Mise en ligne le 18/02/2006
MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
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Motion "Un projet républicain exigeant"
Rapporteur : Jean-Yves Autexier,
Secrétaire National au projet.
Signataires : Jean-Pierre Chevènement, Président d’Honneur ; Georges Sarre, Premier Secrétaire ; et les membres du Conseil national unanimes, réunis le 4 février 2006.
Dans le tourbillon
de la mondialisation libérale, la France est mise à mal. Le 21 avril 2002, le 29 mai 2005 et les émeutes
dans les banlieues sont autant de symptômes d’un même mal : les principes selon lesquels la France républicaine
est constituée sont soumis à rude épreuve :
- sa liberté d’agir est corsetée dans l’empire des marchés ; l’Europe qui selon les euro-béats devait
nous protéger des dérives erratiques du capitalisme dérégulé détruit au contraire nos protections et
nous immerge dans un marché mondial sur lequel nous n’avons pas prise.
- sa souveraineté est réduite au rite de l’élection. Mais le peuple qui vote n’est plus souverain. Un
à un, les éléments clés de nos décisions ont été mis hors de portée du suffrage populaire : la politique
monétaire se décide à la Banque centrale européenne « indépendante » à Francfort ; 80% de nos règles
économiques se fixent à Bruxelles, selon une procédure complexe qui fait des Parlements nationaux des
observateurs muets puis des chambres d’enregistrement ; l’O.M.C. détruit les règles du commerce mondial
; les Etats-Unis fixent les règles du jeu diplomatique.
- sa conception de la citoyenneté est confrontée à de nouveaux défis. Le citoyen, progressivement dépourvu
de sa souveraineté politique, devient consommateur de droits avant de se dégrader en simple consommateur
de biens. Les exigences de l’égalité, de la laïcité, s’évanouissent devant l’affirmation de communautés
juxtaposées aujourd’hui, rivales ou hostiles demain.
- la conscience de son destin s’obscurcit ; faute de pouvoir lui assigner un cap, les élites dirigeantes
de notre pays invitent à célébrer la disparition de la nation, un jour vouée à la provincialisation
dans une Europe fédérale, un autre jour priée de s’excuser de son histoire et de quitter la scène.
La tempête qui déferle sur la France républicaine est puissante. Si puissante que beaucoup de ceux qui
avaient fait profession de « changer la vie » énoncent aujourd’hui que « le capitalisme a définitivement
gagné la partie » (Michel Rocard). D’autres, avec moins de franchise, affichent un programme de lutte
contre le libéralisme, mais mènent une politique d’accompagnement docile lorsqu’ils exercent le pouvoir.
Les libéraux, enfin, attendent de la mondialisation et de l’Europe qu’elles réussissent là où ils n’ont
pu aboutir, qu’elles puissent mater les velléités d’égalité et de souveraineté du peuple français, ou,
pour reprendre leurs propres termes, qu’elles puissent réformer la société française de l’extérieur,
puisque, de l’intérieur, ils n’y parviennent pas !
A notre peuple désorienté, nous devons la vérité.
La mondialisation libérale est portée par l’évolution du capitalisme financier ; sa puissance est immense,
mais elle n’est pas le fait d’une fatalité extérieure ni d’un mouvement inéluctable ou irrésistible.
Elle comporte des faiblesses, des failles, des contradictions. Si le mouvement républicain en France
n’a pas la force, à lui seul, d’arrêter le déploiement de la vague, il doit agir sur les leviers capables
d’opposer des obstacles à la mondialisation financière. Les principaux sont les nations et les mouvements
ouvriers. Le mouvement républicain en France peut être l’âme d’une résistance à ce déferlement destructeur
des cultures humaines et des solidarités sociales. Face à l’hégémonie des lois du marché, les Républicains
doivent former le parti du politique.
C’est à cela que nous ont invité les Français, aussi bien le 21 avril 2002 que le 29 mai 2005 et les
émeutes en banlieue ont montré à leur façon l’ampleur d’une crise sociale et d’une crise nationale étroitement
mêlées.
Beaucoup de citoyens se sont désintéressés du débat présidentiel de 2002, à partir du moment où le choix
qui leur est apparu inévitable, entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, ne répondait pas à leurs attentes
et se confondait dans un mol alignement sur le libéralisme ambiant. Mais les électeurs sont revenus
aux urnes le 29 mai 2005, dès lors qu’ils pouvaient faire entendre leur volonté : rejeter un carcan
libéral dont en réalité ils ne veulent pas, fut-il dissimulé sous le mot d’Europe. Il y a un fil directeur
entre les votes du 21 avril 2002, du 29 mai 2005 et la crise des banlieues : le rejet d’un système libéral
dont en réalité les Français ne veulent pas.
I - DU REJET AU PROJET
Notre devoir est de donner un contenu à ces aspirations, de permettre à notre pays de passer du Non
au projet.
Le contenu d’un projet républicain, anti-libéral, exigeant, est au cœur de notre travail politique depuis
plusieurs années. Nous avons en son temps rappelé à la gauche de gouvernement qu’entre le gauchisme
et le libéralisme, il y avait la République ! Nous avons combattu les abandons de souveraineté, ou les
transferts de compétence sans contrôle démocratique ; nous avons dénoncé les démantèlements de l’Etat
républicain, les lâchetés devant l’ethnicisme et le chantage à la violence, le communautarisme. Nous
avons aussi proposé de refonder l’Ecole, d’articuler les moyens publics et privés pour renouer avec
une politique industrielle, une politique de la recherche, pour orienter l’Etat vers ses fonctions d’anticipateur
et de stratège, pour repenser l’architecture de l’Europe et de la zone euro afin de retrouver la croissance
et l’emploi. Nous avons proposé de refonder la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs
et garantie d’égalité. Nous avons rappelé les moyens nécessaires à faire entendre la voix de la France
dans le monde.
Cet investissement intellectuel, ancré dans la confiance dans la République, dans la confiance en le
citoyen, doit à présent déboucher sur la définition d’un projet capable de répondre aux attentes du
pays, de sortir du désarroi qui s’est emparé des Français. Il y a toujours une alternative au renoncement.
Elle peut prendre aujourd’hui la forme d’un projet républicain exigeant rassembleur d’une majorité large
de notre peuple.
I - 1 - La voix des citoyens
Que nous ont dit les électeurs le 29 mai dernier ? D’abord, lorsqu’un enjeu est clair, un choix présenté,
ils se rendent aux urnes. 70% des inscrits ont voté ; c’est une participation puissante. Ainsi, 66%
des abstentionnistes de la présidentielle 2002 sont allés cette fois voter Non. Très concrètement, on
a vu dans les bureaux de vote des quartiers populaires, revenir des électeurs qu’on n’avait pas vu depuis
longtemps.
Ensuite, le vote Non est un vote jeune, actif, populaire. C’est un vote jeune, car les électeurs de
18 à 29 ans ont voté Non à 62%. D’ailleurs, de 18 à 55 ans, une majorité vote Non ; le Oui ne regagne
la majorité qu’après 55 ans. C’est un vote d’actifs. De 71 à 78% des ouvriers ont voté Non, de même
que 66% des employés. Deux catégories d’actifs seulement dont exception : les cadres et les professions
libérales. C’est enfin un vote populaire. Jusqu’à 3000 euros nets mensuels par foyer, on vote Non. Le
Oui repasse en tête au delà de 3000 euros par mois. Quand on a Bac + 2, on vote Oui à 67% ; quand on
a un CAP ou un BEP, on vote Non à 63%. De 61 à 64% des électeurs de gauche ont voté Non ; mais aussi
21% des électeurs de droite.
Cette coalition de forces jeunes, actives et populaires, s’est réalisée malgré un déluge médiatique,
stigmatisant le vote Non, malgré les deux grands partis politiques qui accaparent les sièges au Parlement,
l’argent public, le temps de parole et se succèdent alternativement au pouvoir. Les électeurs se sont
prononcés délibérément et en conscience, contre les leçons administrées chaque matin par les éditorialistes,
les plumes bien-pensantes, les chefs de gouvernement voisins, les économistes, dirigeants d’entreprises,
les « socialistes » comme les libéraux européens, malgré le Président, malgré le gouvernement, malgré
le Parlement qui avait déjà, lui, modifié la Constitution ! La hauteur des obstacles surmontés dit assez
la force de l’élan du 29 mai.
Aujourd’hui les mêmes, qui ont été défaits par le suffrage populaire, s’emploient de toutes leurs forces
à dénier l’importance du referendum, à vouloir l’oublier, à « réconcilier » dans des synthèses vides
partisans du Non et partisans du Oui, en faisant semblant d’ignorer qu’ils recouvrent l’opposition irréductible
entre ceux qui s’accommodent du libéralisme et de la mort de la nation, et ceux qui défendent la souveraineté
populaire et nationale.
De la même manière, les émeutes en banlieue ont montré la cristallisation de tous les échecs depuis
plus de vingt ans. Echec d’une politique économique qui, du franc fort à l’euro, a toujours sacrifié
l’emploi et l’industrie, et mené à un chômage de masse, totalement déstructurant et frappant spécialement
les jeunes générations. Echec d’une politique sociale qui, de politique de la ville en accompagnement
social, s’est contenté de verser du baume sur les plaies sans traiter les causes du chômage. Echec d’une
politique urbaine qui a laissé la ségrégation l’emporter, qui a concentré les populations à faibles
ressources et grosses difficultés dans les mêmes quartiers, souvent coupés des villes-centres. Echec
né d’une ignorance du fait national, d’un auto-dénigrement constant, d’un tropisme des élites à mépriser
le peuple et la France. Comment appeler les jeunes issus de l’immigration à « s’intégrer », à faire
France, si le pays est décrit comme un foyer de honte permanente ? Comment demander à des jeunes d’être
fier d’un pays dont les élites expliquent à longueur de colonnes qu’il est le paria des nations ?
