MOUVEMENT REPUBLICAIN et
CITOYEN ![]()
ALLOCUTION DE JEAN-PIERRE
CHEVÈNEMENT AU CONGRÈS DE PARIS
Un impératif absolu : assurer la victoire du "non"
Dimanche 28 novembre 2004
Deux ans après le Congrès de Saint-Pol sur Mer, nous avons
résisté à l'offensive des dirigeants socialistes organisée dès le 22 avril 2002 pour nous éradiquer.
Il était si commode de nous transformer en bouc émissaire de leur échec ! Pour que rien ne change, il
fallait surtout que nous fussions coupables ! Lionel Jospin a ainsi évité que le droit d'inventaire
qu'il revendiquait à l'encontre des gouvernements de François Mitterrand puisse s'exercer à l'encontre
de sa propre gestion.
Face à cette offensive relayée par tous ceux qui vivent la politique au jour le jour, notre Premier
Secrétaire, Jean-Luc Laurent, a tenu bon. Au moment où il a choisi de prendre provisoirement du recul,
je veux lui exprimer notre reconnaissance et particulièrement la mienne pour sa fidélité, sa ténacité,
son dévouement à notre parti et à son unité. Grâce à lui, le MRC reste, avec près de 3.000 militants,
la pointe avancée d'un courant républicain qui a recueilli plus de 1,5 millions de voix à la dernière
élection présidentielle. Ce courant n'a pas disparu, loin de là. Il sera la base de la reconquête victorieuse
que nous nous sentons capables d'opérer à travers la création des comités du « non républicain ». Demain
comme hier nous aurons besoin de Jean-Luc Laurent et de ses grandes qualités de synthèse et de rigueur
à la fois car ce n'est pas le travail qui manquera !
* * *
I - Qu'on le veuille ou non, depuis mars 1983, les choix européens dominent de plus en plus les choix
nationaux.
Le choix de la monnaie forte et d'une ouverture inconditionnelle à un libéralisme sauvage a installé
la France dans un chômage de masse. Les marchés financiers ont pris le pouvoir. Les inégalités prospèrent.
La désindustrialisation a entraîné depuis vingt ans la disparition de 1,5 millions d'emplois industriels,
ceux-ci passant de 5,5 à 4 Millions.
Les tenants de cette politique nous expliquent que c'est le résultat de la mondialisation. Ils oublient
de nous rappeler qu'en transférant au niveau européen la politique monétaire, la politique de change,
la politique budgétaire, la politique industrielle, ils se sont privés des moyens d'y riposter. L'Europe
libérale est un ventre mou, ouvert à tous les vents, offert à tous les coups. C'est ainsi que le dollar,
en trois ans, a pu dévaluer de 62 % sans entraîner aucune riposte au niveau de la Banque Centrale Européenne.
C'est une hypocrisie manifeste de prétendre qu'il est possible, dans un tel carcan, de pratiquer une
politique de gauche ou même tout simplement conforme à l'intérêt national. Certes les gouvernements
de Michel Rocard de 1988 à 1990, et celui de Lionel Jospin, de 1998 à 2000, ont bénéficié des effets
tardifs d'une reprise enclenchée cinq ans auparavant dès 1982 et 1992, de l'autre côté de l'Atlantique.
Ce décalage -les gouvernements attendent comme Sœur Anne la reprise américaine- illustre le bénéfice
que tire l'économie américaine du privilège du dollar : « Le dollar est notre monnaie mais c'est votre
problème » disait un ancien Secrétaire américain au Trésor. La Banque Centrale Européenne et les gouvernements
européens sont incapables d'organiser la riposte. Sans doute il y a eu en France en 1997-1999 les emplois
jeunes et la CMU, mais ces réformes étaient modestes. Quant aux 35 heures et à l'APA, il faut se rappeler
qu'elles étaient financées, s'agissant des 35 heures, par la modération salariale dans les entreprises
ou la dégradation du service public, ainsi dans les hôpitaux publics et, s'agissant de l'APA, par la
fiscalité départementale.
La vérité de Maastricht à Amsterdam, et de Lisbonne à Barcelone, est que les gouvernements de gauche
ont accepté les mêmes contraintes qui pèsent aujourd'hui sur les gouvernements de droite et qui pèseraient
sur eux de la même manière, à quelques corrections marginales près, s'ils se trouvaient aux affaires.
