Mise en ligne le 26/06/2006
MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
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Intervention de Georges SARRE, Premier Secrétaire
- Conseil National du MRC - 25 juin 2006
Chers amis, chers
camarades,
Il ne se passe pas une semaine sans que notre pays ne manifeste une nouvelle convulsion, plus ou moins
grave, plus ou moins visible, du mal qui le ronge.
Atteinte au cœur de ce qui fonde son modèle social et politique, la France est en danger.
Notre contrat social repose sur quoi ? Sur le choix librement consenti par chacun d’aliéner à tous une
part de sa liberté, au profit de l’intérêt général. Et sur l’égalité, en droits et en devoirs, de tous
les citoyens.
Sans émancipation individuelle par le travail, ce libre choix est altéré. Or le chômage de masse bafoue
cette émancipation. Sans égalité réelle d’un certain nombre de conditions de vie, l’égalité formelle
des droits est caduque. Or la précarité sape l’égalité. Sans sentiment collectif, national, l’intérêt
général ne se définit pas. Or la mondialisation et l’européïsme, alliés à la repentance, piétinent la
Nation...
Face à cette grave crise nationale, il ne faut pas sombrer dans le déclinisme. Il faut d’abord changer
de majorité, changer de gouvernement... mais il faut surtout changer de politique !
Le Premier Ministre, non seulement ne représente pas la majorité des Français. Mais il n’a même pas
l’appui de la majorité parlementaire. Pire, il n’est même plus soutenu par la majorité du groupe de
son propre parti. Régime agonisant, que cette république chiraquienne, dont les dirigeants ne sont préoccupés
que par leur lutte intestine, et ne trouvent rien de mieux à faire que d’instrumenter, voire d’encourager
à cette fin, les magouilles des marchands d’armes !
Trop occupés à se livrer bataille pour les dorures du pouvoir, nos dirigeants n’ont plus ni l’intelligence
ni l’énergie nécessaires à la défense de la Nation, dans la guerre de cannibales que se livrent les
actionnaires mondialisés, sur le dos de ceux qui vivent de leur travail. Nos fleurons industriels sont
même pris en otages de ces guéguerres, et c’est ainsi que l’avenir de Gaz de France, par exemple, évolue
au gré des prédations boursières, des humeurs du Premier Ministre et des vicissitudes de sa bataille
avec Nicolas Sarkozy !
Quant à celui-ci, il imagine la France et l’Europe en cinquante-et-unième état des Etats-Unis d’Amérique,
et en pointe avancée du néo-libéralisme ! Sa rupture, c’est la rupture des dernières digues qui freinent
le flot dévastateur de la mondialisation néo-libérale sur le modèle social français. Sa rupture, c’est
la rupture des derniers liens civiques et sociaux qui font la France, sa force et sa spécificité. Sa
rupture, c’est le dernier coup de poignard porté au pacte national et social. Sa rupture, c’est la rupture
de la France avec elle-même.
Halte ! Halte à l’affairisme, halte à la veulerie du gaullisme verbal et au laissez-faire néo-libéral
! Et crions casse-cou, organisons le refus d’une rupture sarkozienne qui serait la négation même de
la France.
2007 peut être l’heure du changement politique. Comment se passeront les grands rendez-vous électoraux
de l’an prochain ? Personne ne peut le prédire. L’un des plus vieux fantasmes des hommes est de vouloir
connaître l’avenir. Depuis la plus Haute Antiquité, les oracles et les astrologues ont fait fortune.
Le marc de café, les boules de cristal ou la manière de tirer les cartes sont toujours quelques moyens
de gagner de l’argent. Aujourd’hui, d’aspect plus moderne, avec une prétention scientifique, nous avons
les sondages. Élection après élection, scrutin après scrutin, l’expérience nous a appris que leurs prévisions
ne sont valables que dans les jours qui précèdent le vote lui-même, lorsque la campagne a vraiment débuté,
quand nos concitoyens dans leur diversité commencent à s’interroger sur le bulletin qu’ils vont déposer
dans l’urne. A dix mois de l’échéance, pour toutes les élections présidentielles, les sondages se sont
avérés faux.
