 mai 2005, n’a pas refusé l’Europe mais il veut une Europe avec les peuples
et pas contre eux, une Europe qui s’appuie sur les nations et cesse de prétendre les noyer dans
l’océan des marchés financiers mondialisés. L’alternative républicaine c’est aussi cela, c’est
redresser l’Europe en s’appuyant sur les peuples ! Sur la souveraineté des peuples contre la suzeraineté
du Capital ! Et pour cela, il faut d’abord s’appuyer sur la France, sur la France républicaine,
sur un peuple de citoyens, enfin « mis dans la confidence », selon l’expression de Marc Bloch.
La France ne vas pas disparaître. Elle reste et doit rester, comme je vous l’avais dit à Vincennes,
« une grande nation politique ». C’est ainsi que le monde la regarde encore et un gouvernement
de gauche devra la faire respecter. La France n’est d’ailleurs jamais aussi grande que lorsqu’elle
parle le langage de la démocratie.
Ce sera difficile parce que nous nous heurterons à de puissants intérêts. Sachons donc préserver
les attributs qui sont ceux de la France comme membre permanent du Conseil de Sécurité, avec les
responsabilités mondiales que cela implique, avec une diplomatie et une défense indépendantes,
ce qui signifie une dissuasion maintenue et modernisée. C’est de cette manière aussi que nous
pourrons peser dans le nécessaire redressement de la construction européenne, car l’équilibre
de l’Europe, pour quiconque y a un peu réfléchi, passe par une relation franco-allemande équilibrée.
L’Allemagne et la France ont chacune leurs points forts. Ce ne sont pas les mêmes.
D) Réorienter l’Europe.
Le peuple français a rejeté le projet de Constitution européenne le 29 mai 2005. Pour des raisons
de forme et pour des raisons de fond. Nous n’accepterons pas qu’on veuille faire rentrer par la
fenêtre ce qui a été sorti par la grande porte du suffrage universel. La priorité n’est pas institutionnelle.
Elle est clairement économique et sociale. Mais comment l’Europe à 27 ou à 28, voire à 30, pourrait-elle
être le levier d’une action conséquente dans la durée ?
Il faut rompre avec les chimères d’un fédéralisme purement rhétorique. Comme l’ont écrit justement
Hubert Védrine et Henri Nallet, « Le 29 mai 2005 s’est exprimé le refus d’admettre que ce qui
fait l’identité de la nation soit devenu illégitime, sous prétexte que l’intégration supranationale,
supposée conforme au sens de l’Histoire, postule l’effacement des nations. »
Hubert Védrine ajoutait que les socialistes devraient être plus conséquents avec eux-mêmes, en
ne demandant pas des transferts de souveraineté qui les rendraient minoritaires sur presque tout.
Il faut changer de méthode : partir de la volonté des peuples, rejeter fermement les dérives libérales,
avancer au contraire sur des projets concrets, avec ceux qui s’y prêtent, dans la recherche, la
politique industrielle, les transports, l’énergie si possible, les industries de défense, l’aéronautique
et l’espace.
Mais ce que nous devons privilégier avant tout c’est la mise sur pied d’un gouvernement économique
de la zone euro procédant du débat démocratique. L’Eurogroupe doit être doté de compétences précises
: coordination budgétaire, convergence en matière fiscale et sociale, harmonisation par le haut
et enfin politique monétaire. La réforme des statuts de la Banque Centrale européenne doit être
préparée par un groupe de travail de haut niveau mis en place par les Chefs d’Etats des douze
pays de la zone euro.
Il s’agit de lui donner clairement comme objectif la croissance économique et l’emploi. Je propose
également que la Banque Centrale soit habilitée à émettre des euros sur le marché pour empêcher
une appréciation excessive de l’euro, ce qu’aujourd’hui elle ne peut faire. Je suggère aussi qu’elle
puisse monétiser certaines catégories de dettes répondant à un intérêt communautaire, ce que ses
statuts actuels lui interdisent. Il est nécessaire de préparer dès aujourd’hui cette réforme sans
laquelle le fardeau de la dette publique ne pourra pas être allégé. Ainsi seulement nous pourrons
lancer une grande initiative européenne de croissance, au service de l’emploi !
D’autres réformes peuvent être engagées à l’occasion d’une relance vigoureuse de l’Europe : institution
d’un impôt européen par l’adjonction d’un pourcentage supplémentaire de TVA. Ainsi pourront être
financés de grands projets d’intérêt communautaire dans le domaine des grandes infrastructures
de transport, de l’énergie, de la recherche, de l’espace, là où l’Europe doit s’affirmer.
