MOUVEMENT
REPUBLICAIN ET CITOYEN
INTERVENTION DE JEAN LUC LAURENT AU CONSEIL NATIONAL
DU MRC
22/06/2003
"La France traverse une crise économique, morale et politique majeure"
Citoyennes, citoyens,
Comme, peut-être, certains d'entre vous, j'ai ressenti le besoin en préparant
cette réunion de relire la motion d'orientation que nous avons adoptée tous
ensemble à Saint-Pol-sur-Mer. La relisant, je n'ai pu éviter un sourire en observant
combien elle était juste dans son fondement et combien pourtant nous l'avions
en quelque sorte oubliée.
Plus qu'une synthèse entre des motions, ce texte est en fait un cahier des charges
du travail qui s'impose à nous à partir d'une analyse du contexte économique
social et politique.
Et c'est parce qu'il définit justement ce que nous devons être dans la situation
présente que ce texte a pu rencontrer l'assentiment de la quasi-totalité de
nos délégués.
Que disait ce texte ? Il rappelait que la France traverse une crise économique
morale et politique majeure. Il soulignait que cette crise ne pouvait que s'accentuer
dans un nouvel ordre mondial où la France se trouvait prise en étau entre la
toute puissance américaine et une Europe libérale qui n'avait de cesse que de
détricoter notre modèle social. Il concluait enfin que cette crise mettait en
cause la République non seulement parce qu'elle révélait la construction d'un
monde sur des valeurs guère différentes de la loi du plus fort, mais aussi parce
que l'inconséquence, la démission des élites politiques de droite comme de gauche
nourrissaient le désespoir de nos concitoyens et les poussaient dans des votes
extrémistes et stériles.
A partir de cette analyse, notre texte d'orientation définit des objectifs à
atteindre pour notre parti. Notre parti doit être l'outil militant des républicains
pour partir à la reconquête de ces citoyens qui désespèrent de la République.
Ce doit être l'outil pédagogique qui démontrera aux citoyens, à partir du résultat
obtenu par Jean-Pierre Chevènement aux présidentielles, qu'il existe une alternative
politique au système de la pensée unique, au système du pareil au même.
La définition plus précise de l'outil et des moyens à sa disposition a été l'objet
des statuts. Nous avons souhaité bâtir un outil qui soit en même temps souple,
ouvert, efficace et adapté - reconnaissons le - à la modestie de nos moyens.
Les structures locales y ont gagné en autonomie d'action et nous avons, au travers
de l'article deux de nos statuts, imaginé une articulation originale avec ceux
de nos amis des présidentielles qui souhaitaient poursuivre avec nous le combat
républicain sans pour autant adhérer au MRC.
Je voudrai m'arrêter un instant sur ce fameux article 2 de nos statuts. Il en
est la pierre angulaire parce qu'il permet justement l'existence d'une « zone
d'influence républicaine » au-delà du MRC Mais me direz-vous pourquoi cette
réticence d'un certain nombre de nos amis à adhérer au MRC.
Certains de ceux qui nous ont rejoints pendant la campagne présidentielle sont
issus d'autres horizons. Ils souhaitent garder leur identité ou tout simplement
ne veulent pas adhérer à un parti politique. Je veux citer un exemple particulièrement
éclairant, celui de nos amis de l'U2R, dont certains sont membres du MRC et
d'autres non. Ils ont organisé samedi dernier une réunion de grande qualité
qui associait des personnalités bien au-delà de nos cénacles traditionnels puisqu'il
y avait des radicaux de gauche et des radicaux valoisiens.
Le combat républicain est un combat au-dessus du clivage de la droite et de
la gauche. Nous voulons mettre en cause le système mais pour restaurer la République.
Ceux qui rejoignent le MRC ne peuvent ignorer que leur combat sera celui de
la République sociale.
Mais dès lors que cette partie du contrat est claire, je ne vois pas de justifications,
de « certificats d'authenticité » supplémentaires à exiger. D'autant que les
choses sont claires : il y a un parti et un seul c'est le MRC . Les organismes
sont déclarés associés par le Conseil national sur la base de l'acceptation
par l'organisme concerné de notre déclaration de principes. En outre, il a été
acté lors de la dernière réunion du conseil d'orientation du Pole Républicain
que c'est le MRC qui présentera ou soutiendra les candidats aux élections, les
organismes associés n'ont pas de vocation électorale.
Je suis un homme de gauche, je dirige une municipalité de gauche et j'appartiens
à un exécutif régional de gauche.
Je me désespère de voir ce qui reste de la gauche plurielle et au premier titre
le PS se brinquebaler entre le libéralisme, le bougisme et le principe de précaution.
