MOUVEMENT
REPUBLICAIN ET CITOYEN
INTERVENTION DE GEORGES SARRE AU CONSEIL NATIONAL
DU MRC
22/06/2003
"Les causes du mécontentement social sont profondes"
Chers Amis, Chers Camarades,
Au moment où nous tenons ce conseil national, notre pays traverse une des crises
les plus graves que nous ayons pu connaître.
Le mouvement social s'est essoufflé. Mais l'exaspération, la rage, l'humiliation
de vastes couches de notre société sont elles près de s'atténuer ? Et qui, aujourd'hui,
est capable d'incarner l'espoir de lendemains meilleurs pour ces millions de
femmes et d'hommes qui souffrent ?
Les causes du mécontentement sont profondes. Elles vont bien au-delà des retraites,
ou du transfert aux régions et aux départements de certains personnels de l'Education
Nationale.
C'est que les Françaises et les Français sont de plus en plus nombreux à comprendre
le processus de régression dans lequel leur pays est engagé. Ils sont de plus
en plus nombreux à comprendre que derrière la Nation, c'est le monde du travail,
ce sont les salariés qui sont menacés par la mondialisation libérale !
Avec le rétablissement de la République, au sortir de la seconde guerre mondiale,
c'est un pacte de progrès social qui avait été conclu : retour à la Nation des
grands services publics, solidarité nationale garantie par un système fort de
sécurité sociale et de retraites par répartition, égalité des chances assurée
par un enseignement public gratuit et de haute qualité. C'est ce pacte aujourd'hui
qui tombe en lambeaux. C'est cela qui fait que la France a la fièvre. C'est
cela qui fait que les salariés ont peur pour leur avenir, et celui de leurs
enfants !
L'offensive est en cours pour réduire le montant des retraites, tout en prétendant
que le niveau en sera maintenu au prix d'un allongement de la vie active, totalement
irréaliste dans le contexte du marché de l'emploi. L'offensive est en cours
pour ouvrir un boulevard aux fonds de pensions, qui prospèreront pour ceux qui
en auront les moyens, du fait de la réduction des prestations obligatoires.
L'offensive est annoncée pour l'automne sur le terrain de la sécurité sociale.
Le gouvernement s'apprête à réduire les prestations - soins dentaires, ophtalmologie,
d'autres encore sans doute - en ouvrant ainsi de juteux marchés aux assurances
privées. Sans pour autant apporter de remèdes à la grande misère de l'hospitalisation
publique.
Sur le terrain de l'emploi, la montée lente du chômage s'accompagne d'une précarisation
et d'une insécurité croissantes non seulement pour les salariés mais aussi pour
les travailleurs indépendants. Elle s'accompagne de véritables cataclysmes locaux
avec les licenciements massifs auxquels procèdent ici et là des entreprises
comme Alsthom, Danone, Métaleurop, dans des localités que jusque là elles faisaient
vivre.
L'offensive est en cours, vous disais-je, et les Français ont peur car ils le
savent bien : quand la régression s'installe, la République est en danger.
Mais en même temps, aujourd'hui, mieux qu'hier, les Françaises et les Français
entrevoient les causes du gâchis, ils commencent à en identifier les responsables.
Il y a ce gouvernement, qui gouverne si adroitement mais qui ment si mal. Il
y a le MEDEF, charmé par l'arrogance et la suffisance du baron Ernest-Antoine
Sellière de Laborde, qui s'active à presser le gouvernement dans la voie de
la régression sociale. Voyez la leçon qu'il vient de lui administrer, menaces
de licenciements à l'appui, à l'annonce récente de l'augmentation des SMIC !
Mais au-delà du gouvernement et du MEDEF, l'opinion se rend compte de plus en
plus que nous sommes entraînés dans un grand tourbillon à l'échelle mondiale,
qu'on appelle parfois la mondialisation libérale, et qui est générée par l'Empire
américain et par ses satellites.