Je suggère enfin que prévale l’idée d’une préférence européenne dans le domaine des normes et
que l’Europe introduise à l’OMC des clauses sociale et environnementale dans les règles du libre
commerce international.
La géométrie variable est nécessaire pour construire un acteur stratégique européen et pour que
nous puissions peser dans les grands équilibres du XXIe siècle.
Je voudrais insister sur l’aspect essentiel de la relation franco-allemande. Nos deux pays sont
la vraie charnière de l’Europe. Leurs modèles sont différents mais nos intérêts stratégiques ne
peuvent pas être dissociés, à peine de courir à nouveau au devant d’immenses malheurs.
L’Allemagne, industriellement, pèse presque deux fois la France même si le rapport des PNB est
de deux à trois. Nos possibilités de coopération industrielle souffrent inévitablement de ce déséquilibre,
je pense aux rapports d’Alstom et de Siemens sur lesquels nous nous devons d’être vigilants. Mais
il y a tout à faire par ailleurs : dans la recherche, les biotechnologies, l’informatique, l’aérospatiale
!
N’oublions pas cependant que l’Allemagne de Mme Merkel ne remet nullement en cause les règles
de la globalisation, ni celles du libre-échange planétaire, ni, contrairement à celle de M. Schröder,
la domination de l’Hyperpuissance américaine. Sans doute le peuple allemand a-t-il voté à 51 %
pour la gauche en 2005, mais ce n’est pas un gouvernement de gauche qui siège aujourd’hui à Berlin.
Ce qui se passera en Allemagne sera décisif pour notre propre destin. L’économie allemande est
à la merci d’un retournement de la conjoncture mondiale. Avec cinq millions de chômeurs, l’Allemagne
peut être tentée de regarder ce qui peut être fait pour redynamiser la demande intérieure en Allemagne
et en Europe. C’est là la chance d’une réorientation profonde de toute la construction européenne.
Mais pour cela encore faut-il qu’il y ait une France rassemblée sur la République, sûre de ses
valeurs et de son projet.
C’est cela l’alternative républicaine que nous devons construire pour la France et pour l’Europe
! Pouvons-nous créer la dynamique conquérante qui fera bouger les lignes, dans la gauche puis
dans le pays tout entier ?
II - Quelle stratégie en France même dans la période actuelle ?
A) Soyons réalistes : le PS, en 2006, est encore loin d’avoir tiré les
leçons du 21 avril 2002.
Rappelons le, le 21 avril n’a pas résulté de la pluralité des candidats à gauche mais de la juxtaposition
de projets contradictoires au sein de la gauche plurielle qu’aucune confrontation loyale n’avait
permis de dépasser au préalable.
Sur l’Europe, et particulièrement la Constitution européenne, sur la République, sur la Corse.
Au Proche et Moyen-Orient comme dans les Balkans, notre politique étrangère était à la traîne
de la politique américaine.
Sur la mondialisation libérale, les privatisations, la politique industrielle, le volontarisme
s’opposait à la résignation ; « L’Etat ne peut pas tout » signifiait « L’Etat n’en pouvait mais
».
Sur l’Ecole, sur la laïcité, sur les politiques de lutte contre l’insécurité, le rapport entre
prévention et sanction, sur la délinquance des mineurs, sur la justice, le flottement était devenu
la règle.
Comment faire pour que demain il puisse en aller autrement ?
Tous ces débats auraient pu s’ouvrir pendant les cinq années où la gauche s’est trouvée rejetée
dans l’opposition. La direction du Parti socialiste a tout fait pour l’éviter. Au contraire, le
couvercle a été soigneusement refermé dès le Congrès de Dijon.
L’avenir de la gauche a été sacrifié à la préservation du prétendu « bon bilan » du gouvernement
sortant et à la sauvegarde de la ligne social-libérale et européiste qui l’avait inspiré.
Pour préserver la solidarité de la tribu socialiste, il fallait trouver un bouc émissaire à l’échec
de son candidat. J’en ai pris pour mon grade. Ce que nous ont reproché en fait les sociaux-libéraux,
et c’est notre plus grand tort, c’est d’avoir eu raison trop tôt sur presque tous les sujets :
sur l’Europe, sur la République, sur la nation, sur la Corse, sur le refus des communautarismes,
sur la laïcité, sur l’Ecole et l’insécurité, sur la politique industrielle, sur l’Irak, sur l’impasse
où nous ont conduits le tournant libéral et la soumission progressive à la dictature des marchés
financiers.