Je crois profondément que si la gauche veut recouvrer la confiance des citoyens,
elle doit se refonder sur la République et qu'elle devrait être, plus que la
droite, légitime pour défendre les valeurs républicaines. C'est ce que nous
devrons dire dans les manifestations auxquelles nous serons invités par les
différents partis de gauche.
Mais cette disponibilité pour la refondation républicaine de la gauche ne me
fait pas perdre de vue l'objectif général de la restauration des valeurs de
la République et ne génère aucune réticence à travailler avec des républicains
d'autres horizons.
Ma tache, notre tache, a été fixée par notre congrès quels que soient nos débats
préparatoires. C'est de bâtir un parti politique, le MRC et de participer aux
débats de ce forum qu'est le Conseil d'Orientation du Pôle Républicain.
C'est sur la base de ce texte de synthèse du congrès et de son « cahier des
charges » que j'ai répondu positivement à la demande de Jean-Pierre Chevènement.
Je n'étais pas candidat à la responsabilité de Premier Secrétaire.
Jean-Pierre Chevènement a su me convaincre parce qu'une motion de synthèse est
intervenue ainsi qu'un accord des représentants des motions initiales pour constituer
le Secrétariat National. J'ai accepté sa proposition par devoir et par fidélité.
Et surtout comme je l'ai dit au congrès : « nous ne devons pas oublier le million
et demi de citoyens qui se sont rassemblés autour de la candidature de Jean-Pierre
Chevènement sur la base du programme de Vincennes pour ouvrir une alternative
républicaine et citoyenne. Ce résultat est porteur, si nous le voulons, de promesses
d'avenir ».
Le congrès de Saint Pol sur Mer a été une réussite par cette synthèse qui permettait
d'engager sur de bonnes bases la construction du MRC et de faire la preuve de
notre existence par notre projet. Tel est le sens de mon engagement. et je veux
participer à la construction d'un outil à la mesure du combat de Jean-Pierre
Chevènement.
Voilà ce que doit être le MRC au regard de la synthèse que nous avons opéré
à Saint Pol. Mais je suis obligé de constater que cette définition ne correspond
pas à la réalité.
Parler d'un fonctionnement collectif dans l'abstrait est toujours sujet à caution.
Le procès d'intention est un travers que je récuse. Aussi prendrais-je deux
exemples qui me semblent particulièrement significatifs et qui éclaireront les
membres du conseil national sur des questions qui se posent.
1er exemple : certains d'entre vous s'interrogent sur l'absence d'initiative
forte de notre mouvement. Vous devez savoir que depuis la mi-avril, Jean-Pierre
Chevènement a proposé la tenue d'une grande réunion publique où il aurait pu
faire état de son analyse et présenter ses options quant à la réalité nouvelle
depuis la guerre en Irak. Cette réunion, en cohérence avec la ligne que nous
avons définie à Saint Pol, devait afficher l'existence forte du MRC et la présence
du Pôle républicain démontrant l'ouverture et l'empattement de notre influence
et surtout la force de notre projet.
Par deux fois, cette réunion a été « repoussée » soit au motif des grèves soit
par réticence de quelques-uns uns d'entre nous de voir simplement figurer une
référence au pôle républicain à côté du MRC.
2ème exemple : l'article d'un journal d'hier remet le couvert sur le congrès
et parle d'une dérive droitière. Le MRC est un parti qui est situé à gauche
de l'échiquier politique tout simplement parce que l'homme qui l'incarne est
un homme de gauche. Ceux qui font mine de croire que Jean-Pierre Chevènement
- qui a toujours revendiqué sa filiation de gauche et de républicain - pourrait
avoir dérivé à droite ont intégré dans leurs tetes la vulgate de nos adversaires
et n'ont rien compris à notre congrès fondateur.
La période des présidentielles n'est pas une parenthèse qu'il convient de refermer
en remerciant chacun de sa contribution pour laisser le cours des choses reprendre
ses droits. L'élection présidentielle est un point d'appui. C'est le socle de
la construction que nous entendons mener. Ce qui est révolu et de façon définitive,
c'est la posture qui nous était réservée au sein de la gauche plurielle, celui
des scrogneugneux de la République.
Nous avons gagné et payé chèrement notre liberté. Nous ne serons plus les cautions
républicaines virtuelles des politiques sociales-libérales. Nous voulons au
contraire ouvrir une alternative et non une alternance. La liberté a non seulement
un prix mais elle impose une exigence de nous-mêmes.
