MOUVEMENT REPUBLICAIN ET CITOYEN

Le "Grand jeu" moyen oriental
21/04/03

Ainsi donc le pétrole ne serait pas la seule motivation des Etats-Unis et de leurs supplétifs, pour partir en croisade contre l'Irak. Il aura fallu attendre l'obstacle, au demeurant, imprévu par les stratèges américains, d'une certaine résistance de la part de la " vieille " diplomatie française, associée à la confirmation d'une résistance certaine émanant d'une opinion publique mondiale unie contre la belligérance américaine, pour que le vrai visage de l'administration Bush apparaisse au grand jour.

Là où la géopolitique du pétrole pouvait à elle seule expliquer, de manière plus ou moins " cartésienne ", l'interventionnisme américain, de toute manière injustifié au regard du droit international, un discours volontiers haineux et tonitruant de Georges W Bush nous éclaire sur les motifs réels de la chronique d'une guerre, hélas !, annoncée.

Qu'on se le dise, les Américains veulent le triomphe du Bien sur le Mal. Les " faucons " américains nous invitent donc aux premières loges d'un conflit civilisationnel, détourné du sens premier voulu par son auteur, Samuel Huntington, pour qui la notion de guerre préventive n'était certainement pas la meilleure façon d'y trouver une parade efficace !

Pour cela, la doctrine Monroe, alliée à celle de Mac Kinder, ont trouvé, en Irak, un terrain de jeu idéal !

Ainsi, il est écrit que les Etats-Unis marcheront sur Bagdad pour le bien de la démocratie planétaire en général et la leur en particulier. Après l'Irak dépecé - entre un Etat kurde, au Nord, artificiellement indépendant et maintenu sous perfusion par la présence américaine - et un protectorat américain sous l'égide d'un - général américain, rien que ça - , la politique étrangère américaine visera ensuite l'ensemble des pays arabes du Golfe persique.

Le premier à faire les frais de ce " grand jeu " remodelé par Washington sera sans aucun doute l'Arabie Saoudite, régime autrefois soumis, désormais honni pour son soutien implicite et financier au fondamentalisme sunnite. Le plan est déjà prêt. La légitimité dynastique des Saoud ne pèsera pas bien lourd face à un redéploiement des investissements américains sur la zone côtière du Nord-Ouest au profit des familles de la bourgeoisie pétrolière, appuyée par la présence massive de milliers GI's, cadeau empoisonné de la première guerre du Golfe en 1991.

Le démantèlement programmé à Washington, plus précisément dans quelques " officines " de l'establishment de la coalition chrétienne et conservatrice d'outre-Atlantique, ne fait, hélas, peu de doute. Les pays du Golfe persique et de la Mer d'Oman, seront les suivants, tant il apparaît limpide que la diplomatie américaine vise à se constituer au Proche-Orient, un vaste " hinterland " allant des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale aux limites méridionales de la péninsule arabique. Premier objectif, avoué à demi mot : la maîtrise totale de la production, de l'acheminement et de la distribution du brut prometteur de la mer Caspienne jusqu'aux raffineries des rivages de l'Océan Indien. Il ne fait désormais plus de doute, en effet, que les Etats-Unis, veulent redessiner la carte du Moyen-Orient à leur guise. Pour cela tous les moyens sont bons car les relents de la doctrine de " l'endiguement " ne sont jamais loin, lorsque l'on évoque la politique étrangère américaine conservatrice. Cependant, pour l'instant, plusieurs obstacles imprévus se dressent contre eux.

En effet, tous les ingrédients de la manipulation médiatique sont réunis. La justification morale, opposant artificiellement le Bien contre le Mal, dans laquelle se drape volontiers l'Amérique quand il s'agit de " sanctifier " son rôle de gendarme du monde, en 1964 au Viêt-Nam, en 1983 à Grenade, au Panama en 1989, en 1992 en Somalie, fonctionne à plein régime. Les Américains s'arrogent ainsi le droit de réclamer en apanage cette fonction régulatrice, qui échoit normalement aux organisation intergouvernementales ; cela est d'autant plus vrai qu'au " bipolarisme " imparfait et cynique de la guerre froide a succédé un " unipolarisme " tout aussi injuste.

L'on comprend mieux, dès lors, pourquoi les " lobbyistes de pointe " des intérêts stratégiques américains - pétroliers, bien évidemment mais au-delà tous ceux liés à l'industrie de la reconstruction - que sont Colin Powell, Dick Cheney, Donald Rumsfeld et bien d'autres, n'acceptent ni ne souhaitent comprendre l'attitude irrévérencieuse de ces " empêcheurs de tourner en rond " que sont les Français, suivis par la plupart des Etats de la vieille Europe, au premier rang desquels la Russie. Ainsi, il n'est nullement acceptable de voir l'ONU et les principes de solidarité qui fondent le système international depuis 1945, foulés aux pieds avec autant d'arrogance.

L'épisode ubuesque de la mise sous écoute des délégations des pays membres du Conseil de Sécurité offre, à cet égard, un exemple caractéristique de la stratégie de l'isolement. La mise en conditionnalité de l'aide américaine à l'égard des " maillons faibles " que constituent la Guinée ou l'Angola en est une autre illustration, tout aussi critiquable.

Que dire aussi de l'injonction américaine à l'égard du Pakistan, du Mexique ou encore du Chili, qui pour des raisons économiques ou géopolitiques, sont sommés de se ranger du côté de la loi du plus fort. A cet égard, gageons que la Turquie ne résistera pas très longtemps à ce jeu du chat et de la souris, et à ce titre, ce seront, une fois de plus les Kurdes qui trinqueront.

Quel avenir donc pour la paix et la prospérité des peuples dans cette région, si ce n'est un vaste plan de paix et de stabilité régionales.

Cette union pacifique entre les nations arabes, placée sous l'égide de la Ligue Arabe et du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), devrait être élargie à un Etat d'Israël enfin pacifié avec ses voisins arabes, par la création d'un Etat palestinien viable et une République iranienne qui verrait le triomphe de la raison contre l'obscurantisme des Mollahs.

" J'ai fait un rêve " a proclamé récemment un Georges W Bush visionnaire de nos plus sombres cauchemars. Est-il impossible de rêver à notre tour d'une paix de justice ? Ce projet humaniste serait celui de l'entente fraternelle entre les peuples arabes, Israël et la communauté internationale ressoudée au sein des organisations internationales. Cela semble, en tout état de cause, plus porteur d'espérance pour cette région à la fois fragile et vitale - tant pour la stabilité des approvisionnements énergétiques, que la maîtrise des flux financiers internationaux.

En refusant le " grand jeu " moyen-oriental de l'administration américaine qui veut faire naître un monde nouveau à partir d'un Moyen-Orient remodelé, nous affirmons la nécessité d'un nouvel ordre mondial multipolaire fondé sur la stabilité et la justice. Pour cela, nous avons besoin d'une nouvelle relation basée sur l'égalité avec les Etats Unis et d'une Europe qui soit européenne.

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