Effectivement, cette prescience est impardonnable et nous méritions cent fois d’être fusillés
!
Depuis le 21 avril 2002, un fait majeur est cependant intervenu qui trouble cet irénisme ; un
coup de tonnerre a éclaté dans le ciel bleu des connivences : le 29 mai 2005, le peuple français
a dit « non » à 55 % au projet de Constitution européenne et à la coalition des bien pensants
qui vantaient la compatibilité du « oui de droite » et du « oui de gauche ». C’est le peuple qui
a dit « non » dans ses profondeurs.
Au sein du parti socialiste, on s’est efforcé de revisser le couvercle. Ce fut la synthèse du
Mans qui dit tout et son contraire, prend acte du 29 mai mais laisse entendre qu’un « nouveau
processus constituant » pourrait s’enclencher. Il faut qu’il soit clair que nous ne l’accepterons
pas !
Bref le parti socialiste n’est, aujourd’hui, guère avancé dans l’exercice d’une critique nécessaire
pour que la gauche, revenue aux affaires, n’aille pas au-devant de nouvelles déconvenues. C’est
cela qui nous préoccupe car nous voulons mettre la gauche à la hauteur des défis que notre pays
devra affronter.
D’abord s’impose une constatation sur la nature du capitalisme financier qui aujourd’hui domine
le monde. Dans son discours de Créteil, le 12 mars dernier, Laurent Fabius l’analyse avec clarté,
je cite : « Le capitalisme industriel a cédé la place à un hypercapitalisme financier et mondialisé.
Sans idéaliser le passé, ont été balayés les compromis des trente glorieuses entre le travail
et le capital, entre le manager, le salarié et l’actionnaire, entre les entreprises et l’Etat.
La recherche du profit maximum à court terme domine tout, lamine tout ... La précarité n’est plus
aux marges du système. Elle est en con coeur. Si la gauche ne dénonce pas cette réalité, si elle
ne la change pas, qui le fera ? » Excellente question !
L’ennui est que dans le premier document issu de la Commission Nationale du Projet du parti socialiste,
en date du 11 mars 2006, on ne trouve absolument pas trace de cette analyse. Tout au plus les
rédacteurs se livrent-ils à un commentaire de la conjoncture molle et dégradée qui nous sera léguée
par la droite.
Aucune réflexion sur les structures du capital, sur le renforcement des fonds propres, sur une
nouvelle conception de l’entreprise remettant les actionnaires à leur place et faisant la leur
aux salariés et aux collectivités responsables du long terme, rien sur l’intervention publique,
le nécessaire rétablissement du Commissariat général au Plan, et des grands intermédiaires financiers
publics, rien sur la politique industrielle, y compris dans sa dimension européenne.
Tout au plus un programme gestionnaire reposant sur l’idée qu’il suffirait en 2007, comme en 1997,
de « rétablir la confiance pour relancer les ressorts internes de la croissance et réduire les
déficits » (je cite).
A près d’un an de l’élection présidentielle de 2007, il faut absolument faire de l’alternance
une véritable alternative, refuser le retour du pareil au même, l’effet essuie-glaces qui depuis
plusieurs décennies chasse les gouvernements sortants et ramène les faillis de la veille.
Pour cela, il faut rendre confiance à la France. Pour aller loin, il faut faire confiance au peuple.
Soyons clairs : la situation à gauche est difficile parce que la direction du parti socialiste,
certes ébranlée par le « non » massif du 29 mai, n’a pas, me semble-t-il, changé de cap. Le social-libéralisme
reste son horizon. Coupée de l’électorat populaire qui a voté massivement « non », elle compte
uniquement sur le rejet de la droite pour revenir aux affaires. Le combat contre le CPE lui sert
de feuille de vigne. Je ne sache pas que le PS ait à ce jour élaboré un projet réellement alternatif
ni sur l’emploi des jeunes ni sur une réorientation globale de notre politique. La synthèse du
Mans, contradictoire et molle, montre que le parti socialiste est loin d’avoir pris la mesure
des enjeux et des défis que le pays doit relever.
