MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN
INTERVENTION DE JEAN-LUC LAURENT À LA MUTUALITÉ
"Il
faut s'attacher à comprendre les processus qui transforment notre société"
jeudi 6 novembre 2003
Intervention de Jean-Luc Laurent introduisant la réunion
publique à la Mutualité "La gauche et la mondialisation"
En vous accueillant au nom du Mouvement Républicain et Citoyen à cette rencontre
publique « La gauche et la mondialisation », je veux tout d'abord remercier
l'équipe des militants d'Ile-de-France qui a, avec le siège national, organisé
cette manifestation. Je veux également saluer nos parlementaires présents :
Jean-Yves Autexier, Paul Loridant, Michel Scarbonchi et Sami Naïr, et nos élus
parisiens avec Georges Sarre, notre porte parole. Je souhaite aussi saluer chaleureusement
nos partenaires du Pôle Républicain qui sont présents et Emile Zuccarelli député-maire
de Bastia qui a su faire émerger, avec notre soutien actif, la voix de la Corse
dans une France républicaine.
En cette période où la France est morose, car elle n'attend rien de la politique
libérale conduite par la droite et où elle ne voit rien venir à l'horizon pour
lui donner une perspective, chacun mesure la nécessité du débat. C'est ce débat
que le Mouvement Républicain et Citoyen a voulu rendre possible, en proposant
cette rencontre publique aux différents partis de gauche qui ont répondu favorablement
à notre initiative. Nous avons également invité Attac à s'exprimer pour donner
son analyse et ses propositions à partir de son expérience et de ses mobilisations.
Notre débat intervient à quelques jours du Forum Social Européen que le Mouvement
Républicain et Citoyen soutient. Comme d'autres partis, nous appelons les citoyens
à y participer et à être présents à la manifestation du 15 novembre à Paris.
La gauche a besoin de débattre car elle a connu le 21 avril 2002 une défaite
sévère. Cette défaite a été d'autant plus douloureuse que la gauche a été distancée
par le candidat de la haine. C'est ainsi que l'élection présidentielle n'a pas
permis l'expression d'un choix de société et s'est réduite à un sursaut républicain.
L'humiliation d'avoir du laisser la place à Le Pen qui est la négation de la
République, ne doit pas empêcher une analyse lucide de ce qui nous a mené à
cette situation.
Le fait majeur de ce 21 avril, c'est la faiblesse des partis de gouvernement
et l'essor des partis de défoulement. Aujourd'hui, entre l'abstention et les
forces de rejet, c'est une majorité de nos concitoyens qui considèrent que leur
vote n'a plus de sens et qu'il est préférable d'y renoncer ou de l'utiliser
comme un crachat à la figure des partis de gouvernement. La question est de
savoir comment notre pays est arrivé à ce niveau de crise morale et politique.
Notre conviction, au Mouvement Républicain et Citoyen, c'est que cette crise
n'est pas une cause mais un résultat. Elle est le résultat de l'impuissance
revendiquée de nos gouvernants face aux grands problèmes que connaît notre société.
Elle est le résultat de la soumission à la construction d'un ordre économique
et social dans lequel nos concitoyens ne se retrouvent plus.
Le problème de la gauche n'est pas aujourd'hui d'attendre mécaniquement l'échec
du gouvernement et l'effet « essuie-glace » qui chasse presque automatiquement
depuis 20 ans chaque majorité. Ce n'est pas de rechercher non plus, son plus
petit dénominateur commun pour tenter de reconquérir le pouvoir. Le problème
de la gauche, c'est de s'attacher à comprendre réellement les processus qui
transforment aujourd'hui notre société et dans lesquels, se coule la politique
libérale du gouvernement Raffarin. C'est de voir en quoi ces processus attaquent
notre modèle social, culturel et politique. C'est de prendre la mesure des dégâts
que produisent ces évolutions et que le peuple - paradoxalement - paraît percevoir
bien mieux que les dirigeants politiques. Une nouvelle génération a pris à bras
le corps le combat contre la mondialisation. Des mouvements comme Attac, qui
informent les citoyens et éveillent les consciences, se mobilisent contre la
mondialisation dont les règles du jeu sont maîtrisées par les Etats-Unis.
Cette mobilisation a besoin de la construction d'une alternative politique.
Les mouvements citoyens se renforcent à mesure que défilent les trains de licenciements,
que s'intensifient les attaques contre les services publics et notre système
de protection sociale. Mais ces mouvements n'ont pas aujourd'hui d'interlocuteurs.
Le problème de la gauche, c'est de retrouver la confiance des citoyens pour
reconquérir et exercer le pouvoir. Au Mouvement Républicain et Citoyen, nous
sommes convaincus qu'elle n'y parviendra que si elle engage sa reconstruction
en prenant le chemin de la refondation républicaine pour bâtir un projet efficace
et solide. Ce projet doit proposer des solutions utiles pour combattre la libéralisation
accélérée de notre monde. C'est ainsi que nous donnerons un débouché aux mouvements
citoyens et que la gauche sortira de sa contradiction entre la voie gestionnaire
qui désespère le peuple et augmente l'abstention, et l'impasse des extrêmes
qui conduisent à l'opposition à perpétuité.
A bien des égards, la crise que traverse notre pays est l'ombre portée du processus
de mondialisation libérale qui se développe depuis maintenant trop longtemps
déjà. Cette mondialisation - revêtue de la vieille dépouille de l'après guerre
(« de la liberté du commerce naîtra la paix ») - organise l'émergence de deux
pouvoirs. D'un coté, c'est la suprématie de la finance dans le domaine économique.
De l'autre, c'est la domination d'une super-puissance : les Etats-Unis.
Face à cette résurgence du « droit du plus fort », la gauche doit proposer un
projet alternatif qui s'oppose à la mondialisation et contre-balance en Europe
l'hégémonie des Etats-Unis. Nous pensons en effet, que la base de départ indispensable
pour la gauche, c'est l'analyse de la mondialisation et des réponses à lui opposer.
Cette rencontre publique que le Mouvement Républicain et Citoyen a pris l'initiative
d'organiser va permettre le débat et la confrontation entre les analyses et
les positions respectives de chacun.
Jean-Luc Laurent est maire du Kremlin-Bicêtre,
vice-président de la région Ile-de-France et premier secrétaire du MRC.