Je vous passe les prises de position « bloc contre bloc » dans le secrétariat
national qui montrent tristement que la synthèse n'a pas permis de transcender
les motions pour appliquer les décisions du congrès.
C'est ce que je vous propose de faire désormais avec détermination. Car notre
parti n'existera que par son projet et s'il inscrit son action dans la durée.
Et nous savons que nous avons une longue marche à accomplir. C'est une tâche
âpre que nous réalisons avec de très faibles moyens. Je souhaite d'ailleurs
rendre hommage à nos permanents qui font vivre cette ambition avec une toute
petite entreprise.
Qu'avons-nous fait en effet depuis Saint Pol Sur Mer
?
Depuis le congrès, 21 semaines se sont écoulées. Le Secrétariat National s'est
réuni quasiment chaque semaine. Le Conseil National s'est réuni une fois. Les
propositions d'actions, une campagne d'adhésion et de souscription, la création
d'une fédération des élus ont été débattues et approuvées. Durant toute cette
période, le Secrétariat National a débattu et analysé la situation politique
marquée par des évènements importants : guerre en Irak, mondialisation, retraite,
décentralisation, Corse, mouvements sociaux, Education nationale, etc.
Sur tous ces sujets, nous avons des propositions. Il suffit de s'appuyer sur
notre motion de synthèse, le programme de Vincennes, et le travail réalisé par
les experts durant la campagne présidentielle.
Mais à ce stade, il faut préciser notre positionnement. Nous sommes dans l'opposition
au gouvernement Raffarin. Nous sommes l'opposition républicaine à la fois constructive
et ferme.
Constructive parce que nous ne sommes ni des démagogues ni des suivistes du
mouvement social. Nous nous prononçons en fonction de l'intérêt général. Ce
que nous proposons dans l'opposition, nous voulons le faire au pouvoir. Tel
est le cas sur les retraites dont il faut reconnaître qu'une réforme est nécessaire
et qu'elle a été trop longtemps différée pour garantir le système par répartition.
Cela suppose un effort partagé en faisant appel aux entreprises. Jean-Pierre
Chevènement a fait des propositions en ce sens.
Tel est le cas également avec le soutien au Président de la République contre
la guerre en Irak. Ce n'est pas parce que on est dans l'opposition qu'on doit
faire la fine bouche.
Opposition ferme aussi parce que la politique du gouvernement est libérale :
les retraites, la décentralisation telle qu'elle est conçue en lien avec le
projet de constitution européenne, la Corse avec la réforme qui cède aux indépendantistes.
Mais notre opposition ferme n'aboutit pas à ce qu'on ait la mémoire courte sur
l'action du gouvernement précédent. Car nous savons bien que le choix déterminant
consiste à permettre aux citoyens de reprendre leur avenir en mains.
Pour cela, la clé c'est la remise en cause de la politique monétariste mise
en œuvre par la BCE et les critères de convergences qui constituent le carcan
qui enfonce notre pays dans la crise. Toute notre action doit faire le lien
avec cet objectif majeur.
Le Secrétariat National a dû aussi s'atteler à la création de notre parti après
sa fondation à Saint Pol sur Mer. D'abord, créer les fédérations départementales
et unions régionales, demander à nos fédérations de créer les comités locaux
et régler les conflits dans certaines fédérations. Ensuite, donner aux fédérations
les moyens politiques d'agir par des textes, des projets de tracts et du matériel
de communication. Cela supposait de nous doter d'un logo. C'est fait. C'est
insuffisant, j'en conviens. Vous avez à présent à votre disposition : une affiche
nationale, les autocollants et les cartes d'adhérents. D'autres matériels suivront
dans les semaines à venir.
Enfin, il convient d'examiner nos finances et de déterminer nos capacités d'action.
Je vous rappelle que l'ensemble de notre financement public est mobilisé pour
respecter nos engagements. Notre fonctionnement repose exclusivement sur les
cotisations des adhérents, des élus et sur les dons. Nous avons fait le choix
de laisser davantage de moyens financiers aux fédérations et comités locaux
en réduisant la part de la cotisation nationale de 41€ au moment du congrès
fondateur à 30 € en 2003.
Cette décision que vous avez approuvée au dernier Conseil National est basée
sur l'objectif de 6000 adhérents à l'automne et la réussite de la campagne d'adhésion
et de souscription financière auprès de nos sympathisants actifs.
Aujourd'hui, force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous.
Nous n'avons que 518 adhérents ayant acquitté leurs cotisations nationales.