Certes ces appels et ces cris venus de notre peuple ne suffisent pas à former un mouvement populaire
majoritaire ou une majorité de gouvernement. Il faut à cet élan un projet, des hommes et des femmes
pour le porter, une perspective politique.
Nous en sommes là. Notre investissement intellectuel au cours de la période, l’immense effort de cohésion,
de créativité, de proposition et d’innovation accompli au cours de la campagne présidentielle de Jean-Pierre
Chevènement, constitue un apport décisif. Pour aller du Non au projet, nous ne partons pas de rien !
Le MRC doit porter plus loin ce travail, répondre aux nouveaux défis, tracer de nouveaux chemins.
I - 2 Le retour du réel
Beaucoup d’évènements récents ont donné sens à notre cheminement :
- La guerre d’Irak a éclairé rétrospectivement la première guerre du Golfe et montré ce qu’il en était
de « la guerre du droit » à laquelle la gauche de gouvernement comme la droite avaient emboîté le pas.
La France a pris cette fois la bonne voie, et chaque jour confirme le bien-fondé de ce choix.
- L’évolution de la situation en Corse a montré ce que les citoyens pensaient des compromis passés avec
une minorité violente ; les résultats des referendums Outre Mer ont montré aussi que les citoyens n’entendaient
pas prendre congé de la République, comme les y invitaient pourtant la droite et la gauche.
- Le modèle républicain décrié par les libéraux de droite comme de gauche se porte moins mal que le
modèle communautariste britannique ; contrairement à ce qu’affirment les libéraux, ce n’est pas le modèle
républicain qui est à l’origine de la crise des banlieues, c’est l’abandon de ce modèle depuis vingt
ans ! C’est l’affaiblissement de l’école républicaine, l’absence d’instruction civique, la fin du service
national, le culte de l’individualisme et de la réussite par l’argent, la dévaluation de l’effort et
du travail, l’idéal d’égalité en réalité abandonné au profit d’une simple « équité ». A ce modèle les
Français montrent avec constance leur attachement ; ils savent aussi que la laïcité est le meilleur
garant du vivre-ensemble et de la citoyenneté.
- Le diagnostic posé, dès 1992, sur l’euro, sa gestion par une BCE hors de tout contrôle démocratique,
au seul service des marchés et de la rente, s’est confirmé. Ce qui nous valait hier des huées est aujourd’hui
devenu un constat partagé : la zone euro est la zone du monde vouée à la non-croissance. Les Etats euro
sont les champions du monde du chômage.
- Un nombre croissant de Français a pris conscience de ce que l’Union européenne, au lieu de nous protéger
des excès de la mondialisation, nous y enfonçait au nom de la concurrence. On l’a vu avec clarté lors
du sommet de l’OMC à Hong Kong.
- D’autres éléments touchant aux remèdes à opposer à nos maux sont venus à la lumière. Ainsi le refus
de la France, de l’Allemagne et de la Russie, avec le soutien de la Chine, d’autoriser la guerre en
Irak a formé le seul contrepoids à la politique américaine. Il a empêché que l’expédition bushiste soit
la guerre de l’Occident. C’est le seul grain de sable apporté dans les rouages de la mondialisation
libérale, car les équilibres financiers mondiaux, la confiance dans le dollar, sont étroitement liés
à la capacité militaire américaine de se déployer en tous points du monde.
- Les Français ont à présent, dans leur majorité, saisi le lien entre la politique libérale de Bruxelles
et la liquidation des services publics comme des entreprises nationales.
- Des notions clés comme la nation, la République, la souveraineté populaire, la citoyenneté, la laïcité
sont redécouvertes par beaucoup de ceux qui hier les vouaient aux gémonies, et envoyaient La Marseillaise
et Le Pen dos à dos.
- La « décentralisation » idéologique, hier panacée, est vue aujourd’hui comme une volonté d’affaiblissement
de l’Etat et un risque pour l’égalité.
Bref, à gauche, beaucoup de socio-libéraux sont revenus, le temps d’une campagne référendaire, au bercail
des idées républicaines. Et à droite, la crise fait rage entre les libéraux, obnubilés par le « modèle
» américain, qui sont allés à Washington s’excuser de la politique française, et ceux qui prétendent
redécouvrir les nécessités du « patriotisme économique » et se réfèrent au volontarisme et au rôle de
l’Etat, sans pour autant traduire cette orientation dans les faits. C’est ainsi que les Chantiers de
l’Atlantique, dernier grand site français de la construction navale ont été bradés à l’étranger pour
une bouchée de pain. C’est ainsi qu’après l’immense effort national consenti pour relever Pechiney,
ou la sidérurgie, Pechiney a été privatisé puis cédé au groupe nord-américain Alcan, et que Arcelor,
partie pour le Luxembourg, est aujourd’hui la cible d’une OPA.
C’est dans ce contexte nouveau que le MRC doit élaborer un projet républicain et exigeant. Dans l’univers
politique déconsidéré que nous connaissons, plus que jamais le seul repère sûr, c’est le projet qu’on
veut servir. A quoi rimerait de se définir par rapport à des réalités mouvantes ou à des définitions
qui ne veulent plus rien dire. C’est la gauche britannique qui est le meilleur soutien de George Bush
et c’est la droite française qui s’ y est opposé... C’est une gauche à la bonne conscience inaltérable
qui nous proposait de verrouiller le carcan libéral de la constitution européenne... C’est la gauche
officielle allemande qui avait pour programme social celui du Medef français... Entre ceux qui programment
les piscines publiques selon les religions, et ceux qui proscrivent les signes religieux à l’Ecole,
cherchez la droite, cherchez la gauche ! Maastricht, « constitution » européenne, Corse, statut de l’Outre-Mer,
privatisations, cherchez la droite, cherchez la gauche !
Il y a un meilleur critère que ceux que démentent la réalité, c’est le projet. Nous revendiquons d’être
jugés à l’aune de notre projet.
I - 3 -Résister au libéralisme
Ce projet est dirigé par un choix moteur : la résistance au libéralisme, et non l’alignement docile
sur ses exigences. Mais, pour y résister, encore faut-il comprendre ce qu’est la mondialisation libérale.
Encore faut-il connaître l’adversaire auquel on entend résister.
Le capitalisme industriel a laissé place au capitalisme financier. La valeur n’est plus constituée par
la production de biens et de services mais par l’estimation, par les marchés financiers, de la valeur
pour l’actionnaire. Cette désincarnation, ce détachement de la base réelle, permet au capitalisme financier
une extrême mobilité et une extrême rapidité. Les capitaux se déplacent dans l’instant, à la vitesse
des communications électroniques. L’ouverture des marchés de tous les pays de la planète est donc une
impérieuse nécessité. Le taux de rentabilité financière à court terme est la seule boussole. Aux capitaines
d’industrie ont succédé les fonds de pension. Leur exigence de rentabilité des capitaux investis est
tout à fait déraisonnable pour les industries d’Europe ; elle ne peut se satisfaire que sur des marchés
émergents avec des coûts salariaux très bas. Les firmes multi-nationales qui représentent en valeur
les deux tiers du commerce mondial sont les agents et les accélérateurs du processus. L’ouverture de
tous les marchés au commerce mondial est devenu un objectif central ; c’est la mission assignée à l’OMC,
qui délibère et agit sous le feu constant des lobbyistes des firmes multi-nationales, et instrumente
les pays en développement, -ou du moins certains d’entre eux- comme elle l’a fait à Hong Kong, pour
mieux servir la cause du libre échangisme dogmatique.
Le rôle central des Etats-Unis est assuré par le dollar et par les privilèges exorbitants que lui confère
la confiance accordée à cette monnaie devenue monnaie mondiale. La monnaie américaine reste en effet
la monnaie des échanges mondiaux (l’euro représente 16% des réserves, c’est à dire sensiblement la même
chose que représentait auparavant le deutsche mark soit 14%) La valeur du dollar n’est guère liée par
le déficit budgétaire américain, ni par le déficit considérable de la balance commerciale américaine.
C’est la confiance dans la solidité de la tête de l’Empire qui l’explique. Ainsi le Japon, la Chine,
les pétromonarchies et l’Inde, en achetant massivement des Bons du Trésor U.S., financent-ils le déficit
des paiements et assurent le bon fonctionnement du système, dont l’effondrement serait pour eux aussi
terriblement coûteux. Ainsi l’Europe dirige-t-elle son épargne vers les Etats-Unis et accepte-t-elle,
sans mot dire, une dévaluation du dollar de 50% en cinq ans qui ouvre toutes grandes les portes des
marchés de la zone euro aux produits de la zone dollar et de la zone yuan qui lui est associée. Aussi
les Etats-Unis s’efforcent-ils d’obtenir une réévaluation du yuan chinois pour améliorer leur balance
commerciale.
A la monnaie, il convient d’ajouter un élément majeur de contrôle de l’économie mondiale, l’énergie.
Maîtriser la production et le prix du pétrole aujourd’hui, du gaz demain, représente un instrument formidable
de régulation. Le Moyen Orient, l’Iran, la Russie, l’Afrique détiennent les principales réserves. Les
Américains n’entendent pas laisser aux pays producteurs ou à des ententes entre pays producteurs, Europe,
Chine et Japon, la maîtrise de ces données. La guerre du Golfe puis la guerre d’Irak ont cristallisé
ces enjeux et administré une limpide leçon de choses : les Etats- doivent justifier la confiance que
placent en eux les marchés financiers. Ils constituent de fait la seule puissance capable de projeter
ses forces où que ce soit. Cette confiance dans les Etats-Unis permet de maintenir le système en équilibre,
c’est à dire en déséquilibre permanent. Il y a un lien organique entre les capacités politiques et militaires
de Washington et le fonctionnement du système libéral mondialisé.