Pourtant, cette fois encore, nous sommes abreuvés de sondages, quasiment chaque jour. Prudents les instituts
nous présentent désormais trois scénarios possibles : un classique droite-gauche, un 21 avril renouvelé
ou un 21 avril à l’envers. On peut avoir l’impression qu’avec un tel éventail toutes les solutions sont
envisagées. On peut aussi penser que le peuple français choisira une quatrième figure. Bien des évènements
peuvent se produire d’ici-là. Par exemple, nous lisons dans les journaux qu’un candidat en difficulté
mise sur une crise internationale majeure pour nous refaire le discours qu’il a déjà prononcé au conseil
de Sécurité. Par ailleurs, tous les candidats ne se sont pas déclarés. Ainsi, comme il l’a dit à notre
congrès, Jean-Pierre Chevènement ne se prononcera qu’en décembre en fonction de la situation politique
à ce moment-là. Dans ce domaine aussi, l’expérience nous a appris l’intérêt d’une campagne courte, afin
de pouvoir, comme le coureur de fonds, tenir en haleine les médias et l’opinion.
Quoi qu’il en soit, et même si l’élection présidentielle était gagnée par un candidat ou une candidate
socialiste, rien ne lui assure qu’il ou elle pourrait s’appuyer sur une majorité à l’Assemblée Nationale.
Depuis 1981, nous avons pris l’habitude que les élections législatives, qui suivent un scrutin présidentiel,
donnent à l’élu ou au réélu une majorité parlementaire, les Français faisant preuve de cohérence. Il
pourrait bien ne pas en être de même l’année prochaine. Jusqu’à présent, nos compatriotes se défiaient
à juste titre de la cohabitation. Mais, d’une part ils ont maintenant l’expérience de trois cohabitations,
dont l’une de longue durée, et ils n’ont pas vu se produire les catastrophes qu’ils redoutaient. D’autre
part, depuis 2002, ils assistent, médusés, à une cohabitation d’un nouveau genre au sein même du gouvernement.
Puisque l’appartenance du Président et du Parlement à la même majorité n’assure plus l’harmonie de l’exécutif,
la tentation peut être grande de les choisir dans chacun des deux camps qui structurent toujours la
vie politique française. Les plus idéalistes verraient dans une telle formule un système de contre-pouvoir.
Les plus cyniques penseraient : puisqu’ils gouvernent mal, qu’ils gouvernent donc peu, qu’ils se neutralisent
mutuellement ! Ce découplage n’est évidemment pas certain, mais il est possible. En conséquence, en
2007, les élections législatives auront autant d’importance que l’élection présidentielle. Nos partenaires
de la gauche en sont conscients autant que nous.
Et c’est pourquoi le PS veut un accord avec nous pour les élections législatives.
Il y a une deuxième raison à leur volonté d’accord.
Quel que soit le Président ou la Présidente élu au printemps 2007, quelle que soit la majorité parlementaire
que choisira le peuple français au printemps 2007, le quinquennat qui s’ouvrira sera scandé par le suffrage
universel. Municipales et cantonales en 2008, européennes en 2009, régionales en 2010 : un rendez-vous
par an !
On comprend la volonté du PS d’obtenir un accord le plus large, et donc le plus stable possible, pour
aborder la période sereinement.
Dans ce contexte, le MRC peut jouer un rôle clé.
Nous pouvons peser de toute la force de nos idées et de nos militants dans une dynamique majoritaire
à gauche.
