QU'ILS S'EN AILLENT TOUS
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"QU'ILS S'EN AILLENT TOUS" de Jean-Luc Melanchon paru en octobre 2010 aux Editions Flammarion - 114 pages.
Le décor est planté. On connaît la polémique entretenu avec brio par le chef du Parti de Gauche au sujet des médias... Mais le titre de ce livre reflète bien mal l'analyse qui y est développée et qui s'avère plutôt intéressante. Jusqu'à présent, Jean-Luc Melanchon était un bon client pour la presse avide de spectacle.
Certes, le titre volontairement provocateur est un bon plan marketing et la charge du chef du Parti de gauche contre David Pujadas aurait pu aussi être un obstacle à la commercialisation de ce livre... Rappelons qu'il y a quand même eu appel au boycott, qualificatifs et autres noms d'oiseaux peu glorieux, mise à l'index, la chasse au Melanchon a réellement eu lieu et les résultats escomptés n'ont pas été au rendez-vous de ceux qui voulaient en découdre avec lui (si l'on en juge par le nombre d'exemplaires vendus). La caste des biens penseurs, des politiquement corrects avait sorti le grand jeu anti-populiste mais avait oublié qu'une grande partie des français est irrésistiblement portée à s'opposer et donc à s'allier à ceux qu'elle stigmatise.
« Qu'ils s'en aillent tous ! » Populiste ce titre ? Peut-être mais un titre bien trouvé tant il correspond à ce que bon nombre de gens pense en voyant les injustices, les salaires démesurés des grands patrons, les discours pompeux des sachants, des nantis... « Qu'ils s'en aillent tous ! » que ceux qui n'ont jamais eu envie de le hurler à un moment ou à un autre se lèvent, Le titre désigne ici l'inutilité et l'incompétence de l'immense majorité des élites, de tous ces dirigeants qui ne sont ni innovateurs ni chercheurs, mais qui construisent leur carrière bien à l'abri d'une rente ou d'une banque.
Le livre décrit de tacon simple ce type de parcours politique qui s'articule autour de trois concepts que sont l'argent, l'Europe et l'écologie. L'argent pour commencer. Depuis 2004, le nombre de personnes gagnant plus de 100 000 euros par an a augmenté de 28% tandis que les revenus des patrons du CAC 40 ont été multipliés par 8 depuis 2000 selon Melanchon. Plus il y a de riches, plus il y a de pauvres, 8 millions, dont un millions de plus entre 2004 et 2007, Mais là ou l'analyse est surprenante c'est qu'il ne se contente pas de vilipender les patrons sans argument, il propose d'instaurer un salaire maximum relativement confortable, 350 000 euros. Ségolène Royal proposait quant à elle 90 000 euros dans les années 1990. Et surtout, le salaire moyen d'un patron de PME de 50 à 100 salariés n'est que de 110 000 euros. Bref, imposer à 100% tous les revenus au dessus de 350 000 euros ne frapperait que ... 15 000 personnes. Des lors, il pose une bien légitime question : Pourquoi attendre, que risque-t-on à voir nos grandes entreprises dirigées par des gens certes plus modestes mais tout aussi compétents ?
Après l'argent, Jean-Luc Mélenchon qui a beaucoup évolué sur le sujet, évoque l'Europe. Il n'est pas loin de l'autocritique. Oui, pendant 25 ans, il a cru au fédéralisme européen. Oui il a cru que l'Europe permettrait de résister à la mondialisation néolibérale et à l'hégémonie des Etats Unis. il reconnait son erreur et derrière lui, nombreux sont ceux qui s'y retrouveront... « Il dénonce que le capitalisme ne s'intègre plus qu'en démantelant toutes les régulations en commençant par celles des citoyens comme les lois, les alternances politiques, qui leur permettaient encore de décider. Nous aurions selon lui lâché le monstre dans notre court » . Tout y passe y compris le Traité de Lisbonne. Il explique qu'il y a désormais trois têtes de l'exécutif au lieu de deux, ce qui était déjà beaucoup compte tenu de leur nocivité respective. Premièrement, le Président du Conseil des gouvernements, qui continue à changer tous les six mois. Vient ensuite le président permanent, qui change tous les deux ans. Enfin le Président de la Commission installée pour la durée de l'Assemblée européenne, soit six ans I». A stop ou encore ? Mélenchon répond stop : « Ça suffit comme ça ! Je dis adieu à mon fédéralisme puisqu'il est sans objet. (...) Je ne m'engage plus que sur des objectifs concrets, immédiats, liés à la refondation républicaine et sociale de mon pays. » Le souverainisme, cet objet politique tant haï par nos élites, qu'elles assimilent abusivement à un nationalisme régressif, a recruté un nouveau partisan à gauche.. Puis et c'est tout aussi important, Jean-Luc Melanchon confirme qu'il renonce aussi au productivisme qui fut au coeur de son idéologie. Au moment où il tente, par ce livre, de séduire les adhérents du Parti Communiste, la démarche est plus que courageuse.
Pour amortir le choc, Jean-luc Mélanchon prône une planification écologique qui ferait sans doute pâlir de jalousie Daniel Cohn-Bendit à l'image de sa conclusion évidente : la sortie du libre-échangisme fou dans lequel nos dirigeants ont enferrée l'Union européenne. Et d'évoquer : « Votre jean parcourt ainsi 40 000 kilomètres en moyenne avant d'arriver dans votre magasin ou sur vos fesses. Pour quelle utilité collective ? Aucune ! Les emplois dans l'industrie textile française ont disparu. Les travailleurs turcs ou philippins sont exploités comme des bêtes. ». Il a raison.
À contrario, l'analyse perd une bonne partie de sa cohérence lorsque Jean-Luc Mélenchon prône, à la fin de son livre, une alliance privilégiée avec la Chine. Comment en effet militer pour la relocalisation industrielle sans affronter le pays qui a aspiré les industries du monde entier et notamment certaines de France. Comment tolérer la surexploitation des ouvriers chinois, le dumping monétaire de la Chine, cause de la destruction de deux emplois industriels sur cinq depuis trente ans ?
Jean-Luc Mélenchon semble occulter le fait que la Chine est le premier allié de tous les grands groupes et du CAC 40 qu'il dénonce. Il fait mine d'ignorer que le capitalisme chinois est l'un des plus inégalitaires au monde, bien plus que le capitalisme anglais ou américain / Il oublie que la Chine est désormais le premier acteur du néolibéralisme du XXIe siècle qui produit des ravages non seulement en Chine même, mais aussi sur tous les continents, en Afrique comme en Amérique Latine. La tendance pro-chinoise de Mélenchon n'est pas nouvelle. On pouvait comprendre, à la rigueur, que son engagement laïc l'incitait à la méfiance à l'égard des Tibétains. On comprend moins qu'il soit si imperméable au cri de colère contre les délocalisations imposées par Carrefour des ouvrières filmées par Mariana Otero dans son film "Entre les mains".
Cela méritait d'être signalé mais ne doit pas vous empêcher de lire un livre que je qualifie de stimulant écrit par l'un des rares socialistes qui cherchent à moderniser l'égalité républicaine.
MCS - Comité Local d'Henin-Beaumont.