Résister à cette mondialisation financière et politique est nécessaire pour qui veut lutter contre les
inégalités, l’injustice, le chômage de masse. Prétendre lutter contre les effets du système sans analyser
puis combattre ses causes serait une imposture. Les Français le savent bien ; la première cause qui
les mobilisent vraiment, la première question qui nous posent est bien celle de la mondialisation. Est-elle
inéluctable ? irréversible ? Laisse-t-elle des marges de manœuvre ? Et lorsqu’ATTAC traite de ces vraies
questions, elle recueille une attention que les vieux partis usés et cauteleux ne peuvent plus espérer.
Le rôle de la politique, le devoir d’un parti politique, ce n’est pas la gestion des affaires courantes
au jour le jour, ce n’est pas la lamentation sur les fatalités, c’est de comprendre le monde, de vouloir
le changer et d’agir en conséquence.
I - 4 La mondialisation libérale a ses failles
A - D’abord, elle ne remplit pas ses objectifs : assurer le développement par la croissance généralisée
des échanges. L’Amérique du Sud et l’Afrique, une grande partie de l’Asie sont tenues à l’écart. Lors
des trente dernières années, la part dans les échanges mondiaux des pays les moins avancés a été divisée
par cinq ! La misère, la faim sévissent. L’enfoncement dans le sous-développement est le lot de régions
entières. Où en sont les espoirs de « la décennie du développement » ? La CNUCED et ses ambitions sont
effacées par l’OMC, mais les plans d’ajustement du FMI plongent les populations dans le malheur, ont
poussé l’Argentine au krach. Cette avalanche de misère fragilise le système. Dans toute l’Amérique latine,
un mouvement populaire puissant change progressivement la donne et remplace les bourgeoisies « compradores
» par de nouveaux courants qui veulent lier justice sociale et émancipation nationale.
B - La dictature du court terme est suicidaire. Exiger des taux de rentabilité financière de
20% dans des pays où la croissance n’atteint pas 2% est une démarche de prédateur, non d’entrepreneur.
La création de valeur pour l’actionnaire aboutit à détruire l’outil de production de valeur réelle.
Mais « l’entreprise sans usine » que vantait naguère le dirigeant d’Alcatel est une entreprise sans
emplois et bientôt sans valeur créée. Cette myopie -qui est aussi celle des marchés- a besoin d’être
corrigée. Le système lui-même a besoin de régulation. Les grands investissements nécessaires, en matière
de transports, de fourniture d’énergie, mais aussi de formation sortent du cadre de rentabilité à court
terme.
C - L’effacement des Etats que prône et met en pratique la mondialisation libérale, pour ôter
tout obstacle au libre-marché mondial, crée du chaos, laisse libre cours aux affrontements ethniques,
déstabilise les Etats...et gêne l’expansion du commerce ! Le sommet de Hong Kong a montré l’essoufflement
de ce dogme et ses limites.
D - La résistance des peuples, des nations, des cultures, des Etats est réelle. Elle est aussi
diverse. Et si nous proposons d’organiser une résistance républicaine à la mondialisation libérale,
il va de soi que tout ce qui résiste à la mondialisation n’est pas nôtre ! Celle-ci éveille en effet
des réactions ethniques, archaïques, où finissent par se mêler refus de la domination américaine et
refus de la modernité. Nous ne cautionnerons pas ces réactions pires que le mal. La politique américaine
stimule aussi sûrement l’islamisme radical au Sud que le chômage de masse nourrit Le Pen en France !
Mais nous ne cèderons pas non plus aux amalgames honteux qui veulent réduire toute force de résistance
à la mondialisation, à une alliance « rouge-brun ». Entre la mondialisation financière et l’islamisme
ou le fascisme, il y a la démocratie ! Cette précision étant donnée, il faut constater que la vague
de la mondialisation suscite de fortes réactions. La Chine a certes rejoint l’OMC, mais l’Etat chinois
a bien l’intention d’organiser méthodiquement son insertion dans le marché mondial et n’entend pas se
laisser écarteler ou désagréger à son contact. La Russie n’envisage pas de galvauder ses forces, notamment
en énergie et matières premières, sans qu’elles ne profitent au développement du pays. La profondeur
de l’opinion arabe et musulmane, de l’Asie à l’Atlantique, est animée d’un profond ressentiment à l’égard
de l’Amérique et parfois de l’Occident tout entier ; les régimes en place sont parfois pris en porte
à faux entre leur puissant protecteur et leur peuple ; des bouleversements sont possibles à tout moment.
En Amérique latine, l’antagonisme prend des formes diversifiées à Cuba, en Argentine, au Brésil, au
Venezuela, en Bolivie : partout cependant le modèle libéral mondialisé est contesté.
E - En Europe, le paysage a changé fortement depuis dix ans. Certes, les pays d’Europe centrale
et orientale, fraîchement libérés du joug soviétique, sont-ils vivement attirés vers le modèle libéral
mondialisé, et spécialement vers les Etats-Unis. Mais en Europe de l’Ouest, le mirage a cessé d’exercer
ses effets : on a découvert, lors de la guerre d’Irak, l’ampleur du fossé qui sépare les opinions publiques
en Europe et aux Etats-Unis, même si les milieux au pouvoir à Londres, Madrid, Lisbonne ou Rome étaient
alors restés fidèles à l’atlantisme. La victoire du Non au referendum est sans conteste un refus du
modèle libéral par les Français ; il est davantage aux Pays Bas un refus de disparaître dans un ensemble
non démocratique. Mais ces deux votes confirment la fin d’une époque. Les charmes de la « mondialisation
heureuse » sont évanouis. En Europe de l’ouest, on affronte la désindustrialisation, les délocalisations,
la stagnation des salaires, la baisse du pouvoir d’achat, la mise en cause des protections sociales,
le chômage de masse. Dès lors que les politiques européennes sont apparues non comme une protection
contre la mondialisation, mais comme son chausse-pied, les peuples ont commencé de s’en détourner, par
l’abstention d’abord, par le refus à présent.
F - Si l’on se projette dans les vingt ans qui viennent, que sera la crédibilité de la politique
américaine et par conséquent du système mondialisé dont elle est le cœur ? Que vaudront les régimes
de circonstance mis en place dans les pays producteurs d’énergie, face à la montée en puissance de l’Inde
et de la Chine ? Où se trouveront les réserves inexploitées de main d’œuvre à bas coût permettant des
taux de rendement du capital de 20% ? Les créanciers des Etats-Unis seront-ils toujours consentants
à financer ses déficits extérieurs ? Le consommateur américain, déjà surendetté et surconsommateur,
sera-t-il le seul à soutenir la demande mondiale, financée par les autres ? L’Europe, au lieu d’asphyxier
ses propres forces dans une visée fédéraliste impossible qui l’enfonce en fait dans la mondialisation
libérale, s’avisera-t-elle qu’elle doit organiser la coopération des nations qui veulent faire vivre
un modèle politique et social original dans le monde ? L’Europe s’avisera-t-elle de relancer l’expansion
et l’emploi sur son sol et d’en trouver les moyens ?
A l’évidence, l’avenir n’est pas écrit. La partie n’est pas jouée. Mais notre projet est éclairé d’abord
par cette volonté : résister autant que faire se peut face à la mondialisation financière libérale et
ses effets, et encourager toutes les nations du monde à rejeter ce carcan impérial.
II - NOTRE PROJET
II - 1 - Retrouver la croissance, faire reculer le chômage
Le chômage de masse est le mal à combattre. Il engendre la pauvreté, l’exclusion, le désespoir ; il
nourrit la xénophobie, le racisme, la délinquance ; il explique la perte de confiance dans la République.
Le problème est apparu insoluble parce qu’on ne voulait pas en changer les données.
Le monétarisme absolu, depuis la fin des années 80, la politique du franc fort pour préparer l’euro,
puis l’euro fort ont privilégié la rente et tari l’investissement. Cette politique qui a coûté en Europe
des millions de chômeurs a été rejointe par la mondialisation financière : démantèlement de toutes les
régulations et contrôles sur les flux financiers, abaissement des impôts, ouverture des marchés financiers
aux fonds de pensions. Les délocalisations, recherches de main d’œuvre la moins coûteuse sur la planète,
le démantèlement de toutes les protections commerciales, l’ouverture à tous vents du marché européen
où les produits à bas prix tuent les productions locales, ont fait le reste.
C’est cette orientation qu’il faut contrer. On ne luttera pas contre ses effets -le chômage- sans agir
sur ses causes.
II - 1 A - Changer l’architecture de la zone euro
La zone euro peut renouer avec la croissance. C’est la priorité immédiate. L’expansion économique doit
gagner l’Europe et spécialement la zone euro où elle est aujourd’hui interdite de séjour. Pour changer
de politique, nous proposons : de renégocier le Pacte de stabilité, pour en faire un pacte de croissance
concertée. A tout le moins les dépenses d’investissement productif, de recherche et de défense doivent
être exclues du calcul du déficit budgétaire plafonné. De modifier les statuts de la Banque centrale
européenne afin d’inclure dans ses missions la nécessité de veiller à l’emploi et à un haut niveau d’activité
D’instituer un gouvernement économique de l’euro assuré par l’Europroupe, et autorisé à donner des orientations
à la BCE. La politique du change est capitale, du fait de la mondialisation des échanges. Elle doit
être reprise en main : comment accepter que la BCE ait laissé sans réagir l’euro se réévaluer de 50%
face au dollar, pénalisant ainsi lourdement la production et l’emploi dans la zone euro ? Le futur Président
de la République doit être décidé à se battre farouchement pour changer l’architecture de la zone euro.
Faute de quoi, devant l’incapacité du système monétaire euro de répondre aux besoins des économies des
pays membres, ceux-ci seront tentés par le décrochement de l’euro et le retour aux dévaluations compétitives.