Dois-je rappeler que le pacte de stabilité budgétaire à Amsterdam, la flexibilisation du marché du travail
à Lisbonne, l'engagement à Barcelone de réduire le déficit à moins de 3 % dès 2004, la libéralisation
du service public de l'énergie et le recul de cinq ans de l'âge de cessation de l'activité également
à Barcelone sont des décisions prises solidairement par Jacques Chirac et Lionel Jospin ?
Il paraît maintenant que le PSE, suite à la réunion de Madrid, va fixer le programme d'une « Europe
sociale ». Que ne l'a-t-il fait au moment des élections européennes ! Et surtout que les socialistes
et sociaux-démocrates n'ont-ils agi quand ils étaient majoritaires dans la plupart des pays européens
à la fin des années 90 ! Sans doute la crainte d'un « non » au sein du PS français est-elle pour quelque
chose dans ce branle-bas de combat organisé à Madrid sous la houlette de Pascal Lamy et dont nous savons
bien qu'il a tout du simulacre.
Pas plus qu'on ne peut transformer un âne en étalon, on ne transformera un social-libéral en socialiste.
Si les gouvernements dits « de gauche » en 1998-2000 n'ont procédé, dans le cadre européen, à aucune
réforme sociale et si le programme de Lisbonne adopté en 2000 n'a proposé comme réformes structurelles
que celles allant dans le sens d'un assouplissement du marché du travail, la raison en était que ces
gouvernements dits socialistes étaient en fait des gouvernements libéraux, plus ou moins teintés de
remords social, comme on disait au temps de la reine Victoria. Et voilà pourquoi votre fille est muette
!
Il faut mettre le holà à ce cynisme. Qui peut croire que le programme de M. Lamy peut infléchir la politique
de la Commission Barroso dominée par les ultra-libéraux ? Tel n'est pas son but. Son but est d'influer
sur le vote des militants socialistes français en les faisant rêver à des réformes inapplicables -l'harmonisation
fiscale par exemple du fait de l'opposition des travaillistes britanniques eux-mêmes- ou à des mesures
purement optiques (« rebaptiser Lisbonne ») ou insuffisantes (financement de dix projets d'infrastructures
seulement alors qu'un engagement beaucoup plus ambitieux avait été pris en 1994 par Jacques Delors)
ou franchement dangereuses (l'augmentation d'un budget européen, dont nous savons qu'il est particulièrement
mal géré, dans le domaine de la recherche par exemple ou encore l'instauration d'une politique de quotas
en matière d'immigration contraire à notre tradition et dont il vaudrait mieux laisser la paternité
à M. Sarkozy).
Nous disons halte à ce concours d'hypocrisie ! M. Zapatero se drape dans l'identité supposée de l'Europe
à venir pour prôner le « oui » mais son ministre des Finances, M. Pedro Solbes, s'inquiète de voir la
politique de change échapper à la Banque Centrale Européenne pour tomber dans la main des gouvernements.
Propos paradoxal dans la bouche d'un socialiste mais nullement surprenante dans celle de l'ancien Commissaire
européen, gardien vigilant du pacte de stabilité budgétaire. Le Président du PSE, M. Rasmussen, n'hésite
pas à écrire quant à lui : « La base du traité de Rome, c'est l'économie libérale. Ensuite, si on regarde
les traités postérieurs, pierre par pierre, pas à pas, graduellement, nous avons créé un cadre de plus
en plus solide pour une économie sociale du marché » . De qui M. Rasmussen se moque-t-il ? Faut-il qu'il
se soit crevé les yeux pour ne pas voir que l'histoire, depuis vingt ans, est au contraire celle de
l'abandon de toutes les politiques publiques nationales au bénéfice du grand marché ?
Ce déferlement d'hypocrisie spécule sur l'intoxication et la décérébration organisée des masses. Il
n'oublie qu'une chose : c'est que le citoyen n'est pas mort. M. Zemmour, dans le Figaro, évoquait il
y a un an, avec le talent qu'on lui connaît, « l'armée morte des chevènementistes ». Eh bien « l'armée
morte » est là et elle va ressurgir et donner des leçons à l'occasion de la campagne référendaire à
tous ceux qui ont voulu nous enterrer vivants !
