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La visite du candidat Chevènement ébréchée par Arc International

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la voix du nordJean-Pierre Chevènement comptait sur son déplacement à Arques et une visite à Arc International pour placer sa campagne présidentielle sur le thème de la réindustrialisation. Lui qui voulait se faire « l'avocat » de l'entreprise en réclamant notamment un euro moins fort pour éviter les délocalisations, n'a pas réussi à se faire ouvrir les portes du géant verrier. Récit d'un rendez-vous manqué.

Hormis le déjeuner de campagne partagé avec une quinzaine de soutiens régionaux et autant de journalistes, la visite dans l'Audomarois du président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), n'avait sans doute guère été bétonnée. Là où le communiqué de presse annonçait une « rencontre avec les salariés d'Arcopal », le candidat Chevènement comptait en fait visiter l'unité de production arquoise d'Arc International. Niet, faisait savoir la direction de l'entreprise à midi, tout juste encline à ouvrir les portes de son showroom au candidat à la présidentielle. « Mais je ne suis pas un hôtelier qui vient acheter sa vaisselle !, s'indigne l'ancien ministre. Vous vous rendez compte, je visite plus d'une douzaine d'entreprises d'ici décembre. Je vais chez Areva, le leader du nucléaire, je vais chez Peugeot à Sochaux, etc. partout on me reçoit. Il n'y a qu'Arc International qui ne m'ouvre pas ses portes. Je constate que c'est une entreprise fermée et c'est contre-productif ».

Jean-Marie Alexandre, vice-président de la Région, et premier secrétaire départemental du MRC, est dépité. Car non seulement Arc International « reçoit de l'argent public » pour faire face aux difficultés. Mais en plus elle « se prive d'un avocat merveilleux ». Jean-Pierre Chevènement en l'occurrence qui assure avoir « toujours été à l'écoute des chefs d'entreprise. Je comprends qu'ils aient beaucoup d'obligations, ils prennent des risques et nous avons besoin d'eux. Mais je ne suis venu clouer personne au piloris. » L'ancien ministre aurait même voulu apporter un peu d'eau à son moulin électoral, en allant toquer à la porte d'une entreprise qui, comme lui, fustige un euro trop fort. « Il y a un grand parallélisme entre la chute des effectifs d'Arc International et la surévaluation du cours de l'Euro. C'est cette monnaie trop chère qui pèse sur notre compétitivité, qui nuit aux exportations et qui incite les entreprises à aller chercher des sites de délocalisation. » Croissance plutôt que récession, souveraineté budgétaire, Europe réaliste et monnaie moins chère. Tels sont les quatre thèmes de campagne développés par Jean-Pierre Chevènement. Un argumentaire qui semble parfois flirter avec celui exposé par l'extrême droite. Or c'est bien un barrage au Front national que Jean-Pierre Chevènement entend construire avec sa candidature. Quitte à disperser les voix de la gauche ? « Je ne suis pas pour laisser les ouvriers français à la merci d'une concurrence payée au lance-pierres et je ne suis pas pour la laisser au Front national.

Je souhaite faire bouger les lignes dans le bon sens. » Le 21 avril 2002, et le FN au second tour ? « Pas ma faute », réplique Chevènement mais celle de « ceux qui se sont davantage occupé des bobos en laissant tomber le populo. La réindustrilaisation du pays, c'est mon grand thème de campagne car la France sans usine, c'est la fin de la France. » De cette France-là, hier, Jean-Pierre Chevènement n'en a pas vu grand-chose à Arques, si ce n'est cette salariée d'Arc International, présente au restaurant. Agent de maîtrise à temps plein, titulaire de deux BTS, dix-sept ans d'ancienneté et 1 250 E net à la fin du mois. Le leader du MRC en reste coi : « Ça ne demande pas de commentaires. »

PAR DAVID MONNERY

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