Dès 2007, un rapport des forces s’établira avec le gouvernement de Mme Merkel. Celle-ci n’a pas
caché qu’elle entend bien faire avaliser à nouveau le projet de « Constitution européenne », et
la direction du parti socialiste s’est déjà résolue à lui donner gain de cause. Passons sur l’étrange
surdité qui met le processus institutionnel avant l’évidente priorité de la réorientation économique
et sociale de la construction européenne. C’est évidemment le contraire de ce que le peuple français
a voulu signifier le 29 mai. Et c’est courir au-devant de secousses toujours plus graves que de
vouloir faire entrer à nouveau le peuple français dans le carcan d’une « Constitution européenne
».
Je mets en garde ceux qui prétendraient se contenter d’une approbation parlementaire ou encore
voudraient détourner aux mêmes fins les élections européennes de 2009.
B) Nos convergences possibles avec Laurent Fabius.
Au sein du parti socialiste, un seul candidat se détache parmi les tenants du « non » : c’est
Laurent Fabius. Lui seul a l’expérience de l’Etat qui rende crédible sa candidature à la présidence
de la République. Sur le fond, je crois injuste de taxer Laurent Fabius d’insincérité. Sa réflexion
et son expérience comme ministre de l’Economie et des Finances l’ont amené à une analyse du capitalisme
financier très proche de la nôtre.
Nous n’avons pas été d’accord sur tout dans le passé, loin de là : nous nous sommes séparés en
1983 sur l’importance qu’il convenait de donner à ce que Lionel Jospin appelait alors « la parenthèse
libérale ». Surtout, Laurent Fabius a soutenu le traité de Maastricht, alors que nous le combattions
et, on le voit bien aujourd’hui, à juste titre : les statut de la Banque centrale européenne figuraient
déjà dans le traité de Maastricht. Laurent Fabius a changé et il a changé, je le crois, de bonne
foi. Il a constaté que l’élargissement de l’Europe aux Peco, décidé dans son principe dès mai
1993 au sommet de Copenhague, sous le gouvernement Balladur, périmait l’idée d’un approfondissement
de type fédéral au sein de l’Europe à Douze, à mon sens illusoire dès l’adhésion de la Grande-Bretagne
en 1972, à supposer que ce dessein ait jamais eu une réalité. Mais Laurent Fabius, comme François
Mitterrand, a pu croire l’inverse jusqu’en 1993. Ensuite, il s’est aperçu que les concessions
qu’avaient faites à Helmut Kohl François Mitterrand pour obtenir la monnaie unique en 1991 - indépendance
de la Banque centrale, avec pour seule vocation la préservation de la valeur de la monnaie, absence
d’un gouvernement économique qui eût pu rééquilibrer en faveur de la croissance et de l’emploi
l’omnipotence des banquiers centraux - étaient des concessions irréversibles qui ramenaient l’Europe
tout entière à un capitalisme d’avant 1914. Cela, je le crois, Laurent Fabius l’a compris en profondeur
et par expérience et c’est ce qui explique, beaucoup plus que des arrière-pensées tacticiennes,
le choix courageux qu’il a fait, en prenant position, fin 2004, contre un projet de Constitution
européenne qui aurait avalisé l’ancrage définitif de l’Europe dans un libéralisme dogmatique,
profondément contraire aux intérêts du monde du travail et de l’Europe elle-même. Sans doute Laurent
Fabius veut-il aujourd’hui « dépasser le non », en s’adressant aussi aux partisans du « oui »
qui déclarent vouloir une « Europe sociale »
C) Ce qui nous sépare du Parti Socialiste : la conception républicaine
de la nation.
Le problème se pose de savoir si les partisans du « oui » au sein du parti socialiste ont réellement
pris acte de la volonté que le peuple français a exprimée le 29 mai 2005 et s’ils ont dépassé
la contradiction ancienne entre leurs intentions sociales proclamées et leur ralliement de fait
au libéralisme dominant.
Beaucoup croient encore qu’une Europe plus fédérale pourrait être une Europe plus sociale. Même
certains partisans du « non » comme Henri Emmanuelli ou Vincent Peillon cultivent volontiers le
mythe d’une République européenne socialiste, dont ils ne voient pas qu’elle est une chimère,
parce qu’en Europe, il n’existe pas un peuple européen mais trente peuples et cela à l’horizon
historique prévisible. Aucun de ces peuples n’est prêt à disparaître, en faisant le grand saut
dans un nirvana socialiste sans rivage.