II - C'est pourquoi le MRC a décidé d'affirmer puissamment son identité dans les temps qui viennent
:
1. A travers la campagne référendaire bien sûr, qui fera apparaître la continuité de notre combat, non
pas contre l'Europe mais contre son détournement au profit des forces de l'Argent. Car nous sommes des
Européens, mais des euro-réalistes. Nous croyons à la nécessité de faire surgir entre les Etats-Unis
et la Chine un acteur stratégique européen à l'échelle mondiale. Mais pas la grande zone de libre échange
à 25-28 ou 33 inféodée à l'OTAN que nous propose la Constitution européenne ! Celle-ci interdit de fait
les coopérations renforcées qui peuvent seules permettre l'émergence d'une Europe-puissance, et d'abord
autour du couple franco-allemand, coopérations destinées par exemple à doter la zone euro d'un véritable
gouvernement économique, ou à organiser à cinq ou à six une politique de défense authentiquement européenne.
Parce que nous sommes des démocrates, attachés à la souveraineté populaire, nous refusons que l'Europe
soit le paravent de la confiscation du pouvoir par des oligarchies libérales. Nous voulons une Europe
des nations volontaire, démocratique, indépendante et solidaire. Cela suppose une différenciation, bref
la création d'une Europe à géométrie variable par la facilitation des coopérations renforcées.
***
Au parti socialiste, les bouches s'ouvrent : j'ai lu avec attention, dans Libération, les critiques
faites par Laurent Fabius au projet de Constitution européenne : sur six questions décisives, ses critiques
rejoignent les nôtres : la réforme des statuts de la Banque Centrale, les questions budgétaires et notamment
la révision du pacte de stabilité, la remise en cause de la prééminence absolue au dogme de la concurrence
et parallèlement la garantie des services publics, le refus de l'inféodation de la défense européenne
à l'OTAN, la facilitation des coopérations renforcées, la défense de la laïcité enfin.
La seule vraie différence entre les positions défendues par Laurent Fabius et celles du MRC vient de
ce que nous inscrivons la construction de l'Europe dans le prolongement des nations et par conséquent
du patriotisme républicain ouvert à l'Universel, qui vit en chacune d'elles. Nous ne mettons pas la
nation en congé. Inversement, nous ne croyons guère à la création rapide d'un « patriotisme constitutionnel
» européen mais nous souhaitons voir émerger un « espace européen de débat », nécessaire à l'approfondissement
de solidarités vécues par les peuples européens.
En ce sens, le refus de la guerre d'Irak par la plupart des opinions publiques européennes et par conséquent
du « choc des civilisations » voulu par l'Administration Bush, a été un événement fondateur, contrairement
à ce qu'a affirmé Pierre Moscovici. Il n'eût pas été possible sans la fermeté méritoire de la diplomatie
française. Europe européenne ou Europe américaine, tel est bien le fond du débat.
Si le « non » l'emportait au PS, les conditions d'un dialogue au fond seraient créées. Dans le cadre
des coopérations renforcées, nous sommes prêts à accepter au sein de la zone euro le vote à la majorité
qualifiée, pour définir les conditions d'un gouvernement économique efficace, capable d'impulser des
politiques de croissance vigoureuses et équilibrées, par exemple en matière de politique monétaire,
grâce à de bas taux d'intérêt ou en matière d'harmonisation fiscale.
Si nous sommes viscéralement attachés, comme républicains, à la souveraineté populaire, nous ne refusons
pas les délégations de compétences, dès lors qu'elles sont démocratiquement exercées et contrôlées.
Or, de telles délégations ne sont possibles que s'il y a un intérêt commun partagé entre des pays ayant
des structures économiques relativement homogènes, et étant déjà parvenus, dans certains domaines, à
une conscience politique commune. Ce n'est pas le cas et ce ne sera pas le cas dans l'Europe à 25, à
28 ou à 33.
2. Merci, grand merci à Jacques Chirac d'avoir organisé un référendum dans le pays. Merci, grand merci
à François Hollande d'en avoir fait de même dans son parti. Ils ont contribué à réouvrir un large espace
au débat démocratique.
