MOUVEMENT REPUBLICAIN ET CITOYEN
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FRANCE TELECOM OU LA FIN ANNONCEE D'UN SERVICE PUBLIC "
Georges SARRE
05/12/02
"
Si à l'avenir l'intérêt stratégique de l'entreprise l'exigeait, le gouvernement
ne ferait pas obstacle à ce que l'Etat détienne moins de la majorité du capital
de France Télécom ". Cette phrase du communiqué du ministre de l'Economie et
des Finances, daté du 4 décembre 2002, sonne comme un aveu. Le gouvernement
ne détermine plus la participation de l'Etat dans le capital des entreprises
en fonction de l'intérêt général. Désormais, il se soumet à " l'intérêt stratégique
", réel ou supposé, de chacune d'entre elles. On peut mieux dire que l'idée
même de service public est abandonnée au profit de la seule et unique domination
des forces du marché.
Dans la phrase précédente du même communiqué, Francis Mer tente de justifier
sa position par l'idéologie : " Le gouvernement... constate que l'obligation
juridique d'une détention majoritaire du capital de l'entreprise a été l'une
des causes de la crise financière actuelle ". Il n'ose quand même pas écrire
que cette obligation aurait été la seule cause. Mais surtout, il voudrait nous
faire oublier la situation de quelques entreprises qui n'est pas sans analogie
avec celle de France Télécom.
Ainsi, Vivendi Universal, totalement privatisé, connaît des déboires financiers
assez similaires. Ainsi, d'autres grandes entreprises de télécommunications
en Europe connaissent des difficultés financières assez proches.
L'origine du colossal endettement de France Télécom ne réside pas dans la composition
de son capital. Elle est précisément dans la manière dont a été conçu " l'intérêt
stratégique de l'entreprise " au moment de l'ouverture de son capital. Comme
pour Vivendi Universal, il fut alors considéré que France Télécom devait parvenir
dans les meilleurs délais à une taille réputée mondiale en multipliant les acquisitions
à l'étranger, parfois à des conditions exorbitantes. Il est d'ailleurs stupéfiant
d'entendre aujourd'hui certains experts, technocrates ou autres banquiers, critiquer
cette croissance externe alors que, quand il était encore temps, ils furent
les plus virulents à reprocher toute timidité en ce domaine.
Comme pour les autres entreprises de télécommunication, il fut considéré que
France Télécom devait s'engager avec hardiesse dans la " nouvelle économie ".
Et oui, " nouvelle économie ", voilà une expression qui a disparu de notre vocabulaire,
qui sent bon son archaïsme quand bien même on arrive encore à s'en souvenir.
Pourtant, elle n'est pas si lointaine l'époque où l'on nous chantait les vertus
de la " nouvelle économie " avec sa croissance indéfinie et sa multiplication
illimitée d'emplois. La société de la communication, avec Internet, les mobiles,
les " start-up " et " autres autoroutes de l'information ", devait nous engager
vers un avenir paradisiaque. Puis soudain, tout cela s'est écroulé. Tout cela
n'était qu'illusion. Tout cela ne reposait que sur une bulle spéculative. Il
n'en reste que des dettes, des Himalayas de dettes, avec leurs cortèges de chômage.
Bien sûr, demeurent les acquis techniques. Des outils extraordinaires de transmission
ont été mis en place. Les perspectives de développement sont encore plus prometteuses.
Mais, nous ne maîtrisons pas leurs conséquences. Nous savons qu'elles seront,
qu'elles sont déjà, considérables.
Or, par nature, le marché est myope. Il ignore le long terme. Il n'avance donc
qu'au prix de crises avec tous les dégâts humains et matériels qui s'en suivent.
Plus l'impact de la nouvelle technologie introduite est considérable, plus les
ravages provoqués risquent d'être amples, si aucune mesure n'est prise pour
l'encadrer.
L'oubli de toute prudence a jeté France Télécom dans un gouffre financier. Alors,
pour essayer de l'en sortir, trois solutions s'esquissent. D'abord, poursuivre
dans la voie de la privatisation, c'est la fin annoncée du service public. Ensuite,
faire payer le personnel en utilisant toute la panoplie des mesures possibles,
en limitant toutefois les réactions légitimes des organisations syndicales.
Enfin, freiner, sinon arrêter, les investissements, et donc la modernisation
technique des équipements. Il est vrai que la concurrence étrangère pourra ainsi
prendre des parts de marché. La spirale descendantes pourrait s'avérait bien
plus grave que prévue.
Il y a quelque trente ans, la France avait pris un retard certain dans le domaine
du téléphone. Le gouvernement décida de remédier à cette situation qui handicapait
l'ensemble de l'économie. Les PTT, administration directe de l'Etat, se mirent
à l'oeuvre, mobilisant l'industrie nationale. En moins de deux décennies, notre
pays eut l'un des réseaux les plus performants au monde et put exporter sa technologie.
On dira que les temps ont changé et que ce schéma n'est pas reproductible. Pour
l'instant, il a quand même fait preuve de son efficacité, quand le schéma libéral
n'a montré que sa nocivité, c'est en fait l'idéologie dominante qui a changé.
Nous sommes passés d'une économie conçue dans le cadre de la République à une
économie soumise aux critères de Wall Street. Le coût humain et financier en
est prohibitif.
Georges Sarre, porte-parole du MRC