MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
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Allocution de GEORGES SARRE, premier secrétaire du MRC
Présentation du secrétariat
national à la presse
mercredi 15
décembre 2004
Mesdames, Messieurs,
C'est un plaisir pour moi de vous présenter la nouvelle direction nationale du M.R.C.. Cette équipe
a été élue au congrès de Paris pour accomplir une mission : construire un parti en participant au débat
d'idées, à la vie politique, aux élections. Cela passe par des stages de formation, la publication d'un
journal, une revue trimestrielle, par des campagnes d'adhésions et un travail militant pensé et méthodique.
Cela passe par une bonne organisation et une action soutenue, en particulier en direction du monde du
travail.
C'est le défi que nous nous sommes promis de relever ensemble, avec cette équipe, rajeunie, féminisée,
et tous les militants du M.R.C.
Le M.R.C. a tenu bon face à l'offensive lancée contre nous depuis le 21 avril 2002. La tentative d'éradication
a échoué. A nous de repartir du bon pied. Il nous faut désormais saisir les chances qui s'offrent à
nous dans le nouveau contexte politique qui apparaît.
***
Le résultat du référendum socialiste, certes donne la victoire au " oui ", mais on oublie trop souvent
de parler des 41.2 % de " non ". Ce résultat modifie d'autant plus le contexte politique que ces " non
" émanent d'un camp qui, les autres fois, se prononçait en faveur de l'intégration européenne.
Le " non " de Laurent Fabius, de Manuel Valls, de Henri Emmanuelli, de Arnaud Montebourg et Vincent
Peillon a permis d'ouvrir une brèche.
***
Cette brèche dans le mythe européïste, les euro-béats tentent de la camoufler. Si bien qu'on peut s'interroger
: le peuple va-t-il seulement pouvoir voter librement ?
Car beaucoup de choses sont entreprises pour empêcher les partisans du " non " de s'exprimer.
Souvenez-vous, en 1992, pour le référendum sur le traité de Maastricht, le RPR, pourtant souvent qualifié,
à juste titre, de parti de " godillots " avait autorisé les partisans du " non " à faire campagne selon
leur inclination, alors que la majorité de ce parti, sous la direction de Jacques Chirac, se prononçait
pour le " oui ". Bien plus, la direction du RPR allouait une somme d'argent significative aux minoritaires.
Chacun a en mémoire le débat télévisé entre Philippe Séguin et François Mitterrand. François Hollande
aujourd'hui, s'apprête, lui, à traiter le P.S. comme un parti de " super-godillots ", encore plus rigide
que l'ex R.P.R. !
En ordonnant : " silence dans les rangs, je ne veux voir qu'une seule tête ", François Hollande montre
qu'il n'a pas compris le message du 21 avril. S'il l'avait compris, il devrait être inquiet : car après
le vote interne du 1er décembre dernier, il a reçu les félicitations de Jacques Chirac et de l'UMP.
Je pense que François Hollande connaît cet aphorisme, plein de sagesse, qu'aimait à répéter le vieux
dirigeant social-démocrate allemand Auguste Bebel : " Quand je reçois les félicitations de mes adversaires,
je me demande toujours quelle bêtise j'ai bien pu commettre. " François Hollande n'a toujours pas saisi
que le 21 avril, l'électorat de gauche l'avait massivement déserté parce que son candidat, en tant que
Premier ministre, avait conduit la politique libérale imposée par l'Europe.
Quant aux autres voix de gauche, hors du P.S., auront-elles les moyens de se faire entendre ?
Ce serait la moindre des choses. C'est dommage de devoir le rappeler, mais je dois redire une évidence
: la démocratie, c'est d'abord le pluralisme, qui permet d'éclaircir le suffrage universel par la confrontation
des diverses convictions.
Le référendum lui-même n'aura de sens que s'il est précédé d'un véritable débat. On peut craindre cependant
que ce débat n'ait pas lieu.
On peut craindre que l'application de règles inadaptées réserve, quasiment exclusivement, le temps de
parole dans les médias audiovisuels aux seuls partisans du " oui " : UMP, PS et UDF, s'attribuant la
part du lion, laissant au PC sa portion congrue, et jetant quelques miettes à toutes les autres formations.
A cet égard, je tiens à saluer la récente initiative de Pierre Mazaud, qui a demandé que l'Etat s'engage
dans une action d'information sur le traité constitutionnel et non dans une opération visant à favoriser
le " oui ".
C'est toute la question. A cet égard, nous prendrons différentes initiatives : pour commencer, nous
demanderons audience au Premier ministre et au Président de la République, pour rechercher des conditions
réellement favorables au débat démocratique.
Si des mesures n'étaient pas prises rapidement pour résoudre ces problèmes, ce référendum perdrait beaucoup
de son intérêt et même de sa légitimité. Paradoxalement, dans une Europe qui exige, en économie, jusqu'à
l'application absurde et ravageuse du dogme de la " concurrence libre et non faussée ", le débat souffrirait,
en politique, d'un quasi monopole de l'expression accordé à un camp !
Si un véritable pluralisme s'avérait impossible lors du débat référendaire, la constitution de la République
elle-même serait violée, au moins dans son esprit. Car son article 4 stipule que " les partis concourent
à l'expression du suffrage ". Ils ne disposent d'aucun monopole. Dans une procédure référendaire, ils
n'interviennent que pour éclairer le choix du citoyen.
Il appartient donc au Président de la République, gardien de nos institutions, de proposer dans les
meilleurs délais les mesures nécessaires pour que le débat démocratique puisse s'engager. Au gouvernement
ensuite de prendre les dispositions qui s'imposent (y compris législatives).
***
Alors, nous demandons les moyens de nous exprimer, et nous irons aussi les chercher. Mais pour dire
quoi, et d'abord à qui ?
Nous nous adressons à tous mais nous ambitionnons de mobiliser avant tout les électrices et les électeurs
qui depuis plusieurs années désertent les urnes.
Les Français doivent ouvrir grands leurs yeux et leurs oreilles.
Et d'abord, nous demandons un bilan de la construction européenne, engagée depuis le traité de Rome.
Et ce bilan ne manquera pas de faire ressortir :
1- l'affaiblissement de l'Etat qui ne peut plus répondre aux attentes des citoyens, politiquement, économiquement,
socialement, diplomatiquement ;
2- la désindustrialisation et les délocalisations dues à l'absence de toute politique ou d'effort en
faveur de la recherche ;
3- le marasme économique et le chômage ;
4- la montée de la pauvreté et de l'exclusion ;
5- le renchérissement du coût de la vie ;
6- l'irresponsable et coûteuse décentralisation politique et administrative ;
7- le triomphe des lois du marché, la destruction du service public, des avantages acquis au cours de
deux siècles de luttes sociales ;
8- la fuite des capitaux à l'étranger, excédant d'ailleurs la mainmise des fonds de pension étrangers
sur l'économie nationale ;
9- la soumission à l'Empire alors que l'Europe est toujours présentée comme garante de la multipolarité.
Il faut dire la vérité au pays. Il existe bien un large espace du " non républicain ", du " non de gauche
", à la Constitution européenne, un authentique " non de gauche " républicain, social, populaire et
non gauchiste.
Rien n'est écrit. Tout est possible.
Georges Sarre est ancien ministre, maire du XIe arrondissement de Paris, président
du club Laïcité.