D'autant plus scandaleuse est la frénétique mobilisation des partisans du oui, appuyés par la quasi
totalité du système politico-médiatique en France et en Europe. « Populistes », « démagogues », « poujadistes
», coupables de « trahison », « renégats », le procès est instruit à charge et sans ménagement.
Les présumés « Albanais » que nous sommes depuis 1983 ne sont guère surpris de cette violence. Que les
tenants du « non » au sein du parti socialiste ne se laissent pas ébranler : cette hargne manifeste
surtout qu'ils ont touché juste. Nous les encourageons à résister, à ne pas se laisser intimider, à
juger par eux-mêmes, en citoyens avertis et conscients de l'importance de leur vote. Il y a plus de
courage à refuser de laisser graver dans le marbre d'une « Constitution » des orientations libérales
dont a cru pouvoir s'accommoder pendant le délai nécessaire à la création de la monnaie unique, sans
vouloir pour autant en prendre pour cinquante ans, espérance de vie accordée par Valéry Giscard d'Estaing
à sa Constitution ! Oui, il y a à cela plus de mérite qu'à vouloir maintenir ouverte pour l'éternité
cette orientation qualifiée il y a vingt et un ans de « parenthèse libérale ».
***
Qu'est-ce qui fait la une des médias, ce week-end ? A Paris le couronnerment de Nicolas Sarkozy dont
je m'étonne que Mgr Lustiger ne lui ait pas ouvert Notre Dame, Nicolas Sarkozy champion du oui, et en
parallèle, à Madrid le concert des pleureuses social-libérales, adjurant les socialistes français de
voter oui. Deux fois oui, des oui comme s'il en pleuvait ! Et notre « non républicain » là-dedans, qui
donc dans les médias va le relayer ? Il doit bien sûr être entendu, comme le disait Jacques Delors dès
1992, que les partisans du « non » doivent se retirer de la vie politique. Vision social-chrétienne,
totalitaire en fait, résurrection du droit divin au détriment du débat républicain !
Demain, les mêmes s'attaqueront à Georges Sarre, à qui vous avez confié le soin d'animer le parti dans
cette bataille référendaire. Ils crieront -les bons apôtres- à l'archaïsme. Nous répondrons : continuité,
enracinement de Georges Sarre dans l'engagement militant sans tache de toute une vie. Ces choix de justice
sociale et de souveraineté populaire que nous avons portés dès avant Maastricht, et souvent dans une
certaine solitude, font la preuve de leur pertinence intacte et de leur actualité toujours plus grande,
pour ne pas dire de leur vertu prémonitoire. Georges Sarre saura les faire valoir dans la période qui
s'ouvre devant nous.
Ces attaques prévisibles sont à l'honneur de ceux qui en feront l'objet et pas de ceux qui les lanceront
ou les répercuteront. Georges Sarre est le symbole de notre continuité. Il saura créer la dynamique
populaire dont nous avons besoin. Nous saurons non seulement assumer les attaques mais plus encore les
retourner contre leurs auteurs, qui se croient modernes mais qui sont mille fois plus ringards dans
leur conformisme que les militants lucides et courageux qui ont mené tant et tant de combats pour la
justice et contre la domination de l'Argent, contre le diktat du Capital, l'arrogance des puissants,
le règne implacable des marchés financiers, la souveraineté de l'Actionnaire, et les plans sociaux,
la longue cohorte des chômeurs et des licenciés, la précarité qui s'étend, les inégalités abyssales
qui se creusent, l'ascenseur social bloqué, le racisme et la jeunesse privée d'avenir.
3. L'identité du MRC, ce n'est pas seulement l'Europe des peuples, celle des nations volontaires, pour
affirmer ensemble leur volonté d'indépendance et de progrès. Notre identité, c'est le travail et le
monde du travail que nous n'avons jamais dévalorisé mais que nous voulons au contraire voir reconnaître
et revaloriser. C'est le travail bien formé, c'est l'Ecole républicaine, avec une haute ambition éducative
pour tous les jeunes, loin du « socle minimal » synonyme de médiocrisation proposé par le rapport Thélot,
expression que François Fillon s'est cru obligé de reprendre dans son projet de loi. Cette idée de «
socle minimal » mélange deux notions très différentes : l'accent à mettre sur les apprentissages fondamentaux
qui est du ressort de l'Ecole élémentaire que nous approuvons et la primarisation du collège dont l'idée
de « socle », opposé aux programmes, rapetisse l'ambition et que nous combattons.
