MOUVEMENT
REPUBLICAIN ET CITOYEN ![]()
Alstom
: M. Monti outrepasse ses pouvoirs
mardi 14 octobre 2003
Jean-Pierre Chevènement
Les
déclarations au « Monde » du 14 octobre de M. Monti, Commissaire européen à
la concurrence, fragilisent gravement Alstom et posent un réel problème de légitimité
démocratique. Il est clair en effet que M. Monti outrepasse ses pouvoirs : le
Traité de Rome, toujours en vigueur, affiche sa neutralité quant au statut,
public ou privé, des entreprises. Or, M. Monti s'oppose aux aides de l'Etat
au nom du marché unique, ce qui constitue une interprétation abusive. « Le risque
de distorsion, déclare M. Monti, est plus grand entre les Etats européens qu'entre
les Etats américains. La façon de contourner cette réalité, c'est d'avoir davantage
de projets communautaires ».
M. Monti en déduit qu'il faut augmenter et restructurer le budget européen.
Ce n'est pas à lui d'en décider. C'est le rôle du Conseil européen. M. Monti,
mû par la boulimie de pouvoir qui a saisi la Commission européenne, se comporte
vis à vis d'Alstom comme un liquidateur judiciaire que personne, sauf peut-être
Siemens, ne lui a demandé d'être. C'est révoltant et c'est inacceptable. Il
est évident que les déclarations de M. Monti font le jeu de Siemens.
Je demande que le Conseil européen se saisisse du problème de la politique industrielle
et reconnaisse sans ambiguïté aux Etats le droit d'intervenir pour sauvegarder
des intérêts industriels nationaux et européens majeurs. C'est le cas avec Alstom
pour des technologies de pointe et des régions entières qui seraient sinistrées
si l'entreprise devait disparaître. C'est un enjeu plus important pour la conférence
intergouvernementale que de savoir s'il y aura demain 15, 25 ou 31 commissaires
et si M. Monti sera ou non reconduit dans ses fonctions.
Jean-Pierre Chevènement est ancien ministre et président d'honneur du MRC.