Si nos industries se délocalisent toujours plus vite, n'est-ce pas que notre
pays a abdiqué tout pouvoir entre les mains des autorités bruxelloises ? Et
n'est-ce pas que les dites autorités bruxelloises se sont inclinées au sein
de l'Organisation Mondiale du Commerce devant l'exigence des ayatollahs du libre
échange ?
Si nos services publics sont bradés peu à peu, n'est-ce pas parce que l'Organisation
Mondiale du Commerce et les autorités bruxelloises ont fait admettre le principe
de l'ouverture progressive à la concurrence des marchés de l'électricité, du
gaz, des transports, dans l'immédiat, et à moyen terme de l'enseignement et
de la santé ?
Si notre économie stagne, n'est-ce pas que notre pays a abdiqué sa souveraineté
monétaire entre les mains de la banque centrale européenne ? N'est-ce pas aussi
que la France a acquiescé aux critères de Maastricht et au pacte de stabilité
qui imposent un carcan insupportable à nos finances publiques ?
Monsieur Raffarin l'a bien dit : ce n'est pas la rue qui gouverne. Mais ce n'est
pas non plus Monsieur Raffarin. Monsieur Raffarin n'est que l'humble serviteur
de la mondialisation libérale et des forces qui la mettent en œuvre, comme,
ailleurs, Messieurs Blair, Schroeder ou Aznar !
Oui il s'agit bien d'un processus mondial, dans lequel le devenir de notre économie
et de notre société, la réalité même de notre République ont cessé de dépendre
de la libre expression du suffrage universel et se trouvent soumis aux diktats
libre-échangistes de l'Empire américain.
La dictature de cet Empire n'est pas seulement économique. Elle est aussi de
nature militaire. On l'a bien vu en Irak. Armés jusqu'aux dents, les Etats-Unis
ne sont plus aujourd'hui freinés dans leurs entreprises, depuis l'effondrement
de l'empire soviétique, par aucune puissance capable de s'opposer à eux. Il
n'y a plus d'indépendance nationale, plus de souveraineté des Etats, plus de
Charte des Nations-Unies qui vaillent. Il n'y a plus que la force militaire
brutale des Etats-Unis qui frappent où ils veulent et quand ils veulent.
Si nous en sommes là aujourd'hui, c'est que depuis un quart de siècle, ceux
qui ont occupé tour à tour le pouvoir ont abdiqué, face à cette féroce offensive.
De cela aussi les Françaises et les Français prennent conscience. On l'a vu
dès le 23 avril 2002 : ils n'attendent le salut ni de Chirac, ni de Jospin ni
de ses continuateurs.
Chirac, dira-t-on, a eu dans la crise irakienne une conduite exemplaire, meilleure
sans doute que celle qu'aurait eu Jospin en semblable circonstance. Mais à quoi
servira dans la durée le lyrisme de Monsieur de Villepin, quand, dans le même
temps, le gouvernement de Monsieur Chirac s'acharne méthodiquement contre nos
acquis sociaux et nos services publics ?
L'offensive fait rage, mais où sont les hommes et les femmes prêts à dire non
! Et se battre ?
Monsieur Hollande est passé résolument à un discours de gauche, comme font toujours
les socialistes lorsqu'ils sont dans l'opposition. Mais quelle politique ferait-il
si ses amis et lui-même, revenaient aux affaires ? La même politique libérale,
agrémentée de quelques gadgets sociaux. Il suffit de lire les trois motions
qui ont structuré leur dernier congrès : pas une ne remet en cause les erreurs
libérales et fédéralistes passées !
Alors, vers qui les français peuvent-ils se tourner ? D'où peuvent ils vraiment
attendre ne serait-ce que le signe d'une résistance salutaire ?
La défense de la République, le combat pour l'égalité, la liberté, et la fraternité,
est aujourd'hui la charge, la lourde charge de notre petit parti, de notre Mouvement
Républicain et Citoyen.