Toutes les propositions de François Fillon ne sont pas mauvaises mais ce qui est plus que critiquable
c'est le débat national biaisé qu'a lancé son prédécesseur et surtout le rapport Thélot qui illustre
la suprématie et la continuité d'une technostructure qui se donne bonne conscience en encourageant les
dérives pédagogistes aux dépens d'une Ecole républicaine exigeante et structurée. Or seule celle-ci
est dans l'intérêt des classes populaires qui n'ont pas les moyens de payer des précepteurs ou des établissements
privés. Les mêmes idéologues qui ont élaboré la loi d'orientation de 1989 continuent de dicter très
largement le texte et le contexte du projet de loi Fillon.
4. L'identité du MRC, c'est aussi l'amour de la liberté qui va avec la laïcité et avec le souci de la
sûreté du citoyen qui n'a rien à voir avec la politique « poudre aux yeux » de M. Sarkozy (montée de
la délinquance contre les personnes, remise en cause subreptice de la police de proximité, dérive communautariste).
5. L'identité du MRC, c'est encore et peut-être surtout l'attachement à l'Egalité, le souci donné à
chacun d'aller au bout de ses possibilités et de ses talents, c'est le service public, réduit par le
projet de Constitution européenne, à une sorte de SMIC baptisé service d'intérêt économique général,
bref un service public minimal au détriment des plus pauvres et des territoires isolés.
6. L'identité du MRC, c'est enfin, je n'hésite pas à le dire, l'internationalisme qui, comme l'avait
bien vu Jaurès, suppose les nations mais pense simultanément leur fraternité. L'internationalisme, ce
n'est pas l'européisme comme l'assènent les tenants du oui au sein du PS, souvent synonyme de repli
égoïste, voire identitaire. Certes, il n'est nullement incompatible avec l'idée d'un acteur stratégique
européen dans un monde multipolaire. Mais aujourd'hui, l'internationalisme, c'est d'abord le souci des
rapports Nord-Sud et d'abord du Sud profond, de l'Afrique, mais aussi du monde arabo-musulman qu'on
a volontairement acheminé vers une régression islamiste, dont on voudrait se servir aujourd'hui pour
le réduire encore, le démoniser, le frustrer de ses richesses et de son avenir.
Oui, nous portons une autre conception des relations internationales que celle de M. Bush et là encore
nous avons été des précurseurs !
III - Face à M. Bush ou derrière lui ? On veut nous faire croire que face à George Bush réélu, il faudrait
faire bloc pour voter « oui » à la Constitution européenne.
Mystification !
1. Quelle est la politique de M. Bush ? D'abord et avant tout s'assurer la maîtrise des gisements pétroliers
du Moyen-Orient pour pouvoir contrôler à la fois l'Europe, le Japon et une Chine en pleine croissance.
Et pour cela M. Bush organise la régression du monde musulman dans l'intégrisme pour le réduire, l'abaisser,
le contenir et en définitive confisquer ses richesses. On crie « chien méchant ! » sans jamais dire
qui a rendu méchant l'animal. Or, toute la politique des Etats-Unis a toujours favorisé l'intégrisme
depuis leur alliance fondatrice avec le wahhabisme, en passant par l'Afghanistan jusqu'à l'invasion
de l'Irak en 2003 qui a bien évidemment fait le jeu du terrorisme que par ailleurs on prétendait combattre
!
Le problème israélo-palestinien restera sans solution, si l'on en croit les dernières déclarations de
George Bush : pas d'Etat palestinien avant 2009, fin de son mandat. Il est difficile d'être plus clair
! L'extrémisme dans le monde musulman aura ainsi de beaux jours devant lui ! En refusant le règlement
politique d'un conflit pendant depuis plus d'un demi-siècle, l'Hyperpuissance nous enferme dans ce qui
ressemble de plus en plus à une guerre des civilisations. George Bush en Irak entend imposer son gouvernement
fantoche. On ne peut exclure aujourd'hui une escalade de la guerre contre l'Iran. La guerre préventive,
ne l'oublions pas, reste la doctrine officielle de l'Administration Bush.