II - 1 B - L’innovation et la recherche
Nous proposons un effort renouvelé et conséquent en matière de recherche. Les vœux pieux du sommet de
Lisbonne en matière de recherche et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons
de porter à 3% du PIB l’effort de recherche français, en déduisant ces engagements des déficits budgétaires
plafonnés. Tous les pays de l’Union ne sont pas en mesure de mener le même effort de recherche. Ceux
qui le font doivent y être encouragés ; c’est un intérêt commun. Le même raisonnement vaut pour l’effort
de défense.
Nos orientations prioritaires doivent viser les nouvelles technologies de l’information, les biotechnologies,
l’énergie (réacteur nucléaire du futur, pile à combustible...) la santé, les transports, l’agriculture,
l’environnement. L’initiative publique en ces domaines est nécessaire.
II - 1 C - La politique industrielle
La politique industrielle doit reprendre ses droits. Elle a été ramenée par la Commission de Bruxelles
à une simple politique de la concurrence. Celle-ci exige une réforme de bon sens : dans une économie
mondialisée, le temps n’est plus à lutter contre des positions localement fortes. Dès lors qu’une position
n’est dominante que localement, elle doit être acceptée voire encouragée lorsqu’il s’agit de faire naître
en Europe des champions mondiaux.
Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l’Etat doit exercer une mission de sécurité absolue
et assumer un rôle de stratège. Son droit de regard, sous forme de golden share par exemple, est légitime.
Il faut en finir avec une attitude aussi désastreuse que celle de la Commission dans l’affaire Alstom,
qui pousse à créer un monopole en Europe et à affaiblir les capacités européennes face à la concurrence
mondiale dans des secteurs hautement stratégiques. Des coopérations renforcées dans les domaines industriels
clés doivent pouvoir se nouer, sans l’aval préalable de la Commission, avec un nombre restreint d’Etats
membres volontaires.
Une politique industrielle cohérente exige de mettre nos grandes entreprises à l’abri des prédateurs
boursiers. Beaucoup, en raison de leur actionnariat, sont vulnérables ; les exemples de Carrefour ou
Danone sont connus. Des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d’un pôle d’actionnaires
stable capable d’intégrer les exigences de moyen et long terme pour l’entreprise, actionnariat salarié,
qui à partir de 10 - 15% offre une résistance solide aux opérations prédatrices.
Une politique de soutien à la croissance, l’industrie et l’emploi appelle également l’Etat à veiller
à un environnement favorable et stable.
II - 1 D - L’énergie
L’énergie est le premier de ces facteurs. Les pouvoirs publics ne peuvent s’en désintéresser. Nos approvisionnements
en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage
de l’Europe : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Les récentes tensions à propos de l’approvisionnement
en gaz de l’Europe le montrent amplement : l’affaire est d’abord politique et ne saurait se régler par
le seul jeu du marché. Une Europe européenne, soucieuse de ses intérêts à terme, a autre chose à faire
que d’emboîter le pas à la politique américaine dans ces régions, ne serait-ce qu’en raison de la contrariété
d’intérêts au point de vue énergétique. Nous proposons une politique de grand voisinage avec la Russie,
le Proche et Moyen-Orient, le Maghreb, au sein de laquelle la sûreté de nos approvisionnements énergétiques
s’inscrira logiquement.
Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d’indépendance énergétique, font que l’énergie nucléaire
a un grand avenir devant elle. Ceux des pays qui ont cru, un temps, pour causes électorales, pouvoir
s’en détourner, préparent des revirements déchirants. L’avenir du nucléaire doit être préparé. L’heureux
déblocage de l’EPR est un pas décisif. La localisation à Cadarache du projet ITER est une reconnaissance
des acquis français et un fort accélérateur de la recherche en matière d’énergie nucléaire : réacteur
de recherche, réacteur de remplacement des tranches EDF, réacteurs sous-critiques... Sur vingt ans,
il faut prévoir de gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce n’est pas
inaccessible ! La loi Bataille en fournit le moyen. Faute de quoi, ce serait 50 000 000 de tonnes de
gaz carbonique que nous serions amenés à produire... Le souci de l’environnement, la préparation de
l’avenir et l’intérêt national se rejoignent. Cette priorité peut d’ailleurs fort bien se conjuguer
avec le développement des énergies renouvelables et avec une politique sérieuse de maîtrise des dépenses
énergétiques.
II - 1 E - Le service public
Pour offrir un cadre favorable à la croissance et à l’emploi, nous avons besoin de services publics
performants et de qualité. Les défis énergétiques à venir, le renouveau du nucléaire, exigent, tant
du point de vue de la sécurité que de l’exigence de long terme pour les investissements, qu’EDF reste
dans le domaine public. Dans le domaine de l’énergie, mais aussi dans celui de l’eau, le service public
est seul de nature à apporter les garanties qu’exigent les citoyens.
Si les Français ont rejeté le projet de « constitution » européenne, c’est parce qu’ils ont saisi que
« la concurrence libre et non faussée » était le lacet avec lequel les libéraux entendaient étrangler
le service public. Certes, ils n’en dressaient pas l’acte de décès ! Mais en les soumettant à la concurrence,
on les laissait à la merci de l’écrémage où le secteur privé s’octroie les activités rentables, ne laissant
au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.
Le prochain Président de la République doit être capable d’obtenir une directive « service public »,
permettant sans équivoque de préserver nos services publics, garants de l’égalité d’accès des citoyens
aux services de base ; faute de quoi le maintien du service public dans notre pays exige une clause
d’opting out sur les mesures de libéralisation.
II - 2 - La revalorisation du travail
La loi de la mondialisation libérale, c’est la mise en concurrence des « coûts » du travail, le salaire
étant ramené à un coût sans considération des effets qu’il exerce sur la demande et la croissance. A
cette concurrence, l’Asie est aujourd’hui gagnante ; certains Etats d’Afrique jouent aussi leur carte,
et les pays d’Europe centrale et orientale exercent leur attrait.
II - 2 A - Protéger les acquis sociaux en Europe
Une politique de revalorisation du travail doit donc être cohérente et prendre en compte cette réalité.
A terme, le respect de clauses sociales et environnementales à l’OMC doit être notre cheval de bataille.
Mais cette bataille sera rude et longue.
C’est pourquoi, faute de résultat, l’Union européenne doit remettre en œuvre la préférence communautaire
qui prévalait jusqu’en 1974 au sein du Marché commun, et l’appliquer aux biens et aux services. Cette
préférence communautaire implique un tarif extérieur commun et c’est la seule manière de garantir le
niveau social européen.
Cette conception des relations commerciales mondiales, à rebours du libre échangisme dogmatique de l’OMC,
vaut non seulement pour l’Europe, mais pour le monde. La liberté des échanges, comme l’a fort bien montré
Maurice Allais, seul prix Nobel d’économie français, ne peut valoir qu’entre zones de niveau économique
et social comparable. La thèse libérale selon laquelle l’extension sans limite du libre-échange apporterait
la prospérité est contredite par l’expérience : le chômage s’accroît au Nord, tandis que la majorité
des pays du Sud s’enfonce dans le sous-développement. Notre politique de commerce mondial doit inciter
à un cercle vertueux : plus le niveau social et environnemental s’élèvera dans les pays fournisseurs,
plus le niveau de leurs exportations vers l’Europe s’accroîtra. A la vision de l’OMC nous devons opposer
un projet d’organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique et
social comparable, avec liberté des échanges à l’intérieur, et régulation des échanges entre grandes
zones.
II - 2 B - Rééquilibrer les revenus du travail et du capital
Dès à présent la revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut s’engager en France
par la réforme des charges sociales. Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourd’hui
assises sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée
comptable de l’entreprise. Ce prélèvement unique se substituera au système actuel de cotisations et
exonérations ciblées. Les cotisations salariales, à l’exception de la retraite, doivent être transférées
vers une CSG ne supportant pas l’impôt. Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l’effort
de revalorisation du SMIC et de rendre au salariés du pouvoir d’achat. A l’inverse, les revenus du capital
seraient appelés à financer bien davantage la protection sociale. Revaloriser le travail et sa rémunération
exige de commencer par le SMIC et les bas salaires : le travail doit être reconnu socialement et ce
principe ne doit pas être anéanti par le dumping social mondial. Il faut aussi lutter contre la précarité,
et non la développer, avec les contrats CNE CPE, voués à s’étendre comme tâche d’huile et à réduire
à rien le droit du travail ; il conviendrait aussi de rendre coûteuses pour l’employeur les indemnités
de fin de CDD.
II - 2 C - Garantir les protections sociales
C’est d’abord par le travail et la croissance que sera garantie la pérennité des régimes sociaux. En
matière de retraite, cette certitude n’est pas aujourd’hui assurée. La part des actifs par rapport aux
inactifs sera améliorée si la retraite progressive est mise en place. Ceux qui le souhaitent ne doivent
plus être arrêtés de travailler par un âge-couperet. L’allongement de la durée de vie pourra ne pas
déséquilibrer le système, si une politique active d’aide à l’enfant redresse la démographie. Mais le
chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue une immense perte de cotisations
pour les régimes de protection sociale. L’issue n’est pas dans les fonds de pension qui ne font qu’engendrer
de nouveaux risques et se révèlent fort coûteux. Elle est dans la réforme de l’assiette des cotisations,
l’amélioration du taux d’activité en fin de carrière... et dans le recul du chômage.