La défense de la République, c'est aujourd'hui la défense de la justice sociale,
de l'école républicaine, de la solidarité nationale, des services publics. De
larges couches de la population sont aujourd'hui en lutte pour défendre ces
valeurs. Soyons, toujours, à leurs côtés, proposons leur des perspectives !
L'alternative nécessaire à Chirac et Raffarin ne peut venir d'un nouveau conglomérat
disparate autour du parti socialiste. Elle ne pourra émerger qu'autour d'un
projet et d'un modèle de société. Un modèle humaniste de liberté, d'égalité
et de fraternité, opposé à la réalité actuelle du chacun pour soi et de la dictature
du « fric ». Il faut faire du neuf, et pour faire du neuf, il faut d'abord être
libres !
Ce modèle, il faut le défendre en France. Il faut le défendre aussi au niveau
européen, devenu incontournable. La démission de nos politiques au profit des
institutions de Bruxelles, elles-mêmes soumises aux exigences des multinationales
a conduit à la situation actuelle. Il faut donc agir pour une Europe vraiment
européenne, une Europe de coopération active entre nations souveraines, une
Europe aux exigences sociales renforcées, une Europe ouverte à la coopération
avec la Russie et avec les pays du Sud. C'est tout le contraire de ce à quoi
nous assistons avec l'élargissement et la convention de Monsieur Giscard d'Estaing.
L'élargissement, au moment où l'Allemagne commence à prendre quelques distances
avec les Etats-Unis, va renforcer l'influence de ces derniers par le biais des
anciens satellites soviétiques dont la plupart aspirent à devenir satellites
des américains. L'élargissement, mal préparé, risque encore, à terme, d'introduire
des déséquilibres lourds de menaces. Et tout cela sans qu'à aucun moment le
peuple n'ait été consulté.
La convention pour l'avenir de l'Europe : le projet dont elle accouche accentue
le dessaisissement du citoyen en transférant des pouvoirs renforcés à une commission
européenne où la France et l'Allemagne n'auront pas plus de place que Malte
ou l'Estonie.
Elle confirme les orientations libre-échangistes, le refus de prendre en compte
en pratique, et non seulement en paroles, les exigences de la justice sociale
et moins encore la défense des services publics.
Depuis la très courte victoire du oui au traité de Maastricht, la dérive anti-démocratique
et anti-sociale de l'Europe s'est poursuivie sans que le peuple soit jamais
consulté. Nous exigeons qu'il le soit enfin sur le projet de Monsieur Giscard
d'Estaing et des chefs d'Etat et de gouvernement pour que son « non » franc
et massif, auquel nous contribuerons, signifie ce sursaut, ce retour à la République
dont la France à besoin !
Mes Chers Camarades,
Si notre pays, la France, et la République ont quelque chance d'émerger de l'actuel
chaos, ce ne pourra être qu'autour de cette ligne politique : refus de la dissolution
dans un magma ultra-libéral et atlantiste, réaffirmation des valeurs de la République
et avant tout de cette valeur essentielle qu'est la justice sociale.
Que ceux qui adhèrent à cette ligne viennent de la gauche, du centre, de la
droite, qu'importe, pourvu qu'ils y adhèrent sincèrement et complètement. Vous
êtes nombreux à croire que dans ce contexte, la refondation de la gauche est
nécessaire. Elle devra se faire sur des bases républicaines, celles que je viens
de décliner, car au fond, la gauche, pour nous, c'est d'abord la résistance
: résistance à l'injustice, à l'oppression, aux inégalités, l'émancipation du
monde du travail !
A nous maintenant de retrouver le chemin du peuple, de lui expliquer avec des
mots simples en quoi nos propositions répondent à ses préoccupations immédiates.
A nous de lui redonner espoir, de lui faire retrouver le chemin des urnes.
Pour y parvenir, il nous faut un parti.
