MOUVEMENT
REPUBLICAIN et CITOYEN ![]()
INTERVIEW
DE JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT PARUE DANS LE QUOTIDIEN LE PARISIEN (21/04/2003)
Islam et République : "Il ne doit pas y avoir de prosélytisme !"
Le
Parisien : Comment réagissez-vous aux sifflets qui ont accueilli Nicolas Sarkozy
samedi au Bourget ?
Jean-Pierre Chevènement : Un ministre doit
être capable de rappeler ce qu'est la loi, qu'il soit applaudi ou sifflé. Tout
cela n'a pas d'importance. Ces sifflets montrent le chemin qu'il reste à faire
pour que les principes de la laïcité puissent être compris par un certain nombre
de gens, qui d'ailleurs ne sont pas représentatifs de tous les musulmans.
A-t-il eu raison de participer au rassemblement annuel
de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ?
Oui. Il est toujours utile de parler. Mais il aurait dû rappeler la déclaration
de principe signée par toutes les organisations participant à la consultation
sur l'islam de France, notamment l'UOIF : le principe de la laïcité de l'Etat
et de l'école publique, ainsi que celui de l'égalité de l'homme et de la femme.
Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas mis le doigt dans un engrenage
dangereux en créant le Conseil français du culte musulman ?
Je ne crois pas. Il faut que l'islam puisse disposer d'une instance représentative,
et qu'un dialogue puisse se nouer avec les pouvoirs publics.
Même avec une organisation proche des Frères musulmans,
et partisane d'un islam identitaire ?
Justement, je conteste que, à partir du moment où ils ont signé cette déclaration
sur la laïcité, ils puissent prendre des libertés à l'égard des principes. C'est
pourquoi je suggère que Nicolas Sarkozy adresse à toutes les administrations,
établissements scolaires et représentants des collectivités locales si cela
est nécessaire, le texte de cette déclaration qu'on semble avoir complètement
oubliée, et qui réglait le problème !
Le gouvernement doit-il légiférer pour interdire le foulard islamique dans les
services publics ?
Je pense que les décisions du Conseil d'Etat sont assez claires sur le principe
: il ne doit pas y avoir de prosélytisme religieux à l'école. Ainsi que, par
extension, dans les services publics. Cette affaire du voile, je le crains,
risque d'occulter le vrai problème, qui est celui de l'accès à la citoyenneté
et de la lutte contre les discriminations à l'égard des jeunes issus de l'immigration.
Cette affaire doit être replacée dans un contexte plus large, celui de l'égalité
que la République doit à tous ses citoyens.