L’assurance maladie est en danger : en témoignent le déséquilibre de ses comptes et les menaces de libéralisation
dans la logique de libre-concurrence : l’OMC souhaite inclure la santé dans son champ d’action. Nous
voulons au contraire renforcer un système de protection universel, égalitaire et solidaire, dégagé des
contraintes de rentabilité mais équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle
directeur dans la politique de santé publique et dans les dépenses de santé. Nous avons besoin d’une
politique du médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques. Moderniser l’hôpital
public, c’est déconcentrer son budget au niveau de chaque service, distinguer une partie forfaitaire
correspondant aux missions générales et une partie indexée sur l’activité réelle. C’est aussi faire
face à la pénurie d’infirmières, mettre fin au numerus clausus pour les médecins, accorder des encouragements
financiers à l’installation en zone difficile, à la tenue des gardes et des urgences. Des Agences régionales
de santé doivent garantir la cohérence des choix et la réalité de l’égal accès aux soins. Nous proposons
également d’organiser un cinquième risque dans la protection sociale : le risque dépendance, par reconversion
du système actuel et protégeant l’ensemble des ménages.
La solidarité entre les générations passe aussi par la politique familiale. Beaucoup de couples n’ont
pas autant d’enfants qu’ils le désirent. C’est triste pour eux et fâcheux pour notre pays. L’excédent
de la branche famille doit être dirigé vers la construction de crèches et le financement de services
d’assistance maternelle, en maintenant la diversification des modes de garde.
Garantir et pérenniser notre système de protection sociale, c’est donc résister à la logique libérale
qui veut le transformer en champ de profit, au risque d’immenses inégalités.
II - 2 D - Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail
Revaloriser le travail des paysans face à l’offensive libérale menée par l’OMC est un combat exemplaire
pour toute résistance au libéralisme. La réforme de la PAC imposée en 2003 a instauré un « découplage
» entre la production et le revenu des paysans. Désormais l’agriculteur ou l’éleveur, au lieu de vivre
de ses produits -dont le prix sera progressivement aligné sur le cours de braderie du marché mondial-
vivra d’allocations. C’est un abandon complet des principes de la PAC, qui était, faut-il le rappeler,
la seule politique commune mise en place. Désormais, l’Union européenne n’a qu’un objectif : aligner
l’Europe sur le marché mondial, comme l’y presse l’OMC, laquelle peut compter sur le soutien actif de
Tony Blair.
Contre cette liquidation, il faut réinventer la PAC et les principes qui l’avaient fondée : préférence
communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de nouveaux
objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures
des pays du Sud. Le refus du découplage des aides va de pair, pour nous, avec la fixation de prix intérieurs
européens, en référence aux coûts de production réels et à des codes de bonne pratique. Le respect de
la préférence communautaire garantit ces prix. Dès lors, la limitation par quota de production des restitutions
aux exportations est acceptable.
L’objectif d’autosuffisance alimentaire de l’Europe ne doit pas être perdu de vue. Dans cet équilibre,
pourront être menés à bien le passage de la production de masse à la qualité, l’encouragement aux productions
agricoles non alimentaires, au respect de l’environnement, le développement des contrats territoriaux
d’exploitation. Des aides directes sont possibles dès lors qu’elles visent à préserver l’environnement
et développer les bonnes pratiques. Mais cette réinvention de la PAC doit permettre à l’Europe de se
nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides.
Pour valoriser le travail, faire face au chômage de masse en Europe, maintenir un système valide et
juste de protection sociale, un vigoureux changement de politique est indispensable. Ce renversement
de cours ne peut être porté que par un mouvement populaire puissant capable de voir dans cet effort
non pas un programme électoral supplémentaire, mais la République elle-même, reprenant confiance en
soi, relevant les défis, la République relevée, la République en actes.
II - 3 - La République relevée
II - 3 A - La souveraineté, la démocratie, la loi
Le plus grand reproche qu’on puisse faire aux gouvernements qui se sont succédé, c’est d’avoir laissé
effacer les repères de la République. Et pourtant, plus la réalité est complexe, plus rapidement elle
évolue et se transforme, et plus nous avons besoin de principes clairs. La France est un pays essentiellement
politique, pour qui la souveraineté populaire est l’autre nom de la liberté. Il n’y a pas de démocratie
sans souveraineté du peuple. Tous ceux qui ont tourné autour du pot, essayant de finasser avec ce principe
élémentaire, de théoriser sur des « délégations de souveraineté » à Bruxelles, ont heurté l’obstacle
le 29 mai : comment imposer à notre peuple des choix qu’il n’a pas voulu, ni par lui-même ni par ses
représentants ? Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c’est la refonder sur les souverainetés
nationales qui sont inaliénables. Cela n’exclut nullement des transferts de compétences, des compétences
exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées. La prolifération
du droit dérivé est devenue incontrôlable : il serait temps de revenir au principe de la primauté de
la loi nationale postérieure sur ce droit dérivé. Nous proposons d’ailleurs d’étendre en Europe le champ
de ces compétences exercées en commun par des coopérations renforcées.
Les droits de l’homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une parcelle du souverain.
Les droits et les devoirs qui sont les siens sont liés à la souveraineté nationale qu’il a en partage.
Le « droitdel’hommisme » est un consumérisme ; les droits et devoirs du citoyen sont une éthique. C’est
tout cela qu’il faut relever !
En République, le citoyen n’a qu’un maître : la loi, qui doit être égale pour tous. Il est urgent de
simplifier la loi, de mettre un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme européenne.
Prendre le citoyen au sérieux c’est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.
II - 3 B - Le renouveau de l’Etat
L’Etat est l’instrument par lequel le bien commun s’affirme par dessus les intérêts particuliers. Pour
réformer l’Etat, il faut clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices,
fonctions de stratège et missions d’intérêt public : transports, énergie, recherche, aménagement du
territoire... Ceux qui ont la charge de servir l’Etat doivent le moderniser au lieu de le dénigrer.
La frénésie de calomnies sur le rôle de l’Etat a été encouragée par le gouvernement Raffarin, appliqué
à poursuivre une décentralisation tout idéologique et dépassée. A présent les Français et leurs élus
n’en veulent plus. Cette décentralisation là signifie la fin de l’égalité. Décentralisons donc, mais
dans la République et dans le respect de la solidarité nationale. Cessons d’opposer les collectivités
locales à l’Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de l’intercommunalité de la
loi de 1999 montre que c’est possible. Il serait nécessaire aussi de clarifier les responsabilités de
chaque niveau de collectivité locale, en désignant des collectivités chef de file pour chaque domaine
d’activité, en réformant le mode de scrutin pour l’élection des conseils généraux, en conférant aux
régions un statut d’interdépartementalité sur le modèle de l’intercommunalité.
II - 3 C - La reconquête des territoires
Une vigoureuse politique d’aménagement du territoire en sera un excellent terrain d’application. Le
choix de pôles de compétitivité peut se révéler de bonne méthode, à condition cependant que les moyens
correspondent au propos. Ils doivent servir à une reconquête de l’espace français, pensée en fonction
des défis européens. Cela appelle également une mise en cohérence des politiques publiques où l’Etat
à un rôle moteur à jouer : le discours de dénigrement de l’Etat et d’apologie de la proximité est totalement
périmé face aux enjeux mondiaux.
Il est temps aussi de réinventer la politique de la ville et d’en faire un bilan sans complaisance,
spécialement au lendemain des émeutes des banlieues : contractualisation poussée à l’excès, multiplication
des procédures, superposition des zonages vont à l’encontre de l’efficacité et de la rapidité nécessaires.
Elles vont de pair avec l’absence de sens : quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle
nation ? Tant que ces questions ne trouvent pas réponse, les modalités d’action s’enlisent sans perspective.
A la « politique de la ville », aux « politiques d’intégration » doit succéder une volonté nationale
de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte social, rejetant
dans les actes les réflexes communautaristes.
Nous proposons de modifier les règles de financement du logement pour construire la mixité sociale,
au sein de chaque immeuble, pour construire de la ville dans chaque quartier en déshérence avec ce que
cela exige d’équipements, de services, de lien social, sans écarter la nécessité de détruire et reconstruire
ce qui doit l’être dans les banlieues. A l’éclatement dans l’espace correspond l’absence de solidarité
: la ville éparpillée, en miettes, doit retrouver cohésion sociale et densité urbaine. Le secteur du
bâtiment n’est pas délocalisable ! C’est un moyen efficace de la relance.
Nous proposons de garantir aux collectivités locales des ressources pérennes fondées sur la fiscalité
locale au lieu de les remplacer par des dotations. Le maillage territorial des services publics doit
s’adapter à l’évolution des populations et à leur croissance en zone péri-urbaine. Des systèmes de parrainage
souples doivent être favorisés avec les étudiants, les retraités, les bénévoles, les anciens élèves
et les jeunes des quartiers populaires en difficulté scolaire. Un nouveau mouvement d’éducation populaire
laïque est à créer dans nos banlieues.
II - 4 - La citoyenneté affermie
Le citoyen est au cœur de la République parce que s’articulent en lui la liberté individuelle et l’exigence
du bien commun. La citoyenneté ne sépare pas l’autonomie de chaque être humain et la solidarité. Face
à l’individualisme, la citoyenneté est le rappel de l’intérêt général. Le civisme est la forme la plus
élaborée du lien social. Relever le citoyen c’est d’abord croire en l’égalité des droits et des chances,
c’est rappeler l’égalité devant la loi. Si la citoyenneté traverse aujourd’hui une crise, ce n’est pas
le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour après jour, au
nom de l’individualisme exacerbé, du culte de la réussite personnelle par l’argent, des communautarismes.
C’est aussi parce que l’intérêt général est perdu de vue.
II - 4 A - L’égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever
par le principe de citoyenneté.