Tout montre que la France a de plus en plus de peine à résister à l'alignement sur la politique américaine.
Et ce n'est pas M. Sarkozy qui arrangera les choses ! Regardons la réalité de l'Europe actuelle : la
majorité des 25 gouvernements de l'Union Européenne se situe franchement dans l'orbite de la politique
américaine. C'est pourquoi les mécanismes prévus par la Constitution européenne nous ancreront dans
l'inféodation. Le texte même de la Constitution oblige pour toute initiative de politique extérieure
à une concertation préalable et impose par ailleurs que la politique de sécurité et de défense commune
soit compatible avec celle définie dans le cadre de l'OTAN.
2. Dans cette Europe qui s'élargit toujours plus vers l'Est, dans le sillage de l'OTAN, il n'y a aucune
chance qu'une Europe européenne, c'est-à-dire indépendante, puisse jamais s'affirmer ! La politique
de George Bush et de Condolezza Rice vise clairement, à travers l'affaire ukrainienne à enfoncer un
coin entre la Russie et l'Europe occidentale. M. Bush peut compter pour cela sur M. Barroso, l'organisateur
du sommet des Açores.
Le danger est immense d'ouvrir à nouveau la voie au terrorisme et à la guerre, avec l'élargissement
de l'Europe toujours plus à l'Est, hier dans les Balkans puis l'Ukraine, demain le Caucase, le Kurdistan
et le Moyen-Orient. Tout cela, au nom du fameux « droit d'ingérence ». On nous disait hier « L'Europe
c'est la paix » et si l'extension continue de l'Europe vers l'Est, demain, signifiait la guerre ?
La Constitution européenne nous asservira à la politique hégémonique des Etats-Unis, en pleine contradiction
avec l'intérêt européen qui implique une politique de dialogue, de respect mutuel et de paix avec nos
voisins de l'Est et du Sud, et particulièrement avec la Russie et avec les pays de la rive Sud de la
Méditerranée qui sont les grands oubliés de cette Europe là.
IV - Toutes les raisons que nous avons de dire « non ».
Dans l'ordre économique aussi, la Constitution européenne nous ligotera définitivement. Nous serons
asservis au processus de la mondialisation libérale. 1. Comment peut-on vouloir enrayer ce processus
et commencer par dire oui à une Constitution européenne qui soustrait au suffrage universel la Banque
Centrale et, ne lui assignant que la mission de lutter contre l'inflation c'est-à-dire de préserver
la valeur des actifs, la met exclusivement au service des rentiers ?
Avec un dollar à 1,32 euro, nos entreprises sont de plus en plus incitées à délocaliser leurs activités
ou à faire fabriquer à l'étranger leurs composants, comme Airbus aux Etats-Unis (plus de 50% pour l'Airbus
A380).
2. L'affirmation du principe de concurrence comme un dogme surmontant l'édifice et réduisant l'énoncé
de soucis comme celui de l'emploi ou des services publics à de simples voeux pieux nous enfermerait
dans un carcan libéral à perpétuité.
3. Car pourquoi parle-t-on de « Constitution », dès lors que le texte n'a que la valeur juridique d'un
traité ? Tout simplement pour préparer les esprits à l'effacement des nations et des Constitutions nationales
elles-mêmes, au prétexte de la supériorité du droit communautaire sur le droit interne. Il suffira pour
cela d'un arrêt de la Cour de Justice des Communautés européennes ! Et pour s'arracher à ce déclin organisé
on n'aurait plus le droit de dire « Non » ? Alors que le non nous apparaît comme un véritable devoir
civique !
4. J'ajoute que cette « Constitution » n'est pas européenne. Non ! Elle est antieuropéenne ! Elle interdirait,
si elle était adoptée, le développement naturel de l'Europe par la voie des coopérations renforcées,
c'est-à-dire une différenciation positive permettant la construction d'un véritable acteur européen
stratégique. A 29, les coopérations renforcées ne peuvent se faire qu'à dix. Elles devraient être approuvées
par la Commission, le Parlement européen et le Conseil statuant de surcroît à l'unanimité en matière
de défense ! Autant dire qu'elles seraient impossibles ! Les fameux « groupes pionniers » évoqués par
le Président de la République seraient morts nés.