Dans leur ensemble, les socialistes qui ont dit « non » l’ont fait par antilibéralisme, mais peu
ont compris le sens du « non républicain », le nôtre, qui articule la critique sociale antilibérale
et l’exigence démocratique, indissociable de la souveraineté populaire. Entre eux et nous, reste
donc posé le problème de la nation, dont très souvent ils n’ont pas une idée claire. Ils confondent
fréquemment la nation républicaine, communauté de citoyens, et la nation ethnique qui - ai-je
besoin de le dire ? - n’a jamais été et ne sera jamais notre conception. Nous n’avons jamais abandonné
la France à Le Pen. La plupart des socialistes n’ont pas lu Renan et sa célèbre conférence de
1882 : « Qu’est-ce qu’une nation ? » où il définit la nation comme un « principe spirituel »,
« héritage de souvenirs communs et de valeurs qu’un peuple entend faire fructifier indivis ».
Renan ajoute finement qu’aucune nation ne peut vivre sans une part d’oubli, ce qui devrait nous
inciter à relativiser les guerres imbéciles de mémoires que cherchent à allumer les divers communautarismes
à la mode. Ces différences de conception entre les socialistes et nous sont bien réelles. Sont-elles
pour autant insurmontables ? Je ne le crois pas, si chacun veut bien faire preuve d’un peu de
réalisme. On ne peut pas passer les peuples par pertes et profits et les socialistes les plus
conséquents méditeront cette forte pensée de Jaurès « Un peu d’internationalisme éloigne de la
patrie. Beaucoup y ramène. » Nous-mêmes sommes partisans d’une Confédération européenne. Nous
sommes pour une Europe des peuples.
A nos yeux la souveraineté populaire n’exclut pas des délégations de compétences, dès lors qu’elles
sont politiquement ciblées, qu’elles restent démocratiquement contrôlées et demeurent enfin, en
dernier ressort, révocables. Ces trois conditions n’empêchent donc nullement d’avancer vers des
délégations de compétences à un gouvernement économique de la zone euro. L’eurogroupe pourrait
ainsi recevoir des compétences précises en matière de coordination budgétaire, de politique monétaire
et de convergence sociale et fiscale, dès lors qu’il s’agirait de promouvoir en ces domaines une
harmonisation par le haut et non pas par le bas. Il faudrait bien entendu réformer parallèlement
les statuts de la Banque Centrale européenne.
D) Une synthèse praticable.
Laurent Fabius a préconisé l’Europe des trois cercles : la zone euro d’abord, « l’Europe élargie
» ensuite, « l’Europe associée » enfin. Nous pensons également qu’il faut faciliter les coopérations
renforcées, promouvoir l’Europe à géométrie variable, en avançant sur des projets concrets avec
ceux qui le veulent. Bref, faire l’Europe avec les peuples et faire une Europe qu’ils puissent
aimer et non pas l’Europe rébarbative de la directive Bolkestein ou de la directive sur l’allongement
rendu possible à 65 heures par semaine de la durée du travail. Il me semble que sur la priorité
d’abord économique et sociale du redressement de la construction européenne, une convergence puisse
se manifester.
La priorité, ce n’est pas « la Constitution » et ce n’est pas non plus le volet institutionnel.
L’Europe marche au consensus et le traité de Nice ne mérite pas d’être voué aux gémonies, comme
il l’est surtout par ceux qui l’ont signé. Nous pourrions accepter un petit traité institutionnel,
par exemple pour donner un président plus durable au Conseil européen - deux ans et demi renouvelable
- mais en aucun cas un ministre européen des Affaires Etrangères qui dans l’Europe à vingt-sept
serait presque inévitablement un féal de Washington. Nous voulons que la France garde une diplomatie
et une défense indépendantes, parce qu’il n’y aura pas de réorientation de la construction européenne
sans cela. La France doit donc rester une grande puissance politique et il faut pour cela que
la gauche le veuille.
Ce serait une grave erreur de croire que notre position européenne pourrait être maintenue si
nous abandonnions notre posture mondiale. L’Europe est ainsi faite qu’elle dépend d’une relation
franco-allemande équilibrée. Cet équilibre n’existe pas sur tout. Mais la France a des points
forts qu’elle ne doit pas abandonner, dans l’intérêt de l’Europe elle-même.
La République française est le levier indispensable du redressement de la construction européenne.
Pour connaître Laurent Fabius depuis trente-deux ans, je ne mets pas en doute la fermeté de ses
convictions. Laurent Fabius est un républicain. Qu’un même logiciel républicain et des convictions
laïques solidement ancrées nous rapprochent, c’est l’évidence. Cela ne fait pas disparaître les
différences, mais ces différences elles-mêmes, si elles sont exprimées loyalement, peuvent être
une source d’enrichissement mutuel.