Nous sommes très loin du compte, spécialement dans la vie professionnelle. 78% des emplois non qualifiés
sont occupés par des femmes, et 82% des emplois à temps partiel. Mais 5% des membres des conseils d’administration
sont des femmes ! Depuis la mise en oeuvre de la directive européenne sur le travail de nuit, 15000
femmes supplémentaires travaillent de nuit dans l’industrie, et savourent sans doute cet acquis du féminisme
bobo... Une politique active d’égalité professionnelle est nécessaire. La collectivité doit aussi développer
les services indispensables pour que les femmes puissent concilier vie professionnelle et familiale
(crèches, services à domicile, péri-scolaire...) Le principe de laïcité est un appui pour les femmes
qui doivent à nouveau défendre le droit à disposer d’elles-mêmes face aux mouvements anti-IVG, ou même
défendre leurs droits élémentaires contre les pressions religieuses ou machistes de certains milieux
islamistes. Pour tout Républicain, le combat féministe est un enjeu concret d’égalité. L’égalité hommes-femmes
est un principe devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder le pas.
II - 4 B - L’égal accès à la citoyenneté
La crise des banlieues le montre avec force : l’égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur
de notre génération : aux jeunes issus de l’immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de
résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d’égalité. Il faut certes
lutter énergiquement contre les discriminations à l’embauche, au logement, dans les loisirs, mais il
faut aller bien au delà : promouvoir avec volontarisme cette génération. Education populaire dans les
quartiers, soutien scolaire, préparation aux concours.... L’Etat ne doit pas rester observateur ou juge
pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire fondée non sur une discrimination raciale
positive, mais sur l’exigence d’égalité de tous les citoyens et l’ardeur à abattre les obstacles qui
s’y opposent et les préjugés.
Nous proposons ainsi que, à la manière des anciens IPES, l’Etat finance les études des jeunes de condition
modeste sous condition qu’ils servent l’Etat ou le secteur public durant dix ans. Ce serait un moyen
efficace de promotion sociale et une irrigation de la fonction publique et du secteur public par des
femmes et des hommes représentant la diversité de la France d’aujourd’hui.
Cette politique sociale, pour réussir, doit s’inscrire dans une réaffirmation nationale. Au moment de
faire France avec nos nouveaux citoyens, donnons leur l’envie d’être Français ! Au lieu de dicter par
des lois le contenu des programmes d’histoire, cessons de caricaturer le passé, de fragmenter la mémoire
nationale en autant de mémoires communautaires rivales, et affirmons sereinement que la France est digne
d’être aimée. Comme ses voisins d’Europe, elle a connu ses ombres et ses crimes, mais ils ne sauraient
faire oublier les grands élans qui sont le fil directeur de son histoire : La Révolution française,
la démocratie, les droits de l’homme et du citoyen, l’abolition de l’esclavage, la laïcité, la Résistance
et la Libération. Certes la France n’a pas toujours été fidèle à ses idéaux ; mais c’est au nom même
de ces idéaux que nous pouvons mener une critique constructive qui, loin de faire haïr notre histoire,
fera mieux comprendre à quel point elle est l’enjeu d’un combat constant.
II - 4 C - Donner sens à l’immigration
La France doit demeurer une terre d’immigration, à condition que celle-ci soit régie par des règles
claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser
les populations installées sur notre sol. De même, il faut rester ferme avec le principe qui veut que
l’accueil d’un étranger en France a pour corollaire le respect des valeurs de la République et de ses
lois. Il faut ainsi conforter la situation des étrangers établis en France et lui donner sens : pour
l’immense majorité, ils deviendront Français et leur destin est en France. L’accès à la nationalité
est l’aboutissement logique -du moins pour ceux qui le souhaitent-. « L’immigration zéro » et « des
papiers pour tous » sont les deux faces d’une même médaille : l’ignorance de la réalité des migrations.
La maîtrise du mouvement, pour le rendre compatible avec nos capacités d’accueil, implique des lois
claires et un soutien actif au co-développement avec les pays d’origine. Les quota d’origine ne sont
pas acceptables en raison de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent
être utilisés qu’en accord avec les pays d’origine afin de ne pas organiser le pillage des cerveaux
du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à l’immigration : elle est appelée à faire France
! Avec les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, nous serons en 2015 le premier pays d’Europe
par la population.
II - 4 D - La laïcité
La laïcité est constitutive de la citoyenneté : en distinguant la sphère publique de la sphère privée,
elle rend compatible l’infinie diversité des hommes, des cultures, des religions, et la commune appartenance
à la République à égalité de droits et devoirs. La laïcité unit les hommes par ce qu’ils ont en commun
au lieu de les diviser par ce qui les distingue.
Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu’aucune distinction religieuse ne s’impose dans l’espace
public, à ce que l’ethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l’esprit,
de la recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque d’aujourd’hui est à livrer contre
l’enfermement dans le communautarisme.
La laïcité est un bon guide également pour traiter d’un problème simple : l’Islam, dernier venu des
grandes religions sur notre sol, ne dispose pas de lieux de culte dans les mêmes conditions que les
religions qui l’ont précédé. Il est possible de compenser cette inégalité sans toucher à la loi de 1905
: une Fondation privée d’intérêt public est en mesure de réunir les financements nécessaires sans attenter
aux règles de la loi de séparation. Un Islam de France, ayant intégré le principe de laïcité dans ses
rapports avec l’Etat et la société sera un précieux encouragement pour ceux qui oeuvrent à l’évolution
des sociétés politiques du monde arabo-musulman. Il est nécessaire de rappeler que le Conseil représentatif
du culte musulman, heureuse initiative de Jean-Pierre Chevènement est compétent pour les affaires de
culte, et ne saurait être transformé en représentant des Français d’origine maghrebine.
De même les principes laïcs sont éclairants quant il s’agit de légiférer sur les questions d’éthique
: clonage thérapeutique, par exemple, ou sur les modes de vie : améliorations du PACS notamment. La
liberté d’examen, l’éthique de responsabilité sont de meilleurs repères que la fuite en avant dans toutes
les démagogies.
II - 4 E - Le droit égal pour tous à la sûreté
L’exigence de la citoyenneté nous crée des devoirs en matière de sûreté, de lutte contre la violence,
de justice. Nous avons, de longue date, souligné à quel point la délinquance urbaine touchait d’abord
les gens les plus modestes, ceux que leurs moyens assignent à résidence et qui ne peuvent quitter les
cités populaires pour les beaux quartiers. Le mépris ou l’ignorance de l’aspiration des habitants des
quartiers populaires à vivre dans la tranquillité explique une part de la déroute de 2002. Rappelons
que, pour nous, le droit égal pour tous à la sécurité doit s’imposer aussi bien face à la démagogie
sécuritaire que face à l’angélisme. Il va de pair avec l’action pour l’égal accès à la citoyenneté car
aucun amalgame n’est acceptable. Ni la pauvreté ni l’origine étrangère de ses parents ne prédestine
quiconque à la délinquance. Et un délinquant, qu’il soit auvergnat ou maghrébin, doit être sanctionné.
Dans la crise des banlieues, faire preuve d‘indulgence à l’égard de ceux qui brûlaient des écoles ou
incendiaient les voitures de leur voisins, aurait été le meilleur moyen d’enfoncer ces jeunes, qui ont
avant tout besoin de repères. La démagogie est toujours mauvaise conseillère. A rebours, aidons généreusement
l’immense majorité des jeunes issus des quartiers populaires à réussir leurs études, à trouver un travail
et réussir leur vie.
La police de proximité, mise en place dès 1999 par Jean-Pierre Chevènement, a été peu à peu démantelée.
On a vu le résultat de cet abandon, sur le terrain : face aux émeutes, la police de proximité avait
disparu et ne restaient que les unités d’intervention. C’est une profonde erreur sur laquelle il faudra
revenir si l’on veut traiter les causes et non jeter de la poudre aux yeux. Il faut continuer d’améliorer
la liaison police - gendarmerie - justice, et veiller à une harmonie de vues ; un gros investissement
est nécessaire aussi pour que la justice accomplisse ses missions à commencer par l’exécution des peines.
Une loi de programmation pour la justice est nécessaire.
II - 4 F - L’évolution des institutions
Enfin, la question des institutions se trouvera posée : l’absence de volonté politique, la dilution
des responsabilités, la mise en cause de la souveraineté font prendre à beaucoup les effets pour la
cause. Après seize réformes constitutionnelles depuis 1958, ce n’est pas le conservatisme institutionnel
qui est responsable de la crise ; peut-être sert-il de bouc émissaire ou de dérivatif. Mieux vaut affronter
les vrais problèmes. Autant le dire, nous n’attendons pas du prochain Président de la République qu’il
engage dès son élection une dix-septième réforme de la Constitution. Ce n’est pas la priorité immédiate
et la démocratisation nécessaire du fonctionnement des institutions pourrait prendre plus rapidement
d’autres chemins.
Il serait sage de s’aviser en revanche de toutes les conséquences du quinquennat. Celui-ci, accompagné
d’une lecture plus originelle de la Constitution, et du fait que l’élection législative suit désormais
de quelques semaines l’élection du Président de la République, dessine un paysage beaucoup plus présidentiel,
où le chef de l’Etat est directement responsable de l’exécutif. Il n’y a pas lieu de s’en offusquer
dès lors que le Parlement exerce la plénitude de ses droits : contrôle de l’exécutif, contrôle préalable
des directives européennes (avec saisine possible du Conseil constitutionnel), maîtrise sérieuse de
la loi de finances et de son exécution, de la loi de financement de la sécurité sociale).
L’élection du Président de la République au suffrage universel, puis le quinquennat, sont irréversibles.
Ils dessinent, qu’on le veuille ou non, une évolution présidentielle et non un retour au parlementarisme.
Encore faut-il que l’avantage premier du régime présidentiel, à savoir paradoxalement la force et l’indépendance
du Parlement par rapport à l’exécutif, soit affermi. Rappelons aussi qu’une telle évolution rendrait
possible l’usage de la proportionnelle, en totalité ou en partie, pour l’élection des députés, puisque
la stabilité gouvernementale ne serait plus mise en cause. En revanche le risque de blocage impose qu’en
cas de crise, le Président comme l’Assemblée retournent devant les électeurs. C’est dans cette voie
que les conséquences du quinquennat doivent être méditées.
