MOUVEMENT
REPUBLICAIN et CITOYEN ![]()
ALLOCUTION DE PATRICK TRANNOY AU FORUM "RECONSTRUIRE
LA GAUCHE"
"La
France se soumet au jeu du capitalisme financier"
jeudi 23 octobre 2003
Prise de parole de Patrick TRANNOY, secrétaire national du MRC, au forum pour
reconstruire la Gauche, organisé par le PCF à Agen le 23 octobre 2003.
Chers camarades,
Je représente ici le Mouvement républicain et citoyen, dont je suis un secrétaire
national, à la demande du bureau départemental lot-et-garonnais du MRC, et notamment
Josette Robert, ici présente.
Comme vient de le dire très justement Marie-Georges Buffet, nous ne sommes pas
ici pour parler manœuvres d'appareil ni combines électorales. Nous sommes là
pour parler projet, pour débattre du fond. Car ce qui a manqué à la gauche plurielle,
ce qui a fait que la gauche plurielle a gâché la chance de 1997, c'est justement
qu'elle n'avait pas de projet face au phénomène marquant de notre temps : la
mondialisation libérale, relayée par l'Union européenne. On l'a vu, le PS au
pouvoir mène une politique - plus prudente, certes, plus nuancée - mais sur
le fond assez semblable à la politique re régression sociale de Jean-Pierre
Raffarin : dans les deux cas en effet, la France se soumet aux règles du jeu
du capitalisme financier, qui impose ses intérêts à travers la libéralisation
des échanges et l'Europe communautaire. Et PS ou UMP au pouvoir, les mêmes causes
engendrent les mêmes effets : délocalisations, licenciements, chômage, précarité…
Il est donc impérieux de doter la gauche d'un projet de résistance au diktat
du capitalisme financier mondialisé, sans quoi un pong de gauche succèdera à
un ping de droite, mais le ping-pong du libéralisme social et du social libéralisme
se poursuivra. Pour nous, pour le MRC, la démarche de débat dans laquelle nous
nous engageons avec vous ne vise donc pas à préparer l'alternance, mais répond
à l'exigence d'une alternative profonde au libéralisme mondialisé.
Il n'y aura pas d'alternative sans analyse des causes de la régression sociale
à l'œuvre, et sans détermination à rebattre les cartes mondiales et européennes.
J'interpelle donc tous les partis et organisations ici présents. Ouvrons les
yeux et trouvons ensemble des réponses.
Pourquoi nos entreprises se délocalisent-elles ? Il ne suffit pas, camarades,
comme je viens de l'entendre, de crier haro sur les patrons, même s'ils sont
parfois sans foi ni loi ! Il faut comprendre : lorsqu'il est 10 ou 100 fois
moins cher de produire ailleurs, là où il n'y a pas de protection sociale, pas
de normes environnementales, et des salaires de misère, nos entreprises sont
évidemment délocalisées, au Maghreb, en Europe de l'Est, en Asie… On ne peut
pas demander à un patron d'être guidé par la pure philanthropie ! Alors, j'interpelle
les partis de gauche, et notamment le PS : êtes vous prêts à revenir sur votre
dogme libre-échangiste ? Etes vous prêts à conditionner toute libéralisation
des échanges à l'instauration de normes sociales et environnementales, et, les
cas échéant, à lever le tabou des tarifs douaniers ?
Pourquoi nos industries déclinent-elles ? Regardez Alstom, le gouvernement essaye
- une fois n'est pas coutume - de prendre ses responsabilités pour sauvegarder
notre industrie et nos emplois. Et voilà qu'une horde de technocrates usurpent
le pouvoir du peuple, et sur la base d'une interprétation prétorienne et abusive
des traités européens, décident de jouer à la roulette l'avenir de nos TGV,
de nos centrales nucléaires, de nos paquebots et de 118000 emplois dont 25000
en France ! J'interpelle donc les camarades des autres partis : êtes vous prêts
à dessaisir la Commission européenne du pouvoir d'empêcher toute politique industrielle
au nom de la concurrence ?
Nos investissements - et donc notre croissance - sont en bernes, pourquoi ?
Parce que la Banque Centrale Européenne indépendante refuse de baisser les taux
d'intérêts, et que le pacte de stabilité budgétaire gèle les dépenses publiques,
notamment d'investissement ! Etes vous prêts à revenir sur l'indépendance de
la BCE et à casser le pacte de stabilité budgétaire ?
Nos services publics sont un à un démantelés : France Télécom, Air France, la
Poste, EDF demain, et un jour la SNCF. Pourquoi ? Parce que des directives européennes
le décident dans notre dos, avec la complicité des gouvernants ! Et voilà qu'on
veut désormais graver dans le marbre le libéralisme en Europe, le constitutionnaliser
! Etes vous prêts à refuser clairement la Constitution Giscard ? Etes vous prêts
à revenir sur les traités européens qui organisent la chasse aux Services Publics
?
Voilà les verrous qu'il faut faire sauter, les questions de fond nécessaires
à une alternative politique de gauche. Si nous ne répondons pas à ces questions
de fond, nous pourrons discuter de nobles valeurs et de belles promesses, mais
tout cela ne sera, excusez-moi, que du pipo.
(N.B. : Marie-Georges Buffet, au nom du PC, a fait part d'une communauté de
vues avec ces propositions ; le premier secrétaire fédéral du Parti socialiste
lot-et-garonnais, membre du courant « Nouveau Monde », s'est engagé pour sa
part à voter « non » à la Constitution Giscard).
Patrick Trannoy est secrétaire national
du MRC chargé de l'environnement.