LA
LETTRE ELECTRONIQUE DE GEORGES SARRE
"Retraites, mensonges et fonds de pension"
21 mai 2003
Alors
que la France se mobilise pour garantir l'avenir de son système social et que
le gouvernement s'obstine à promouvoir une " réforme " injuste contre la volonté
des intéressés, arrive de Bruxelles la nouvelle selon laquelle les fonds de
pension privés vont pouvoir déferler sur l'Europe des Quinze. Curieuse nouvelle
en effet, puisque le double discours gouvernemental, celui tenu à Bruxelles
et celui tenu à Paris, est mis en évidence. Ce que François Fillon dit au journal
de 20H est contredit par le vote de Francis Mer vingt-quatre heures auparavant.
Comment donc considérer l'étonnant système que l'on voit fonctionner sous nos
yeux, mais dont trop peu de monde encore prend la réelle mesure et les conséquences
néfastes ?
Bruxelles arrive au secours de Raffarin au moment où celui-ci affronte la plus
importante mobilisation sociale depuis 1995. La réforme adoptée par le Conseil
des Ministres des Finances de l'Union Européenne est une véritable machine à
désintégrer notre système social. Peu à peu la juxtaposition des systèmes de
répartition et de capitalisation se transformera en un boulevard pour tous les
fonds de pension privés. C'est la loi du genre. Le projet adopté au Conseil
de l'Union constitue la nouvelle étape de la transformation de la France et
de l'Europe en une jungle où les salariés seraient les jouets des financiers
et des spéculateurs. Ce projet est également un paravent tout trouvé pour le
gouvernement Raffarin. Une fois de plus, comme pour la directive Fret, le gouvernement
trouve un excellent alibi lui permettant d'imposer ses choix politiques sans
pour autant en porter la responsabilité directe devant les citoyens. Le débat
n'a pas à avoir lieu avec la " rue " (entendez les citoyens) mais entre gouvernants
européens. Ainsi les négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux
ne deviennent-elles qu'un jeu de dupes, au cours duquel le Ministre des Affaires
social ne fait qu'animer une séance de bonnetot bien évidemment truquée.
L'hypocrisie du système communautaire européen est donc révélée au grand jour
puisque le gouvernement alors qu'il négocie au rabais avec les syndicats s'assure
que l'Europe lui permettra d'aller beaucoup plus loin sans en porter une responsabilité
directe. Ainsi, une fois de plus le libéralisme économique refusé par les Français
trouve un cadre de développement favorable dans l'espace communautaire européen.
La réalité de l'Europe est moins dans sa conception juridique formelle (qui
a son importance) que dans son fonctionnement quotidien. A Bruxelles, le long
de l'Avenue de Tervuren, ce sont des centaines de lobbies et de groupes de pression
qui s'affairent pour accentuer un libéralisme dévastateur. La coexistence d'une
haute administration communautaire liée aux grandes entreprises, de fonctionnaires
nationaux " européanisés ", de députés européens coupés de leur électorat et
de ces groupes de pression ultralibéraux aboutit à l'effacement de nos systèmes
sociaux. Car l'Europe a bien été conçue pour être ce qu'elle est et ce dès les
origines. Contourner le suffrage des citoyens, viser une efficacité économique
maximale sans tenir compte des aspirations sociales des " masses ", voilà bien
la conception des " pères fondateurs " d'une Europe que seule une propagande
bien rodée a pu faire paraître généreuse et ouverte. Qu'on se le dise : à Bruxelles,
les affaires sont les affaires et les affaires sont aux affaires ! Il n'est
pas d'Europe sociale envisageable tant que le système communautaire, entreprise
des lobbies patronaux et ultra-libéraux, sera en place.
Pour reconstruire une vraie solidarité en France, à laquelle nous l'avons vu,
aspirent une immense majorité des citoyens, il faudra poser la question de la
réalité de la démocratie. Les peuples doivent reprendre le pouvoir aux castes
qui les gouvernent. Les Français doivent eux, enfin, prendre conscience de l'immense
danger d'une Europe libérale qui, sous l'apparence de l'ouverture, n'est que
l'instrument du libéralisme le plus dur. L'internationalisme, la solidarité
prendront immanquablement le relais d'un système à la fois en fin de course
et en plein fuite en avant.