Certes il est trop tôt pour arrêter la position du Mouvement Républicain et Citoyen en vue de
l’élection présidentielle, mais il me semble que nous devons appuyer avec sympathie la démarche
qui est celle de Laurent Fabius. Les autres candidats potentiels ont tous été partisans du « oui
». Ils ne sont pas condamnés pour autant à brûler en enfer. Mais aucun, à ce jour, n’a pris clairement
ses distances avec l’orientation social-libérale majoritaire qui a conduit hier la gauche plurielle
à l’échec et qui exposerait demain un candidat de la gauche et la France avec lui à de nouvelles
déconvenues, s’il se retrouvait propulsé aux affaires par le seul effet de l’essuie-glaces.
Rien n’est plus important aujourd’hui que de créer une nouvelle dynamique, pas seulement au sein
du parti socialiste, mais dans la gauche tout entière, et dans le pays, à travers un mouvement
populaire qui s’affirme aujourd’hui contre le CPE mais qui vient de beaucoup plus loin, qui porte
une revendication autrement plus large, et dont la force un jour sera irrésistible pour sommer
la gauche de répondre enfin à l’attente de notre peuple. C’est cette dynamique de la gauche et
des forces de progrès rassemblées qu’il faut développer et surtout « conscientiser ». Nous ne
pouvons pas le faire seuls. La responsabilité en incombe aussi à Laurent Fabius, s’il croit en
son destin. Elle incombe également à tous les socialistes du « non » qui doivent dépasser les
rancoeurs, les méfiances et les querelles de chapelle, s’ils veulent bâtir quelque chose de grand.
Cette responsabilité est aussi celle des communistes qui n’ont rien à gagner à s’isoler en recherchant
d’improbables convergences avec les mouvements qui ne veulent surtout pas prendre la responsabilité
d’être au gouvernement de la France. Cette responsabilité est enfin celle de citoyens et d’associations
qui doivent aller à l’essentiel. C’est difficile. Je le comprends. Je souhaite les y aider, pour
autant que je le pourrai, bien évidemment. Tous ensemble nous devons agir sur le coeur de la cible,
plutôt que de privilégier les démarches groupusculaires ou velléitaires. Aussi bien il y aura
un après 2007 et nous aurons peut-être quelque chose à inventer ensemble.
Bien sûr, Laurent Fabius n’est pas encore désigné par le parti socialiste. A défaut de primaires
à l’italienne et s’il devait en être autrement, il faudrait nous déterminer d’ici le mois de décembre,
comme l’indique notre texte d’orientation. Nous aurons alors à faire un choix global :
Ou bien un accord apparaîtra possible sur un choix politique qui préserve l’avenir. Ou bien nous
serions en présence d’un simulacre, d’une élection présidentielle réduite à un petit théâtre de
marionnettes, entièrement déconnecté des enjeux de fond. Nous devrions alors offrir, même à terme,
la perspective d’une solution républicaine à la crise que le pays traverse. Croyez bien, puisque
certains d’entre vous me demandent d’être candidat, que je mesure la difficulté sous tous ses
aspects. Je ne sous-estime évidemment pas l’élan que peut donner notre parti. Beaucoup dépendra
surtout de la configuration politique qui apparaîtra à la fin de cette année.
Vous le savez bien : si je devais à nouveau être candidat, je le serais par devoir, par rapport
à une certaine idée que je me fais de l’avenir de notre pays. Je veux remercier ceux qui ont entrepris
de m’y aider.
Qu’il soit clair que ma décision aujourd’hui n’est pas prise. Je ne la prendrai qu’à la fin de
l’année, en connaissance de cause, avec en dernier ressort, le seul souci de l’intérêt du pays.
La seule chose que je puisse vous garantir c’est que, dans cette hypothèse, ce ne serait pas un
baroud d’honneur. La campagne serait brève, mais elle serait intense. J’y engagerais toutes mes
forces, en me tournant vers les un million cinq cent vingt-quatre mille citoyens qui m’ont fait
confiance en 2002, mais aussi vers tous les autres pour leur redire ma conviction : il n’y a pas
d’autre issue à la crise que le pays traverse qu’une République remise en mouvement, car, comme
hier à Vincennes, je vous le répète aujourd’hui : la République sera toujours la force de la France
!