Nous avons donc dû prendre des mesures d'économie. Le journal en direction de
nos sympathisants et la création d'un nouveau site Internet sont reportés. L'expédition
du journal aux adhérents réalisé en interne, n'a été possible que grâce à l'aide
de nos sénateurs et des élus d'Ile de France. Nous réduisons nos dépenses de
locaux et de personnels. Mais ces mesures ne seront pas suffisantes s'il n'y
a pas de véritable prise de conscience. La pérennité d'une petite structure
comme la nôtre actuellement est en question.
Sans redressement de la situation et donc l'implication de tous et à tous les
niveaux de responsabilité du parti, nous serons dans l'incapacité de continuer.
Ce redressement auquel je vous appelle est d'abord politique. Avons-nous, en
effet, la volonté de bâtir le MRC comme un parti politique ayant la force de
porter son projet républicain, de mettre en œuvre les décisions de notre congrès.
Or, vous le savez bien c'est la question de fond qui doit être posée et qui
est posée. Si nous avons cette volonté, nous pourrons surmonter cette épreuve.
Je souhaite que ce conseil national ait le débat nécessaire. Je souhaite qu'à
son issue une ligne claire soit établie avec ses objectifs et sa stratégie.
Ce que je vous propose c'est d'appliquer nos décisions de congrès. Je souhaite
enfin que la direction mette en œuvre clairement et sereinement cette ligne.
Il n'y a plus aujourd'hui qu'une motion. Elle nous réunit tous… sauf à la remettre
en cause aujourd'hui. Nos statuts précisent en effet que « le CN est chargé
de la direction du MRC et de la mise en œuvre des décisions des congrès ».
Nous sommes maintenant à la veille d'une série de rendez-vous politiques, en
2004, qui sont d'autant plus importants qu'ils précèdent une longue période
qui s'achèvera en 2007, date où nos concitoyens pourront de nouveau prendre
des options fondamentales pour leur avenir.
Une stratégie électorale ne se conçoit qu'en fonction des objectifs que l'on
entend satisfaire. Il y a aujourd'hui deux catégories de parti : le duopôle
et les autres. La logique souhaitée par les tenants du duopole est justement
que les autres se définissent par rapport au duopole satellite du Ps contre
satellite de l'UMP, encore que l'UMP ait très largement absorbé ses satellites.
C'est le système à l'américaine où les citoyens n'ont le choix qu'entre les
faces d'une même pièce. L'issue américaine c'est une démocratie institutionnelle
qui n'intéresse plus grand monde, c'est le règne des lobbies les plus extrêmes.
En France, la réaction du peuple est différente : le rejet du pareil au même
pendant la campagne présidentielle a dégénéré en vote de haine. Le duopole qui
s'installe signifie la mort de la République et c'est le terreau le plus favorable
à Le Pen.
Face à cela il y a deux stratégies possibles : l'influence ou donner un autre
choix. La stratégie d'influence, j'estime que nous l'avons usée. En fait, cette
stratégie de l'influence a sa pertinence quand nous avons les moyens du rapport
de force, c'est à dire quand nous avons la possibilité de gagner contre nos
alliés potentiels ou - à tout le moins - de les faire perdre.
Cette réalité peut exister au niveau local. Je pense en effet que Bertrand Delanoé
serait mal inspiré de vouloir maltraiter Georges Sarre et nos amis. Mais convenons
honnêtement que ces endroits sont rares et que cela n'existe absolument pas
au niveau national.
Notre alternative c'est de proposer un autre choix aux citoyens. Pour cela il
nous faut recouvrer ce minimum de crédibilité qui rend audible. Notre stratégie
doit s'appuyer sur deux éléments forts : le premier est la fidélité à ce que
nous sommes et à ce que nous avons fait. Le second est un maillage le plus complet
possible du territoire national.
Notre discours est exigeant. Il fait appel à l'intelligence de nos concitoyens.
C'est pourquoi il demande à être décliné. Nous avons besoin de relais, crédibles
auprès de la population en prenant appui sur leur vécu et leur expérience.
Le projet de Jean-Pierre Chevènement convient tout particulièrement aux grands
événements. Les présidentielles sont en 2007. Mais il y a les Européennes et
plus que jamais, malgré le mode de scrutin de margoulin qui nous est imposé,
elles demeurent une échéance fondamentale. Nous devons donc restaurer notre
influence, notre crédibilité et notre lisibilité d'ici le mois de juin 2007.
L'étape intermédiaire se sont les cantonales et les régionales. Les régionales,
convenons-en, nous sont presque interdites pour des raisons de mode de scrutin.
Nous devrons y être présents mais j'y reviendrai.