5. Il y a bien d'autres raisons de voter « non ». Comme l'a dit Patrick Quinqueton, il y a celles qui
nous ont faire dire « non » à Maastricht il y a douze ans, mais il y a aussi quelques raisons supplémentaires
: l'adoption d'une telle « Constitution » marquerait le franchissement d'un seuil en gravant dans le
marbre des politiques que nous combattons depuis toujours. Elle ferait durablement de l'Europe la banlieue
de l'Empire américain. Ce serait la fin de notre politique étrangère indépendante. Ce serait plus qu'une
démission pour la France mais une abdication véritable !
Il m'arrive de me demander si nos dirigeants ont vraiment lu le texte qu'ils ont signé et qu'ils nous
proposent. Ile me rétorqueront sans doute qu'il ne faut pas avoir la religion des textes, mais je suis
bien placé, d'expérience, pour savoir que ces textes s'imposent aux gouvernements.
Hubert Védrine, dont l'acuité du regard m'a toujours rempli d'admiration, a recensé toutes les raisons
qu'il y a de dire non presque mieux que je ne saurais le faire moi-même : « Réalisme, idéalisme europhile
ou inconséquence - notre pays s'est privé ces dernières années de plusieurs de ses leviers d'influence.
-Je le cite- Il a accepté, au nom de l'intérêt général, de renoncer à son second commissaire, ce qui
nous en laisse un sur vingt-cinq. De ne plus avoir que 87 parlementaires européens, puis 72 à partir
de 2004, quand l'Allemagne en conserve 99. Et bientôt, de ne peser que 13 % des droits de vote au conseil
dans le cadre démographique de la « double majorité » quand l'Allemagne comptera pour 18 %. Cela ne
peut pas être sans conséquences. Malgré cela, des responsables politiques et des commentateurs français
appellent de leurs vœux comme un indispensable progrès, une extension du vote à la majorité. Dans l'état
actuel des choses, cela minorerait encore plus sûrement les positions françaises et de la gauche française
en particulier. … Les populations ne semblent pas souhaiter que le processus d'intégration aille au-delà
des limites déjà atteintes. Qu'il s'agisse de l'intégration économique qui paraît malheureusement se
confondre avec la mise en concurrence avec le monde entier, les migrations, les délocalisations. Ou
d'une intégration politique accrue qui menace de désintégrer les Etats nations, seuls cadres crédibles
et repères visibles et compréhensibles à ce stade, de la démocratie politique et de la cohésion sociale,
ne serait-ce que pour des raisons de proximité et de langue. D'où ces électorats circonspects, attachés
à leurs identités malmenées et qui, face à une fuite en avant proclamée obligatoire et qui leur est
de plus en plus extérieure, n'opposent plus que de la défiance d'une abstention massive et fataliste.
» Fin de citation.
De telles prémices, tirons donc les conclusions qui s'imposent !
6. On nous dit que le « non » n'est pas envisageable en France, dans le pays par excellence fondateur
de l'Union Européenne. Eh bien, c'est le contraire qui est vrai : c'est justement parce que la France
est le pays fondateur que le « non » prendra tout sons sens : celui d'une exigence populaire de réorientation
profonde de la construction européenne.
Notre « non » républicain sera d'abord un non au déclin organisé, subi, consenti par nos soi-disant
« élites ».
7. Nous serions isolés ? Mais la France n'a-t-elle pas souvent montré le chemin ? En 1972 aurions-nous
fait l'union de la gauche avec une philosophie aussi frileuse ? En 1875, aurions-nous osé proclamer
la première République existante en Europe, en dehors de la Confédération Helvétique ? Et en 1789, si
on écoutait Françlois Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Lionel Jospin et jacques Delors, aurions-nous
osé faire la Révolution française ? Oui, il faut savoir montrer le chemin et prendre le risque, un temps
d'être isolés. N'est-ce pas le choix que nous-mêmes, MDC, MRC avons fait au lendemain de Maastricht
? Et aujourd'hui nous sommes beaucoup moins seuls ! Plus près de nous encore, regardons l'opposition
franco-allemande à la guerre d'Irak. Au début nous étions seuls et nous avons rallié au Conseil de Sécurité
la majorité des pays du monde.
