MOUVEMENT REPUBLICAIN ET CITOYEN
Lettre de Georges Sarre au ministre Luc Ferry
Paris,
le 7 mai 2003.
Monsieur Luc Ferry, Ministre de la Jeunesse, de l'éducation nationale et de
la recherche,
110 rue de Grenelle 75700 PARIS
Monsieur le Ministre,
Comme vous le savez, je suis particulièrement attentif au fonctionnement
de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, dont la mission de formation des
élites, en particulier des élites administratives et politiques, me semble au
coeur de la République. C'est la raison pour laquelle, entre autres initiatives,
j'ai réclamé à votre prédécesseur, le 10 mai 2001, un rapport sur la nécessaire
démocratisation de Sciences-Po. C'est aussi la raison pour laquelle je considère
qu'il appartient au gouvernement de définir les grandes orientations de la politique
de cet établissement, et je m'étais opposé à l'autonomie de fonctionnement attribuée
à l'I.E.P. de Paris, de manière dérogatoire au droit commun, par la loi du 28
juin 2001 portant diverses dispositions d'ordre social, économique et culturel.
Je souhaite aujourd'hui vous interroger sur le financement de cet Institut et
de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, et à travers cette question
vous poser celle plus globale du financement public de l'enseignement supérieur.
Par une lettre adressée la semaine dernière aux étudiants de Sciences-Po, le
Directeur de l'I.E.P. de Paris, Monsieur Richard Descoings annonce en effet
que l'Institut doit se préparer à une augmentation notable des frais d'inscription
des étudiants. En privé, il avoue - excusez du peu - que ces frais pourraient
atteindre 4000 Euros par an dès la rentrée 2003 !
Le Directeur de l'I.E.P. de Paris justifie cette mesure par le fait, que, selon
lui, « l'Etat ne peut pas financer » l'augmentation des dépenses de l'enseignement
supérieur, et singulièrement de Sciences-Po. Et il affirme qu'il convient de
« lever le tabou de la gratuité de l'enseignement supérieur »... Ces propos
me semblent tout à fait choquants.
Je souhaite donc d'abord vous interroger sur le financement par l'Etat de l'enseignement
supérieur en général et de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris en particulier
: le gouvernement a-t-il oui ou non l'intention de subvenir aux besoins légitimement
croissants des universités et des grands établissements d'enseignement supérieurs,
en un mot d'assurer comme il se doit le financement du service public en la
matière ? Considérez-vous au contraire comme Richard Descoings que la gratuité
de l'enseignement supérieur est un « tabou » qu'il faut lever ?
Je
vous demande ensuite, si bien sûr vous considérez comme moi que l'égalité d'accès
à l'enseignement supérieur est une priorité face à laquelle l'Etat doit prendre
ses responsabilités, de dissuader le Directeur de l'I.E.P. de Paris de procéder
à l'augmentation draconienne des droits d'inscription à Sciences-Po.
Je souhaiterais parallèlement qu'un audit public approfondi soit fait sur les
comptes de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, sur laquelle l'Etat,
conformément à l'article 12 du décret du 22 mars 1946, est invité à exercer
son contrôle, et que d'ailleurs il finance très largement. Cela fait deux ans
maintenant que j'ai réclamé un rapport public sur le fonctionnement de la F.N.S.P.
Certaines initiatives de développement de l'Institut d'Etudes Politiques de
Paris, que d'aucuns ne manquent de qualifier d'expansionnistes et hasardeuses,
me semblent mériter pour le moins un examen particulièrement approfondi.
Enfin, je vous réitère la demande que j'avais formulée à votre prédécesseur
au sujet de l'élaboration d'un rapport du gouvernement sur la nécessaire démocratisation
de l'accès à Sciences-Po, à laquelle la réforme dite des « conventions Z.E.P.
» n'est à l'évidence pas une réponse digne de l'enjeu.
Vous comprendrez, Monsieur le Ministre, que l'attachement du Mouvement Républicain
et Citoyen au Service Public et à l'égalité des chances nous conduise à la plus
grande vigilance sur cette question. Dans l'immédiat, nous avons invité nos
sympathisants à participer aux mouvements de protestations des étudiants de
l'I.E.P. de Paris.
Dans l'espoir que vous apporterez des réponses satisfaisantes à leurs légitimes
revendications égalitaires et que vous serez en mesure de rassurer l'ensemble
des Français sur le financement public de l'enseignement supérieur, je vous
prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma considération.
Georges Sarre, porte parole du Mouvement républicain et citoyen.