En matière institutionnelle enfin, se pose la question des partis politiques. Le mode de financement
public permet à deux grands partis d’accaparer l’essentiel des fonds publics et des temps d’antenne.
Il est temps de faire place aux formations émergentes et de réformer en conséquence les critères du
financement public.
II - 5 - Refonder l’Ecole
L’école républicaine est à refonder. Depuis plus de trente ans elle a cherché à relever les défis de
la démocratisation et de l’arrivée de couches de plus en plus nombreuses d’élèves, par des méthodes
et des théories qui ont souvent fait fausse route. La pédagogie n’est pas une fin en soi. Il est temps
de recentrer l’Ecole sur ses missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever
l’autorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en primaire
est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée à la maîtrise de la langue française
qui conditionne tout le reste... à commencer par l’apprentissage ultérieur des langues étrangères. La
République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate d’inculquer le goût de l’effort
dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite par l’argent est portée
au pinacle, la joie de comprendre, la fierté de s’élever, dans un environnement où tout concourt à la
crétinisation de masse. Leur tâche est difficile. Il est déraisonnable de fermer les yeux sur la situation
des élèves qui ne maîtrisent pas les connaissances élémentaires et passent de classe en classe en s’habituant
à l’échec et en nourrissent le ressentiment.
Nous proposons de donner aux parents qui le souhaitent la possibilité de scolariser les enfants en maternelle
à partir de deux ans, de rétablir une semaine équilibrée de cinq jours, d’ouvrir plus longtemps les
CDI et bibliothèques, d’organiser les études surveillées et le soutien scolaire. L’Ecole doit devenir
le lieu d’apprentissage du bon usage de l’Internet, où l’élève dirigera sa recherche au lieu d’être
égarée par elle, où il apprendra à croiser ses sources avec celles des media classiques. L’enseignement
technique et technologique doit être pleinement valorisé.
La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l’Ecole. L’instruction civique doit
transmettre les valeurs de la citoyenneté : égalité des droits et des devoirs, laïcité, amour de la
loi, respect de soi et des autres. C’est le creuset dans lequel s’effacent les distinctions de sexe,
d’origine, de croyances. Dans une société sapée par les inégalités, l’Ecole demeure une garantie de
justice sociale qu’il faut préserver. Contre l’irruption de la violence dans l’Ecole, il faut relever
l’autorité des maîtres : le jeunisme ou la démagogie conduisent à une tyrannie du groupe sur l’individu.
Les ZEP sont une bonne chose à condition qu’elles aient les moyens de fonctionner et qu’elles ne cèdent
pas à la tentation du différentialisme dans les programmes. Les méthodes de la didactique doivent s’adapter
aux élèves, mais le niveau d’exigence n’a pas à s’abaisser. Dans les zones difficiles, il faut les meilleurs
enseignants : les incitations appropriées doivent être développées. Les Instituts universitaires de
formation des maîtres ont besoin de connaître la mission que la République assigne à l’Ecole. Faute
d’un cap défini, la langue de bois pédagogiste et le jargon libéral-libertaire se substituent à l’idéal
de l’Ecole émancipatrice. Un bon niveau de connaissances théoriques disciplinaires n’est nullement incompatible
avec la maîtrise critique des techniques pédagogiques. De même l’approche de l’éducation civique doit
trouver place dans les IUFM.
Enfin l’Ecole républicaine ne doit pas être assujettie aux féodalités locales. Non au recrutement régional
des maîtres, à la mise en concurrence des établissements. La valeur nationale des diplômes préserve
une garantie d’égalité.
Dans l’enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du nombre d’étudiants dans les
filières scientifiques et techniques. Des bourses incitatives seraient nécessaires. L’orientation, à
l’Université, au cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l’abandon par de nombreux
étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l’Etat et le service public financent les
études de jeunes de milieu modeste qui s’engagent ensuite à servir durant dix ans. L’Etat, dans ses
rapports avec l’Université doit stimuler leur association avec les grands organismes de recherche, favoriser
la création de nouvelles universités de technologie
II - 6 - Science, culture, environnement
Un projet républicain doit se fonder sur la confiance accordée à la science et à la création. La liberté
de la recherche doit être défendue bec et ongles, contre les nouveaux obscurantismes. Les choix politiques
relèvent de la démocratie et des décisions prises à la majorité. La recherche en revanche ne doit pas
connaître d’obstacles politiques. Elle doit recevoir une franche impulsion publique.
Les relations de l’homme et de la nature revêtent une dimension planétaire : effet de serre, réchauffement
du climat, conséquences sur le niveau des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement
de la biodiversité... Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison et de la science,
et non de sombrer dans un millénarisme aveugle. La mise en cause de plus en plus systématique de la
recherche au nom d’un principe de précaution dévoyé n’est pas acceptable. Ainsi la situation climatique
apparaît de plus en plus inquiétante à l’horizon de quelques décennies. Limiter l’émission de gaz à
effet de serre doit devenir un critère de toute décision publique. On s’étonne de l’attitude de l’administration
américaine déniant ces évidences. On s’étonne de l’attitude de la Commission européenne qui, en matière
d’énergie, propose des catalogues d’alternative au pétrole (charbon, éolien...) qui ont sans doute un
rôle à jouer, mais passe sous silence le fait que seule l’énergie nucléaire obtient un rendement énergétique
considérable sans émission de gaz à effet de serre. Le développement mondial de cette énergie, assortie
de mesures d’économies d’énergie et de promotion des sources renouvelables, peut stabiliser la concentration
de gaz carbonique et donc la température moyenne du globe. C’est un enjeu qui mérite de sortir de la
démagogie anti-nucléaire, souvent déployée d’ailleurs par ceux qui ont accepté de mettre en place le
marché du « droit à polluer » ! L’éthique de responsabilité face à l’environnement et à l’avenir de
la planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté. Il faut penser l’écologie de l’humanité,
et réintroduire la responsabilité des nations face au devenir de l’humanité. Dans ses programmes de
recherche sur l’environnement comme dans sa coopération scientifique internationale, la France doit
être exemplaire : respect du protocole de Kyoto, programme en matière d’électricité photo-voltaïque,
d’agroforesterie, d’étude des coraux, protection des sols, gestion des déchets. Elle défendra la souveraineté
des peuples sur leurs ressources en eau, qui doit échapper aux lois du marché.
Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il s’agit de les défendre face
à la marchandisation générale, et de promouvoir l’exception culturelle. Il s’agit aussi de favoriser
la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment d’appartenance.
Les difficultés d’aujourd’hui tiennent moins à l’offre culturelle qu’à la demande, limitée socialement
et tendant à fonctionner en circuit fermé. L’exception culturelle, que le projet de « constitution »
européenne faisait disparaître en la soumettant à l’accord de la Commission et du Conseil, vise, au
delà de la diversité culturelle qui est un fait, à inscrire au plan juridique le droit d’exclure les
biens culturels des lois du commerce mondial. Il ne s’agit pas d’un principe national, mais universel,
permettant non seulement au cinéma français de survivre, mais aux autres cinémas, d’Europe ou d’Afrique
par exemple, de renaître ou d’émerger.
Nous proposons également de recentrer la télévision publique sur ses missions spécifiques, et de la
financer par une taxe sur les rentrées publicitaires des chaînes privées, celles-ci gagnant en retour
l’exclusivité de la publicité commerciale. Ainsi affranchie de la tyrannie des annonceurs, une télévision
publique digne de ce nom fera place à la qualité, à la création, à l’exigence en matière d’information.
Nous avons besoin aussi d’une chaîne d’information continue française, diffusée par satellite ; l’enjeu
mérite de surmonter l’opposition public - privé. De même la concentration des media autour de grands
groupes industriels -souvent d’industries de défense - est préoccupante : nous avons besoin d’une loi
anti-trust en matière de presse et, pour le moins, du respect strict de la législation actuelle prohibant
le cumul de titres par un seul propriétaire.
Nous proposons en même temps d’ouvrir la culture française sur le monde : création de Maisons des cultures
du monde, à l’image de celle créée à Paris par Ch. Khaznadar, franche réorientation de la France vers
le Sud, accueil et promotion des artistes et créateurs de l’Afrique et de la Méditerranée, rencontres,
concerts, festivals, création commune entre les jeunes francophones du monde entier, ouverture de l’édition
française aux écrivains francophones d’Amérique, d’Haïti, du Maghreb, d’Afrique noire. La société a
le devoir de protéger ses artistes. La responsabilité en incombe à la solidarité générale et à l’Etat
: la défausse entre l’une et l’autre, l’opacité, doivent cesser pour établir un statut décent aux artistes
et aux créateurs.
Nous proposons de faire de la francophonie une dimension majeure, culturelle et politique, capable d’ouvrir
notre peuple vers le monde. Par delà la défense et la promotion de la langue, elle peut illustrer la
capacité à brasser tous les peuples, toutes les émotions, à affirmer l’unité de l’humanité au delà des
fractures qui se creusent. Elle doit vigoureusement s’attacher à l’accueil et à la promotion des artistes
et créateurs du monde francophone.
II - 7 - La France doit rester une grande puissance politique
II - 7 A - L’Europe des peuples et des nations
Ce n’est pas en mettant la France républicaine à genoux que l’Europe se mettra debout. Les Français,
puis les Néerlandais, ont dit avec force, contre tous les pouvoirs établis, qu’ils ne voulaient pas
disparaître en tant que nations, ni être immolés comme ensembles de solidarité collective sur l’autel
de la concurrence mondialisée.
Nous attendons du futur Président de la République qu’il tire les conclusions du vote massif du peuple
français : l’Europe devra compléter les nations qui la composent et non s’y substituer. Cette clarification
est urgente. Et pour commencer, il faut retirer de notre Constitution la référence au Traité constitutionnel
européen que notre peuple a rejeté.
