MOUVEMENT
REPUBLICAIN et CITOYEN ![]()
Le
savoir au coeur de l'école
03 mai 2003
Article
paru dans LE MONDE
Pensez-vous que le principe de "l'élève au centre du système
éducatif" doit être remis en cause, comme le préconise luc ferry, ministre de
l'éducation ?
Quand
j'étais ministre de l'éducation nationale, la querelle faisait déjà rage sur
cette question au sein de la gauche et du Parti socialiste. Il y avait deux
tendance : celle dite du savoir et la tendance pédagogiste - je dis bien pédagogiste,
car je ne nie pas la nécessité de la pédagogie. L'éducation était devenue un
enjeu d'autant plus central que le contact avec la Fédération de l'éducation
nationale était important pour Lionel Jospin comme pour Laurent Fabius, qui
se disputaient le sujet au sein du PS.
Pour moi, l'école doit bien sûr s'adapter à ses élèves mais elle doit surtout
transmettre le patrimoine de culture et des savoirs. L'école républicaine doit
relever à la fois le défi de la qualité et celui de la quantité. Donc il faut
mettre la culture et le savoir au coeur de l'école. Y mettre les élèves peut
conduire à un certain jeunisme, à une certaine démission. L'autorité des maîtres
est indispensable, même si Célestin Freinet -pédagogue, créateur d'une école
expérimentale dans les années 1920-avait raison en son temps de protester contre
la rigidité excessive de l'école publique produite par le système des écoles
normales qui avaient d'ailleurs beaucoup de mérite. Je constate néanmoins que
du pédagogisme a favorisé l'implosion de l'institution scolaire.
Quant à la dépossession des enseignants de leur faculté d'intervention par la
loi de 1989, c'est toujours plus subtil. J'avais fait mienne la critique du
"réformisme pieux": j'avais établi des programmes courts et clairs. Les ministres
qui m'ont succédé ont revu ces programmes et diffusé des circulaires d'application
ou des directives plus ou moins claires. Ces instructions détaillées, personne
ne les lit. La profession d'enseignant est, à certains égards, une profession
libérale. Il faut qu'il y ait une impulsion coordonnée et durable dans le temps
pour imprimer à l'institution scolaire une direction d'ensemble.
C'est pourquoi Luc Ferry devrait s'intéresser de plus près aux IUFM. Au programme
de la formation des enseignants devrait en particulier figurer l'apprentissage
des mis-sions de l'école publique et de ses valeurs, notamment la laïcité. Entre
la prose bien intentionnée, qu'on trouve dans sa "Lettre", et l'action, il y
a quand même un écart à combler.
On a tendance à retenir de la loi de 1989 la phrase emblématique sur l'élève
au centre du système. Il y avait aussi l'objectif des 80 % au niveau du baccalauréat,
reprenant l'orientation que j'avais donnée en 1985. Au milieu des années 1980,
il y avait seulement 40 % d'élèves au niveau du baccalauréat. La création du
bac professionnel a permis de diversifier les voix d'accès au bac et de revaloriser
l'enseignement professionnel. L'orientation en faveur des études longues était
donc en marche quand est arrivée la loi de 1989.
Propos recueillis par P. Jo.