Avec une identité, une stratégie, une tactique claires. Au fond, Chers Camarades,
nous sommes d'accord sur la critique de la mondialisation libérale. Nous pensons
la même chose sur l'actuelle construction européenne ; relais du libéralisme.
Quant à la politique économique et sociale du gouvernement actuel, nous la combattons.
Que faire ?
Nous devons porter haut et fort notre ligne, notre projet, nos analyses, pour
bien marquer la différence et défendre bec et ongle notre indépendance, notre
autonomie.
Ce qui doit aussi nous conduire à entrer en force dans la mêlée.
C'est par le débat contradictoire que nous contribuerons utilement à refonder
la gauche sur des bases républicaines.
Dans tous les débats, il faut défendre nos choix, les raisons de ces choix,
leur adaptation à la réalité de la France d'aujourd'hui, de l'Europe telle qu'ils
l'ont faite.
En face, nous aurons un ventre mou, des adversaires, mais aussi des gens disponibles,
prêts à nous entendre. Alors il ne faut pas rester sur l'Aventin et attendre
que l'on nous fasse signe.
Naturellement, il faudra participer aux forums que va organiser le PS, y aller
armés par notre volonté et nos convictions.
Mais il faudra aussi prendre des initiatives.
Le MRC peut, par exemple, préparer seul ou avec tous ceux qui le voudraient
une manifestation à la mémoire d'Allende et des militants de l'unité populaire
morts et torturés à l'occasion du trentenaire du coup d'Etat fasciste au Chili.
Pour faire émerger les vraies questions et les grands sujets internationaux,
européens et nationaux, organisons des rencontres, des colloques en province
comme à Paris. A la base, entrons dans les comités d'ATTAC pour échanger avec
leurs membres.
Faisons les Etats Généraux du monde du travail.
Bref, il faut faire vivre le débat partout et sur tout. Nous ne sommes pas devenus
frileux et nous devons être fiers d'avoir fait la campagne de Jean-Pierre Chevènement
et d'être allés, ensuite, dans la foulée, aux élections législatives.
Notre histoire est à gauche. C'est là qu'elle a commencé et c'est là qu'elle
doit se poursuivre, c'est à partir de cette ligne que nous rassemblerons. Autrement,
c'est le déclin, la morte lente qui seront au final au rendez-vous.
Alors, pour les élections, c'est simple.
Nous avons des élus, il faut qu'ils soient réélus.
Nous avons besoin de plus d'élus. Il faudra donc de bons accords dans toutes
les régions avec ceux de la gauche. Je parle naturellement des élections régionales
et cantonales.
Pour les élections européennes, c'est plus simple et beaucoup plus difficile.
Il ne saurait y avoir la moindre alliance avec le PS à moins de se renier.
Un programme régional pour les élections régionales est une chose ordinaire.
Pour les élections européennes, le PS, depuis son congrès, a ratifié la marche
vers une Europe fédérale. C'est clair. Cela interdit aux républicains, aux progressistes
conséquents d'être ensemble dans cette bataille électorales.
Nous ferons des listes, si c'est possible, dans les nouvelles circonscriptions,
mais, tout le monde le sait, la tâche sera rude.
Et il faut aussi, je l'ai dit, des hommes et des femmes libres prêts à se lever
et dire non ! Je me tourne donc vers vous, vous qui depuis des années, aux côtés
de Jean-Pierre CHEVENEMENT, avez tant donné pour faire triompher nos idées :
l'heure est elle venue de « poser le sac » ? Allons-nous, après tant de sacrifices
et d'efforts, abdiquer, nous résigner ?
Non ! Car moi, je sais qu'ensemble, nous pouvons réussir la lourde tâche que
nous nous sommes assignée, malgré les obstacles et les difficultés actuelles.
Pourquoi ? Parce que nos seules armes sont nos convictions, notre dévouement,
notre courage ! Ces armes là, chers camarades, je le sais, sont intactes, et
vous êtes prêt à vous en saisir de nouveau, à condition que l'on vous le demande
!
Salut et fraternité.