A cet égard, il serait absurde de nous égarer dans l’entreprise mort-née de constitution d’un pôle de
radicalité à la gauche de la gauche. Non seulement des divergences de fond avec l’extrême-gauche nous
en empêchent, mais cette unité du NON de gauche ne se fera pas, comme en témoigne l’accueil glacial
qu’a reçu la candidature de José Bové chez les autres prétendants à la candidature unitaire du NON de
gauche, Marie-George Buffet ou Olivier Besancenot. Tous seront sans doute candidats !
Il est bien plus réaliste de rechercher une dynamique à vocation majoritaire avec le Parti Socialiste.
Mais je le dis comme je le pense : nous n’avons pas parcouru ce long chemin, je dirais presque ce chemin
de croix (laïque évidemment), pour nous vendre ; le MRC vaut plus qu’un plat de lentilles. Nous devons
donc avant tout peser de toutes nos forces avec un parti solide. La campagne d’adhésions, à ce titre,
se poursuit. Nous enregistrons une légère hausse du rythme des cotisations, grâce aux distributions,
aux affichages, et à l’adhésion en ligne. Il faudra amplifier l’effort à la rentrée. Nous nous imposerons
par notre militantisme, parce que dans les villes, les bourgs et les banlieues nous serons connus, parce
que les adhérents du MRC se seront montrés non seulement les meilleurs défenseurs de la République,
mais aussi ceux qui s’intéressent aux problèmes locaux, en se montrant à l’écoute de tous et de chacun.
Soyons-en bien conscients, notre avenir dépend de notre implantation locale et, pour une bonne part,
notre implantation locale dépend de notre action municipale.
Le MRC est porteur d’un message cohérent et pertinent ; il doit se donner les moyens, tous les moyens,
de le faire entendre.
Et si nous recherchons un accord avec le Parti Socialiste, il doit être entendu dès le départ que cet
accord vise à peser sur l’avenir.
En aucun cas, nous n’accepterons du PS qu’il nous offre la poignée de roses jetées sur le cercueil de
l’indépendance et de l’esprit critique du Mouvement Républicain et Citoyen. Non, si nous voulons retrouver
une représentation parlementaire, c’est dans le cadre d’un accord politique sérieux, conforme aux attentes
populaires exprimées le 29 mai 2005, et pour faire vivre, dans la durée, notre collectif et nos idées.
Réorientation profonde de la construction européenne, modification des statuts de la BCE, renégociation
du pacte de stabilité budgétaire, clauses sociales et environnementales à l’OMC et tarif extérieur commun
pour une préférence commerciale communautaire, démocratisation des prises de décision en Europe et donc
respect de la souveraineté des Nations, politique industrielle volontariste en France, défense et reconquête
des services publics, politique de sécurité responsable, ferme et juste, voilà autant d’orientations
essentielles pour nous.
Je suis conscient que le Parti Socialiste a une conception assez plastique des concepts et des mots.
Leur projet est suffisamment bigarré pour sourire à tous ceux qui veulent y trouver leur bonheur ! Et
il y a souvent loin, ensuite, de la coupe aux lèvres... D’autant que nous négocions actuellement avec
la direction du PS, et que le candidat à l’élection présidentielle aura, le moment venu, sa propre marge
de manœuvre.
Par conséquent, nous devons nous donner les moyens, une fois l’élection passée, de peser sur les choix
qui seraient pris par un gouvernement de gauche. Et il faut que nous obtenions une représentation parlementaire
digne, et conforme à la réalité de notre parti. Certains sièges ne sont pas négociables : nous n’admettrons
pas d’inaugurer une nouvelle alliance potentielle par l’élimination de tel ou tel des dirigeants du
MRC. Et nous exigerons aussi que de nouveaux camarades, notamment en Province, fassent leur entrée au
Parlement.
La démarche exploratoire engagée avec le Parti Socialiste doit permettre au MRC de peser réellement
sur l’orientation politique nécessaire au redressement de la France. Je n’envisage pas de signer un
accord de sauve-qui-peut : la flamme de l’idée républicaine doit être portée haut.
Je vous remercie.
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