Nous n’avons pas besoin de « constitution » européenne. Elle a été sortie par la grande porte, elle
ne rentrera pas par la fenêtre, comme le propose le texte d’orientation adopté par le PS au congrès
du Mans. Entre les vingt-cinq Etats membres, un traité pourra, le moment venu, enregistrer les acquis
des améliorations institutionnelles acceptées à Nice et après Nice et se débarrasser des thèses inacceptables
sur la défense dont l’OTAN ne saurait être l’instance de mise en œuvre. Pour ce qui est de la « charte
des droits fondamentaux » et ce qu’il en est advenu, une simple adhésion de l’Union à la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme » garantira aussi bien les droits des citoyens, en nous
préservant du gouvernement du juge de Luxembourg ! Quant au titre III de la « constitution », laissons
lui sa valeur de traité : chacune de ses dispositions n’en sera que plus aisément modifiable. Le futur
Président de la République devra faire respecter le vote des Français et refuser énergiquement tout
retour à cette pseudo-constitution.
En revanche, la France devra proposer -comme on l’a présenté plus haut- un programme de retour à la
croissance en Europe et de levée des obstacles qui s’y opposent (Pacte de stabilité, statuts de la BCE,
politique du change, etc...)
Elle devra également proposer de simplifier la procédure de coopération renforcée : elles doivent être
possibles à partir de cinq Etats volontaires ; la Commission n’a pas à y opposer de veto. A défaut,
ces coopérations devront se nouer hors traité. Les coopérations renforcées sont nécessaires pour rattraper
notre retard en matière de recherche, pour doter l’Europe d’un réseau de transports à grande vitesse,
développer le ferroutage, mais aussi pour dépolluer la Méditerranée, assurer la sécurité des centrales
nucléaires, promouvoir l’industrie aéronautique et spatiale...
A ces coopérations renforcées, pourraient être associés des pays du grand voisinage de l’Europe : Russie,
Turquie, Maghreb. Le dixième anniversaire du processus de Barcelone marque une grande déception : il
est urgent de relancer la dynamique de co-développement en Méditerranée. C’est le meilleur moyen de
lutter contre la misère et d’assécher le terreau du fanatisme. Aux thèses absurdes qui veulent dresser
l’un contre l’autre l’Europe et le monde arabo-musulman, nous devons opposer l’alliance des civilisations.
La France, l’Allemagne et la Russie ont fait la preuve qu’ensemble, ils ne pouvaient certes pas arrêter
l’équipée guerrière des Etats-Unis en Irak, mais qu’ils pouvaient faire contrepoids ; du moins ont-ils
empêché les Américains de faire valider leur agression par l’ONU comme ils l’obtinrent malheureusement
en 1991. Le changement profond de l’opinion en Allemagne ancre le partenariat franco-allemand dans une
réalité politique tangible. Nous pouvons faire écho en France à ce mouvement, en stimulant l’intérêt
des Français pour leur voisin d’outre Rhin, pour sa langue, sa culture, sa créativité et en cessant
d’entretenir des complexes d’ailleurs réciproques. La ligne Paris Berlin Moscou trace le chemin d’une
véritable émancipation européenne au service de l’équilibre et de la paix.
II - 7 B Vers le co-développement
Le co-développement doit devenir une exigence : effacement complet de la dette, relèvement de l’aide
publique, taxation des mouvements de capitaux spéculatifs... Face à l’idéologie libérale qui exerce
tant de ravages en Afrique, la France républicaine a le devoir de dire avec force qu’il y a un autre
chemin : il n’y a pas de développement sans Etat, qui soit si possible un Etat de droit ; il est nécessaire
de fonder des nations sur la citoyenneté et non sur le communautarisme ou l’ethnicité ; il est souhaitable
d’organiser le développement avec le soutien d’un Etat stratège, volontaire, garant du bien public.
Ce message est attendu. La diversité du monde ne peut se ramener à l’extension sans limite et sans frein
du modèle capitaliste anglo-saxon. Là se joue le destin d’un monde multipolaire. Nous proposons aussi
de réorienter l’aide publique vers l’investissement local, les équipements de santé, l’assistance médicale,
la formation, les microstructures artisanales, agricoles, commerçantes.
La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde arabo-musulman. Ses liens, depuis
François Ier ou l’expédition d’Egypte sont anciens. Le passé colonial a eu ses ombres mais aussi ses
lumières. Beaucoup de nos compatriotes sont nés ou sont de parents nés de l’autre côté de la Méditerranée.
L’ancienneté, la complexité, l’importance des liens tissés invitent la France à faire valoir sa vision
: les interventions militaires, au lieu de faire reculer le terrorisme, fouettent l’intégrisme dans
la région comme on le voit en Irak, en Iran, en Palestine, en Egypte ; Le nœud des tensions est dans
le conflit israëlo-palestinien. Une paix juste, durable, fondée sur le droit d’Israël à la sécurité
et le droit des Palestiniens à un Etat viable a été esquissée à Tabah. Son équilibre est toujours de
pleine actualité, comme l’initiative de Genève l’a montré. Ce n’est pas le choc des civilisations qui
vaincra la violence, mais la coopération Nord - Sud. C’est l’alliance des civilisations qui peut tarir
les sources du fanatisme et du terrorisme, imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco
américain, le moment est venu de faire valoir ces thèses. La politique américaine, déjà fourvoyée en
Irak, ne doit pas nous entraîner vers d’autres interventions en Iran ou en Syrie, contraires à nos propres
intérêts et désastreuses pour l’avenir.
Dans les relations économiques mondiales, la France doit porter un message clair : le libre échangisme
dogmatique ne résout pas les difficultés du monde, ni au Nord où il génère un chômage de masse, ni au
Sud où il approfondit la crise presque partout. Nous devons exiger une clause sociale à l’OMC permettant
de déjouer le dumping social des nouveaux pays producteurs et les inciter à relever plus vite salaires
et protection sociale. Faute de quoi nous devrons rétablir la préférence communautaire à l’échelon de
l’Union européenne pour une large part des biens et services.
Ce serait à la Banque mondiale, et non au FMI devenu inutile dès lors que ses missions sont assurées
par la plupart des grandes banques internationales voire nuisible si on en juge par le résultat des
plans d’ajustement, de favoriser l’investissement dans les infrastructures nécessaires au développement.
C’est la judicieuse observation de Joseph Stieglitz. Cela supposerait la constitution d’un réseau de
Banques de développement régionales pour investir dans l’économie réelle là où le secteur privé est
défaillant.
Nous soutenons également le projet de taxation des mouvements de capitaux à caractère spéculatif. Une
taxe fiscale pour la zone euro aurait un sens important, contribuerait à faire exister la zone comme
entité économique, et y stabiliserait les flux de capitaux. L’Europe montrerait qu’elle est autre chose
qu’un pion de la mondialisation libérale.
La France doit faire entendre sa voix dans les affaires du monde. La mondialisation ne périme que les
nations qui s’abandonnent. Il y a place pour une politique étrangère indépendante, solidaire, ouvrant
le chemin au monde multipolaire qui se dessine.
II - 7 B Une défense indépendante
En matière de défense, la remise à niveau engagée depuis peu doit être poursuivie, mais le recentrage
des missions est impératif. La défense est nationale ; la dérive vers la fourniture de contingents aux
quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit cesser. Les opérations
extérieures que nous conduisons ou auxquelles nous participons doivent être reliées étroitement à nos
objectifs de politique étrangère.
L’architecture de la défense doit être clairement perceptible : son noyau, c’est la force de dissuasion
qui autorise l’indépendance de notre politique. Loin d’être contradictoire avec notre projet européen,
la capacité de dissuasion française contribue à construire en matière de défense une Europe européenne,
et non pas seulement une banlieue de l’OTAN. Son cœur devrait être le lien armée - nation, gravement
distendu par la disparition du service national. Nous proposons la création d’un service court, d’une
dizaine de semaines, avec un encadrement professionnel et de réserve, permettant de former une garde
nationale de 60 000 appelé(e)s, avec un volontariat service long. Songeons qu’en cas de menace réelle,
nous n’aurions pas aujourd’hui les capacités de protéger les points sensibles du territoire (alimentation
en eau, électricité, relais de radio, de téléphone...)
En Europe, nous devons être le moteur de politiques communes en matière d’équipements de défense, et
mener le débat sur l’avenir de la défense en sortant de l’ornière qui ferait de l’OTAN le cadre de son
élaboration et de sa mise en œuvre. Nous respectons pleinement les obligations du traité de l’Atlantique
Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l’OTAN une organisation militaire internationale
intervenant en Asie ou au Moyen-Orient.
Nous n’avons pas à suivre les Américains qui voudraient faire du terrorisme le successeur de la menace
soviétique. Jamais en fait leur politique, depuis l’occupation de l’Irak, n’avait autant encouragé le
terrorisme et favorisé le recrutement de ces soldats perdus. La première réponse au terrorisme est politique.
L’Europe ne doit pas emboîter le pas de Washington, mais suivre sa propre voie dans ses relations de
grand voisinage avec la Russie, la Turquie, l’Iran, le monde arabe. Agir contre le terrorisme c’est
tarir ses sources financières et donc imposer des règles de transparence aux circuits financiers en
luttant contre l’argent sale. Au plan de notre sécurité nationale, les menaces actuelles font apparaître
la nocivité de choix antérieurs : nous avons besoin d’une défense du territoire, d’un service national
même de courte durée, d’une défense améliorée de nos approches maritimes et aériennes, de nos approvisionnements.
Il faudra combler ces lacunes. Lutter contre le terrorisme de manière efficace, c’est assécher le terreau
sur lequel il prospère et opposer aux fanatiques la cohésion civique de la nation.
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