Restent les cantonales. Notre prochain objectif doit être une présence aussi
exhaustive que possible lors des élections cantonales. Ce n'est évidemment pas
sur les forces valeureuses mais limitées du MRC que peut reposer le poids de
ces candidatures. Ce qui nous importe, c'est que le message de Jean-Pierre Chevènement
soit porté, par les meilleurs possibles. Vous savez, parfois, un enfant est
une preuve d'attachement et de stabilité plus forte que le mariage. Parfois
l'affiliation d'un candidat à Jean-Pierre Chevènement sera plus importante que
son appartenance au MRC. C'est pourquoi, nous devrons investir des candidats
issus du MRC mais aussi soutenir d'autres candidats.
Partons à la rencontre des maires, des responsables associatifs, des élus qui
ont soutenu ou parrainé, des syndicalistes qui souhaitent s'investir dans le
combat politique. Partons à la recherche de ce qu'il est convenu d'appeler les
« divers » qui n'ont pas envie du PS ou qui veulent retrouver leur liberté pour
défendre la République.
Mais, me dirons certains d'entre nous, que faire sans élus et que faire pour
nos élus ?
Certains de ceux qui posent cette question ont une réponse : c'est celle de
l'alliance et - parlons peu parlons bien - l'alliance avec le PS. Je vais être
clair : ceux d'entre nous qui ont l'espoir que le sacrifice de ce qui fait notre
liberté, de ce qui fait notre originalité nous permettra de peser et d'obtenir
des élus se trompent ou se mentent. Dans une période de basses eaux électorales,
de parité, de recasage des députés battus, des quotas pour les courants du PS,
pour les Verts et le PCF, les socialistes nous observeront avaler les couleuvres
et notre honneur.
Nous ne pourrons négocier que là où nous pesons et sans nous renier. Cela s'appelle
des négociations locales. Je souhaite sincèrement toute réussite à nos conseillers
généraux sortants (nous en avons une quinzaine dont la moitié de renouvelables)
. Je pense qu'ils doivent disposer d'une latitude d'appréciation en lien avec
la direction nationale. Telle a été notre attitude pour aider au mieux Jean-Pierre
Pernot, maire de Méry sur Oise qui est en municipales partielles suite à des
démissions en cascade d'élus de droite et socialistes et est bien placé pour
etre réélu ce soir.
Concernant les élections régionales ( nous avons 18 sortants), je ne peux qu'inviter
nos élus à s'investir puissamment sur les élections cantonales : un département
peut se jouer à un siège et ils trouveront intérêt à globaliser leurs discussions.
A ceux qui auraient la nostalgie des accords nationaux, je rappellerai l'expérience
de 1998 où notre influence était autre et où les notables régionaux du PS se
sont assis sur la signature de François Hollande dans plus du tiers des cas.
Ne vendons pas notre âme pour un plat de lentille qui ne nous sera même pas
servi.
Je parle de ceci avec la plus grande liberté : je suis sortant et j'aimerais
être réélu mais ma priorité ira au développement de notre influence : il n'y
aura pas d'accord si cela devait sacrifier le MRC.
Nous aurons aussi à nous préoccuper de nos sénateurs qui seront sortants en
septembre 2OO4.
Cher camarade, cette logique que je viens de développer est celle qui me paraît
assurer le développement de nos idées. Je crains que les alternatives en termes
d'accord nous promettent simplement une mort lente et plus ou moins soyeuse.
Notre combat politique est âpre, il avance par a coups. Si certains d'entre
nous pensaient que travailler pour Jean-Pierre Chevènement permettait une élection
facile sur un « quota » se sont trompés de crèmerie.
Pour les européennes, il nous faut d'abord préparer le projet que nous opposerons
aux libéraux et à leur constitution européenne. Je propose que nous tenions
une convention du MRC sur cette question d'ici la fin de l'année puis une autre
juste après les élections locales.
D'ici là, chacun le comprend, il faut faire la preuve de notre existence et
développer notre influence. Pour cela, ce sont tous les responsables, à tous
les niveaux, qui doivent se mobiliser et se sentir co-responsables de notre
avenir. La direction nationale devra pleinement s'engager et notamment par des
déplacements dans les départements, par la production de notes et d'argumentaires
réguliers et de tracts à raison d'un par semaine pour vous permettre d'être
sur le terrain. Après ce conseil national, nous avons l'université de rentrée
à Belfort. Notre priorité immédiate doit être de faire de cette manifestation
un succès par le nombre important de participants, par la qualité de nos propositions
et des invités que nous devrons rassembler.
La lutte pour la République est une lutte d'abnégation et, comme en 1994, cela
impose parfois la longue marche.