MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN

Monsieur Chevènement, en réponse à l'article paru ce jour dans le journal Le Monde a fait la déclaration suivante :

" Si j'ai bien compris le message de Lionel Jospin est simple : son projet était bon. Il faut le reprendre. "

Son échec du 21 avril n'est qu'un échec à la marge. Il est plus facile de chercher des boucs émissaires que de procéder à une autocritique sérieuse en allant au fond des choses. Lionel Jospin était assez grand pour perdre tout seul, comme en témoignent les chiffres massifs de l'abstention (près de 11 millions), des votes nuls (1 million), et des votes aux extrêmes (8 millions), le 21 avril.

Lionel Jospin a beaucoup de qualités personnelles mais la vérité est qu'il n'a pas su transformer, après la victoire circonstancielle de 1997, la combinaison tactique qu'était la gauche plurielle en un projet mobilisateur pour la France. A la crise de celle-ci il me semble qu'il n'a pas assez réfléchi. Il ne veut pas voir que les raisons pour lesquelles il a échoué -son absence de projet et de véritable vision pour la France- sont justement celles-là pour lesquelles j'ai été candidat.

Le gouvernement de Lionel Jospin a bénéficié d'une bonne conjoncture économique mais son orientation, pour l'essentiel, est restée une orientation gestionnaire et assez platement libérale. Lionel Jospin que j'ai essayé en vain, pendant trois ans, de sauver des vieux démons de sa propre majorité auxquels il a fini par céder, n'offrait pas à la France, sur des questions aussi décisives que l'insécurité ou l'identité républicaine, les réponses solides et les fermes repères que je lui proposais. Il oublie aussi qu'en voulant m'imposer un revirement à 180° sur la politique qu'il avait lui-même énoncée sur la Corse, il m'a contraint à quitter le gouvernement. Celui-ci d'ailleurs en bien des domaines s'était écarté de l'engagement initial de « faire retour en tout à la République ». Lionel Jospin m'impute d'avoir « brouillé les repères ». Ce n'est pas moi qui ait effacé le clivage gauche-droite, ce sont Lionel Jospin et Jacques Chirac à Barcelone, prisonniers depuis longtemps du système du pareil au même, qui ont signé des accords illustrant leur parfaite soumission à l'orthodoxie libérale.

J'ai toujours dit que la gauche et la droite ne disparaîtraient pas mais en me plaçant du point de vue de la République j'ai présenté aux Français des propositions qui, sur l'essentiel, étaient plus progressistes, plus ambitieuses que celles de Lionel Jospin : accès à la citoyenneté, revalorisation du travail, avenir des services publics, desserrement des contraintes européennes, indépendance de notre diplomatie. Elles n'étaient pas seulement plus à gauche, elles étaient surtout plus conformes à l'intérêt du pays. Pour l'avenir, Lionel Jospin semble plus compter sur les erreurs du gouvernement que sur l'originalité de ses propositions pour permettre au PS de revenir au pouvoir. Il se garde bien de remettre en cause l'architecture économique et monétaire mise en oeuvre par le traité de Maastricht qui nous enfonce aujourd'hui dans la récession. Il est heureux qu'il se prononce contre la guerre en Irak. Il aurait pu s'aviser plus tôt des tenants et aboutissants de la politique américaine au Moyen-orient. Sur la Corse, je partage son point de vue : il a trouvé en Monsieur Sarkozy un parfait exécuteur testamentaire des accords de Matignon.

Sur le fond, face à un avenir lourd de périls dans un pays qui s'est dessaisi à la légère des moyens de sa souveraineté, il serait temps de nouer un débat plus exigeant pour répondre à la question : « La gauche pour quoi faire ? ». Ma conviction est qu'en dehors d'une refondation républicaine, il n'est pas d'avenir.

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