8. Si la Constitution était rejetée, le désastreux traité de Nice s'imposerait à en croire ceux qui
l'ont négocié et signé. Cessez de décrier votre œuvre, Messieurs ! Ce traité est mauvais mais beaucoup
moins que la « Constitution » que vous nous proposez ! Alors je le dis à tous ceux qui nous écoutent
ici et au dehors : ne manquons pas de courage ! Assumons nos choix dès lors qu'ils sont faits les yeux
ouverts, car vous avez, chers concitoyens, des yeux pour lire et pour comprendre. Refusons la régression
et la voie du déclin. Rappelons-nous l'exhortation de Jaurès « Le courage c'est de chercher la vérité
et de la dire » !
IV - Pour le MRC un impératif absolu : assurer la victoire du « non » dans le pays.
Si le PS dit non la campagne référendaire prendra en grande partie la forme d'un débat gauche-droite.
Et ce sera un vrai renouveau de la vie démocratique à gauche. Je crains malheureusement que le conditionnement
des militants socialistes soit tel depuis si longtemps que le oui l'emporte, un oui de résignation à
ce qu'ils croient être le moindre mal.
Alors le combat prendra une autre forme : celui de la France d'en bas contre la France d'en haut, un
conflit frontal entre le monde du travail dans toute sa diversité, y compris les agriculteurs confrontés
au démantèlement de la politique agricole commune et les artisans, et les élites mondialisées indifférentes
au sort des Français et d'abord des plus pauvres. Le MRC devra alors prendre la tête du « non » en multipliant
à travers le pays des comités pour le « Non républicain ». Si notre parti le souhaite, je suis, bien
entendu, prêt à prendre la présidence du Comité National pour le « non républicain ».
Alors commencera un combat sans relâche pour rassembler sur une base sérieuse, solide, positive, celle
d'un projet républicain pour la France, pour l'Europe et pour le monde, une majorité de Français. C'est
possible ! Nous pouvons gagner ! Même contre la coalition des partis de l'Establishment !
Le référendum corse du 6 juillet 2003 l'a montré avec éclat. Artisans et partisans du processus de Matignon,
à commencer par Nicolas Sarkozy, ont dû aller se rhabiller. Nos concitoyens de Corse ont montré par
leur vote leur attachement à la République et leur volonté de ne pas tomber sous la coupe d'une bande
de maffieux ne reculant pas devant les actes les plus odieux comme la tentative d'assassinat de l'iman
de Sartène. La majorité des Corses a dit non à l'Establishment. Comme en 1943 pour la libération de
la France, la Corse a montré la voie. Et de la même manière les départements antillais ont rejeté des
statuts particuliers concoctés par M. Raffarin. Cet apôtre de la France des régions s'est rudement fourvoyé
!
Demain le référendum sera encore l'occasion pour les Français de dire NON.
- Non au déclin, au chômage de masse, à l'érosion constante du pouvoir d'achat par une inflation toujours
plus forte que la progression des salaires et des retraites !
- Non à la précarité qui gangrène le pays, à l'explosion des profits, des dividendes et aux rémunérations
exorbitantes de nos grands patrons !
- Non à l'arrogance et au mépris !
- Non à l'inféodation de notre politique !
- Non au démantèlement de la République !
- Non à l'effacement de la France !
Ce non sera un non positif, un oui à la République, à une Europe démocratique des nations, indépendante
et solidaire, un oui à la jeunesse et à l'avenir !
Parallèlement, chers camarades, nous construirons notre parti. Georges Sarre a défini hier dix grandes
orientations que j'approuve pleinement. Ces deux tâches peuvent et doivent être menées de concert.
Maintenant tournons-nous vers le Peuple. Nous lui disons notre confiance pour ouvrir avec nous et avec
beaucoup d'autres qui nous rejoindront dans ce combat une nouvelle et grande page de notre Histoire.
Vive la République ! Vive la France !
Jean-Pierre Chevènement est ancien ministre et président d'honneur
du MRC.
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